MAGHREB
02/10/2013 15h:02 CET | Actualisé 03/10/2013 08h:38 CET

Assassinats de Belaïd et Brahmi: Nouvelles accusations de Taïeb Laguili, des "allégations sans fondement" répond Ennahdha

Nacer Talel pour HuffPost Maghreb

Lors d’une conférence de presse très attendue de l’Initiative pour la révélation de la vérité sur l'assassinat de Chokri Belaïd (IRVA), Taïeb Laguili a porté mercredi de graves accusations contre des responsables d’Ennahdha et des cadres du ministère de l’Intérieur, en disant s’appuyer notamment sur des documents des services de sécurité.

Ennahdha a rapidement répliqué en qualifiant les accusations de M. Laguili de "mensongères". Le ministère de l’Intérieur a de son côté affirmé que les documents en question avaient été falsifiés, annonçant par la même occasion la suspension de deux agents et de deux cadres du ministère suite à ces fuites.

Les “manquements” du ministère de l’Intérieur

“Il y a eu beaucoup de manipulation dans le traitement des deux assassinats”, a lancé M. Laguili lors de la conférence de presse, en accusant le ministère de l’Intérieur d’avoir eu vent de la préparation de l’assassinat de Chokri Belaïd et de n’avoir pas agi.

“Il y a des défaillances sécuritaires profondes”, a-t-il ajouté. “Si on n’a pas pu sauver Chokri Belaïd, on aurait au moins pu éviter l’assassinat de Brahmi et les attaques au Châambi”.

“Le 23 janvier 2013, une employée de banque dans le quartier de Menzah 6, à 150 mètres du domicile de Belaïd, a appelé la police pour signaler la présence d’une voiture suspecte”, a-t-il poursuivi. D’après lui, la voiture appartient à un certain Marwen Haj Salah, dont le nom a été cité lors d’une conférence de presse du ministère de l’Intérieur parmi les personnes impliquées dans le meurtre de Chokri Belaïd.

Selon lui, une demande est alors envoyée au district de Carthage pour enquêter sur cet homme, qui aurait été identifié par les services de renseignement comme un "extrémiste".

“ La réponse à la requête a été faite le 8 mars, 45 jours après cette dernière, 31 jours après l’assassinat de Chokri Belaïd”, a martelé M. Laguili.

Mais le ministère, dans un communiqué sur sa page Facebook, affirme que la réponse à la requête est intervenue le 28 janvier et non pas le 8 mars, et que les dates sur les documents en question ont été falsifiées.

Lire >Tunisie: L'affaire Mohamed Brahmi met en évidence les défaillances du ministère de l'Intérieur

“Complicité”

Taïeb Laguili assure en outre que les deux assassinats ont un volet libyen “délibérément occulté”.

D’après lui, des responsables d’Ennahdha auraient ainsi protégé des personnes impliquées dans les deux assassinats, dont le Libyen Abdelhakim Belhaj qu’il accuse d’être "un compagnon d’armes d’Abou Yadh", fondateur d'Ansar al-Charia, organisation classée terroriste par le gouvernement tunisien depuis le 27 août dernier.

Abdelhakim Belhaj a co-fondé le Groupe islamique combattant en Libye dont il est devenu l’émir. Il y a été arrêté et emprisonné, avant d’être amnistié en 2009.

Pour prouver les liens entre le parti islamiste tunisien et le Libyen, M. Laguili a diffusé une vidéo d’un discours d’Abdelhakim Belhaj pendant le congrès de 2012 d'Ennahdha et des photos de lui aux côtés de plusieurs cadres du mouvement, dont une de l’ancien Premier ministre islamiste Hamadi Jebali lui rendant visite à la clinique où il était soigné, et une autre de son accueil par des cadres d’Ennahdha au salon d’honneur de l’aéroport de Tunis.

Taïeb Laguili accuse Belhaj d’être derrière des livraisons d’armes en Tunisie et assure qu’il venait fréquemment en Tunisie "sous prétexte de se faire soigner mais qu’il s’agissait d’une couverture".

Le Libyen aurait été protégé par un certain Mosbeh Bchiri, décrit par Laguili comme "un ancien homme de main des Trabelsi qui a rejoint Ennahdha après la révolution". Photos à l’appui, il affirme que Mosbeh Bchiri est désormais proche de plusieurs personnalités dirigeantes d'Ennahdha dont le ministre des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle Samir Dilou, et le président d’Ennahdha Rached Ghannouchi.

En somme, l’IRVA, qui a mis en ligne l’ensemble du dossier de presse, accuse Ennahdha d’avoir été au courant de ce qui se préparait et de l’avoir étouffé. Pour Taïeb Laguili, les documents qu’il détient prouvent "les liens entre Ennahdha, Ansar al-Charia et des groupes islamistes armés libyens dirigés par Belhaj".

Sur Mosaïque FM, Samir Dilou a nié toutes les accusations portées à son encontre et affirmé qu’il n’hésiterait pas à saisir la justice, estimant «irresponsable» le comportement de Taïeb Laguili. Sur sa page Facebook, il a affirmé "ne jamais avoir rencontré Belhaj".

Le parti islamiste a affirmé dans un communiqué que les allégations de M. Laguili étaient sans fondement et qu'il s'agissait d’une "escalade visant à faire avorter le dialogue national à l'approche de la tenue de sa première séance" et à "salir Ennahdha".

Le 12 septembre dernier, l'IRVA avait révélé un document interne du ministère de l'Intérieur, prouvant que certains responsables de la sécurité avaient été avertis de la menace d’assassinat contre le député Mohamed Brahmi.

Le ministre de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou avait reconnu l’existence du document, tout en affirmant n’avoir pas été mis au courant à temps.