MAGHREB
13/10/2013 09h:05 CET | Actualisé 13/12/2013 06h:12 CET

Méditerranée: Au moins 33 migrants ont trouvé la mort dans le naufrage d'un bateau

Des migrants rescapés du naufrage de leur bateau au large de Malte, à leur arrivée le 12 octobre 2013 à La Valette
AFP
Des migrants rescapés du naufrage de leur bateau au large de Malte, à leur arrivée le 12 octobre 2013 à La Valette

La Méditerranée s'est à nouveau transformée en cimetière après un naufrage au sud de Malte qui a coûté la vie vendredi à des dizaines de migrants, 33 selon un bilan provisoire, en majorité syriens, huit jours après la mort près de Lampedusa de 359 personnes fuyant la Corne de l'Afrique.

Un navire de la marine militaire italienne transportant 56 survivants du naufrage est attendu ce dimanche à Porto Empedocle.

Dans le bateau, qui a chaviré vendredi après-midi, se trouvaient des centaines de réfugiés dont la destination finale était la petite île italienne de Lampedusa.

En majorité des femmes et des enfants

Selon les autorités maltaises, interrogées par un correspondant de l'AFP, le bilan officiel était samedi soir de 33 corps récupérés, en majorité des femmes et des enfants, mais il pourrait encore évoluer, le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), citant des migrants, ayant précisé que "le bateau serait parti de Zwara (Libye), avec à son bord entre 300 et 400 personnes, pour la plupart de nationalité syrienne et palestinienne".

La Méditerranée est en train de devenir un cimetière

Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a déploré que la "Méditerranée soit en train de devenir un cimetière".

Dans l'après-midi, un porte-parole du ministère maltais de l'Intérieur a admis qu'étant donné qu'il était désormais "peu probable de retrouver quelqu'un de vivant", les opérations de secours se concentraient sur la recherche des corps, qui se poursuivaient encore samedi soir à la lumière des phares. Les secours sont parvenus toutefois à sauver près de 200 personnes.

"J'ai perdu presque tout ce que j'avais"

Parmi les 146 survivants interrogés par la police maltaise à leur arrivée, 117 ont indiqué être syriens, 27 qu'ils venaient de Palestine, un du Liban et un autre de Tunisie, a ajouté le porte-parole.

L'un d'eux, Achour, a raconté à un correspondant de l'AFP sa douleur après avoir perdu dans le naufrage sa femme, enceinte de jumeaux, et leur fils. "J'ai perdu presque tout ce que j'avais. Ce qu'il me reste, c'est ma fille dont je ne veux plus jamais qu'elle quitte mes bras", a confié le Syrien, qui voulait que ses enfants "aient un avenir", la "situation en Syrie (étant) vraiment horrible".

Une famille, dont les enfants se trouvent parmi les 56 survivants secourus par un navire de la marine militaire italienne en route vers Porto Empedocle (Sicile), et leurs parents à Malte, devrait être bientôt réunie, a précisé le porte-parole.

"Il y avait des centaines de personnes à la mer"

Interrogé par le journal Times of Malta, le capitaine du bateau ayant secouru les réfugiés a confié qu'il faisait ce "travail depuis environ 10 ans et que cette opération (avait été) la plus difficile de toute sa carrière". "Il y avait des centaines de personnes à la mer, certaines flottant sans vie", a raconté le major Russel Caruana à sa descente à terre.

Il a ajouté que trois réfugiés, trop faibles pour supporter les dix heures de voyage en mer jusqu'à La Valette, avaient été héliportés vers Lampedusa.

L'accident s'est produit au centre d'un triangle entre Malte, la Libye et Lampedusa, à 60 milles (environ 110 km) des côtes maltaises. Selon la marine maltaise, le bateau a été déstabilisé et a chaviré lorsque les immigrants se sont agités pour attirer l'attention d'un avion militaire le survolant, en se déplaçant tous ensemble du même côté.

Des navires de secours et des hélicoptères ont été rapidement dépêchés sur place, et plusieurs navires commerciaux ont été déroutés sur les lieux de l'accident, tandis que les autorités italiennes envoyaient deux navires militaires et des hélicoptères qui ont pu lancer des canots de sauvetage pneumatiques.

"Choqué"

Plusieurs dizaines de personnes dont Nadia Chaabane, députée tunisienne à l'Assemblée nationale constituante, se sont réunies sur le parvis du Trocadéro à Paris pour protester contre les politiques sécuritaires européennes de fermeture des frontières et appeler à une nouvelle politique migratoire basée sur plus d'égalité dans les rapports Nord-Sud.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a souhaité samedi soir "des mesures qui traitent les causes profondes (de ces naufrages, ndlr) et qui soient centrées sur la vulnérabilité et le respect des droits de l'Homme des migrants".

De son côté, le chef du gouvernement italien Enrico Letta a annoncé samedi soir l'envoi lundi "d'une mission humanitaire navale et aérienne italienne qui devra faire de la Méditerranée la mer la plus sûre possible".

A la tête du HCR, Antonio Guterres a affirmé être "choqué" de voir que "des Syriens, après avoir échappé aux bombes et aux balles, puissent périr en mer alors qu'ils auraient pu demander l'asile" en Europe.

A Malte, le clergé de l'île, très catholique, a appelé à la mobilisation de tous les évêques européens, "pour demander aux gouvernements davantage de solidarité et d'action politique à l'avenir afin d'éviter que de tels accidents ne se reproduisent".

Ce drame survient après le naufrage, le 3 octobre, d'un bateau de pêche au large de Lampedusa. Seuls 155 des quelque 500 migrants à bord, en majorité érythréens, ont survécu. Samedi, vingt nouveaux corps ont été remontés à la surface, portant le bilan à 359 morts et faisant de ce naufrage la pire tragédie de l'immigration en Italie depuis plus de dix ans.

Selon les ONG, près de 20.000 migrants et réfugiés ont péri en tentant de traverser la Méditerranée ces 20 dernières années.