MAGHREB
25/09/2013 09h:00 CET | Actualisé 25/09/2013 09h:12 CET

Tunisie: Alerte rouge pour l'économie, le gouvernement entame des mesures d'austérité

Flickr/rykerstribe

“Le gouvernement a entamé l’application de mesures d’austérité dont une réduction de 5% des dépenses de l’Etat, suite à un déficit budgétaire de plus de 7% en 2013”, a déclaré à l’agence TAP le ministre des Finances Elyes Fakhfakh ce lundi 23 septembre, en marge de la réunion de la commission commune pour la transparence financière. L’objectif étant de réduire les dépenses de l’Etat.

Situation alarmante

“Nous avons un déficit budgétaire de 7,4%. Une grande partie de ce déficit provient des subventions qui sont passées de 1,5 milliard en 2010 à 5,5 milliards en 2013” a souligné le ministre sur le plateau de Nessma TV mardi soir. “L’Etat a recruté 60 000 personnes (depuis la révolution) ce qui a augmenté la masse salariale de 50%” a-t-il ajouté.

La balance commerciale enregistre quant à elle “une augmentation de son déficit de 4 points” a souligné M. Fakhfakh.

“Ceci est dû à la hausse de consommation contre une baisse de la production” explique-t-il. Pour le ministre, la hausse de la consommation est due au nombre de Libyens installés récemment en Tunisie “un million de Libyens, soit 10% de la population tunisienne”.

La situation de l’économie tunisienne semble “catastrophique” de l’aveu du Gouverneur de la Banque Centrale. Interviewé par le quotidien panarabe Al Charq Al Awsat jeudi 19 septembre dernier, M. Ayari tire la sonnette d’alarme:

“La Tunisie vit au dessus de ses moyens et la politique d’austérité s’impose pour un an ou deux, autrement nous n’allons pas nous en sortir (..). Avec un taux d’inflation de 6%, la situation est la pire depuis les années 1970”.

Vers la suppression des compensations des hydrocarbures

Ce plan d’austérité devra ainsi toucher la caisse générale de compensation dont l’objectif est de maîtriser et stabiliser les prix des produits de base, et ce via les subventions.

Selon M. Fakhfakh, aujourd’hui “un tiers des subventions concerne les produits élémentaires, tandis que deux tiers visent les énergies et hydrocarbures (électricité, gaz naturel et carburant).”

Pour le budget de 2014, une enveloppe de 4,5 milliards de dinars est destinée à la compensation. Vendredi 20 septembre, le ministre de l’Industrie Mehdi Jomâa a annoncé que:

“les industriels énergivores ne seront plus subventionnés qu'à hauteur de 50% à partir du 1er octobre 2013, dans une première étape, en attendant la suppression totale de la subvention en 2014” rapporte la TAP.

Selon M. Jomaâ, le budget de compensation a augmenté de 300% entre 2010 et 2013, une situation “insupportable” selon le ministre qui précise toutefois que la suppression de la subvention des hydrocarbures ne devrait pas toucher les catégories de faibles revenus.

De son côté, Tahar Aribi, PDG de la Société Tunisienne de l'Electricité et du Gaz (STEG) a déclaré mardi à la TAP que:

“la STEG est en train d'étudier la possibilité de réviser à la hausse les prix de l'électricité, uniquement pour les grands consommateurs d'électricité, tels que les grandes sociétés de ciment et de fer”, et d’ajouter que “cette révision, qui devra être appliquée à partir du mois d'octobre, ne concernera pas les particuliers dont la moyenne de consommation ne dépasse pas 300 kw/h”.

“Nous sommes dans une situation très critique” a affirmé la Gouverneur de la Banque Centrale. Quant au ministre des Finances, il estime que “la situation économique passe de difficile à dangereuse”.

Et la crise politique ne fait qu’aggraver les choses. Selon la note du mois de septembre de l’observatoire de la conjoncture économique: “par rapport au diagnostic du milieu d’année, la situation s’est davantage compliquée durant l’été, avec la détérioration continue des équilibres macroéconomiques et l’épuisement du sentiment économique. Dans ce contexte dégradé, l’engrenage politique exacerbé est naturellement contre-productif, puisqu’en dernier ressort seule une croissance moins précaire et plus forte pourra répondre à l’urgence des aspirations collectives”.