MAGHREB
25/09/2013 16h:09 CET

Hamed Sinno, un artiste libanais en Une du magazine gay Têtu

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En 2012, 84 Etats (ou parties d'Etat) faisaient de l'homosexualité un crime ou un délit.

Et dans une grande partie des pays arabes, les personnes homosexuelles risquent l’emprisonnement, voire parfois la peine de mort. Certains, en particulier des artistes, décident néanmoins de braver les interdits et de surmonter ce tabou.

L’étendard d’une jeunesse arabe libérée

Hamed Sinno fait partie de ces personnes. Il est d’ailleurs en couverture du magazine gay français Têtu du mois d’octobre 2013, affichant un air de Freddie Mercury, un look un brin hipster, et surtout son orientation sexuelle.

Ce jeune homme est le leader du groupe libanais "Mashrou’ Leila", fondé en 2008, qui gagne progressivement en notoriété à travers le monde. En plus de leur style entre l’indé-pop et le rock alternatif avec des sonorités orientales, ce groupe a la particularité de traiter de front le sujet de l’homosexualité avec des textes "relatifs à la laïcité, à l’amour gay, aux problèmes sociaux dont on ne parle pas, que l’on n’accepte pas, que nous avons peur d’évoquer”, a expliqué Jalal Elias, un des membres de Mashrou’ Leila sur le site Queerty.

Dans une tribune publiée dans Le Monde en 2011 et intitulée "Etre homosexuel dans le monde arabe", Sami Richa, chef de service de psychiatrie à l'Hôtel-Dieu de France de Beyrouth rappelle que le Code pénal libanais de 1943, modifié en 2003, stipule (sans pour autant condamner explicitement l’homosexualité) dans son article 534:

"Les relations sexuelles contre nature sont punies d'emprisonnement pour une durée entre un mois et un an, et d'une amende entre 200 000 et un million de livres libanaises".

Véritable étendard de la jeune génération libérée libanaise, Mashrou’ Leila s’est déjà produit en Egypte, Jordanie, Turquie, Serbie, Hollande, Suisse, France, au Canada, aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Qatar, ou encore à l’occasion de l’édition 2013 du festival international de Hammamet, en Tunisie.

Une page Facebook compte plus de 115 000 fans qui les supplient de venir jouer dans leur pays, et des voix s’élèvent petit à petit pour dénoncer l’intolérance des pays arabes envers l’homosexualité.

Un "printemps arc-en-ciel"?

Le 4 septembre 2013, le premier manifeste public pour la dépénalisation de l’homosexualité en Algérie, publié sur Facebook, a par exemple fait couler beaucoup d’encre dans le pays. Zak Ostmane y dénonce l’homophobie de la société algérienne et les conditions dans lesquelles les homosexuels vivent en Algérie.

"Je suis un jeune homosexuel, qui paye au quotidien le prix fort de mon orientation sexuelle que je n’ai cessé de revendiquer sans honte, car j’estime que c’est un droit élémentaire, indispensable au développement de ma personne, à mon épanouissement", a-t-il écrit dans le texte repris par Jol Press.

Et il conclut: “Personne n’a le droit de dire à quelqu’un que son amour pour un autre être humain est immoral”.

Au lendemain des "révolutions arabes", un vent de révolte a aussi soufflé sur la communauté gay tunisienne avec la création par exemple de la web radio Tunisia Gay’s, la mise en service du e-magazine interactif GayDay, et la croissance d’un militantisme LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) sur les réseaux sociaux.

En 2011, le film "Le fil" traitant de l’homosexualité en Tunisie est sorti en France, avec notamment Claudia Cardinale dans un des rôles principaux.

"Il y a une forte demande de liberté, de respirer contre la censure. Un climat favorable. Par exemple, mon film a été interdit en Tunisie. Mais j'ai bon espoir qu'il soit bientôt diffusé. Ce serait peut-être un bon indice du changement", avait à l'époque déclaré le réalisateur Mehdi Ben Attia.