MAGHREB
30/09/2013 16h:05 CET | Actualisé 30/09/2013 17h:20 CET

Discriminations raciales: Le calvaire des étudiants subsahariens en Tunisie

Nacer Talel pour le HuffPost Maghreb

L'Association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie (AESAT) a organisé une conférence de presse ce mardi pour alerter l'opinion publique du calvaire que vivent en Tunisie un certain nombre d'étudiants originaires des pays subsahariens. Entre les lenteurs des procédures administratives, l'impossibilité de régulariser leur situation, les expulsions et les arrestations arbitraires ou encore les agressions publiques, le séjour des étudiants et des stagiaires subsahariens sur le territoire tunisien devient un véritable cauchemar.

Suite aux requêtes adressées aux autorités, aux multiples plaintes déposées et restées sans suite, l'AESAT veut alerter l'opinion publique tunisienne et internationale de la situation dans laquelle ces étudiants se trouvent, souvent dans l’indifférence générale.

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Le parcours du combattant des procédures administratives

Blamassi Touré, président de l'Association, a indiqué, lors de cette conférence, que 75% des demandes de cartes de séjour n'avaient pas été satisfaites cette année, sans qu'aucune justification ne soit adressée aux intéressés. "Nous avons appris récemment que, selon la loi tunisienne, si aucune réponse positive n'a été transmise deux mois après le dépôt de dossier, la demande est considérée comme refusée", précise-t-il.

Mais dans les faits, ce délai est souvent dépassé en raison des lenteurs administratives et les étudiants se retrouvent dans une situation irrégulière. "Lorsqu'ils veulent retourner chez eux pour les vacances, il leur est demandé à l'aéroport de payer des pénalités, sans aucun justificatif de paiement", s'indigne M. Touré.

Des expulsions incompréhensibles

Le vendredi 27 septembre 2013, un étudiant a été refoulé pour la deuxième fois à l'aéroport de Tunis et expulsé vers l'Egypte (qui n'était pas son pays de provenance). Cet étudiant est actuellement détenu au Caire. Le cas de cette personne est un exemple parmi d'autres des dérives des autorités tunisiennes, explique Jonathan Doe, membre de l'association.

"Nous on veut bien discuter, mais qu’on nous dise ce qu’on nous reproche. Nous remercions les quelques associations tunisiennes qui nous soutiennent, mais à un moment il faudra que la société civile tunisienne se lève et dise "ça suffit"!, interpelle le jeune homme.

Arrestations arbitraires et agressions en public

D'autres cas de discrimination et d'abus ont été recensés par l'association. "Un étudiant a été dernièrement malmené et s'est fait embarqué par des agents en civil, avec comme motif au départ un contrôle de routine. Il a été porté disparu pendant deux jours (...) puis gardé en détention douze jours" pour enfin être acquitté lors de son procès, a déploré l'AESAT dans un communiqué publié le 27 septembre.

Les membres de l'association rapportent également le cas d'une jeune femme violentée et blessée après avoir tenté de se défendre d'une agression sexuelle. "Et ce n'est pas le seul cas, il y a eu des tas de tentatives de viols et heureusement pour nous il y a des Tunisiens de bonne volonté qui ont porté secours à ces étudiantes", affirme Blamassi Touré.

"Les autorités tunisiennes traitent les enfants d'Afrique avec une froideur inimaginable. Si nous subissons ce genre d'agressions et que nous n’avons personne pour nous aider, ça fait mal au cœur", commente-t-il

Une lettre ouverte au président de la République

Malgré les nombreuses requêtes transmises aux autorités, la situation de nombre d'étudiants subsahariens reste inquiétante, selon l'Association qui s'interroge "sur les raisons qui motivent de telles persécutions et de tels traitements".

Une lettre ouverte a été adressée au président de la République tunisienne dans le but "d'attirer son attention sur cette fâcheuse situation":

"Monsieur le président, en ces moments de crise, d’instabilité et de difficultés, nous ne comprenons pas pourquoi les amis de toujours du peuple tunisien, ces amis qui sont restés malgré tout aux côtés de ce peuple avant, pendant et aux lendemains de la révolution tunisienne, sont aujourd’hui l’objet de si peu de considération et d’humanité. Nous avons encore plus de mal à comprendre pourquoi ces étudiants qui ont choisi par amour la Tunisie comme destination pour leurs études subissent de la part de certaines administrations autant d’injustices que cette lettre ne suffirait pas à exprimer".