MAGHREB
19/09/2013 14h:01 CET | Actualisé 19/09/2013 14h:28 CET

Radio Kalima: Les employés en sit-in, la direction annonce une procédure de redressement judiciaire

Facebook/Sit-in Kalima

Lancée officiellement au mois d’octobre 2012, Radio Kalima connaît après moins d’un an une crise de grande ampleur. Ses employés, journalistes, techniciens et cadres administratifs ont entamé depuis lundi 16 septembre un sit-in ouvert dans les locaux de la radio. La direction annonce une procédure de redressement judiciaire.

Les revendications sont principalement d’ordre social. Les employés de Radio Kalima n’ont pas perçu leurs salaires depuis le mois de juillet. "Il y a également des impayés datant de 2011", déclare au HuffPost Maghreb, Faten Hamdi, journaliste à la radio et porte-parole du sit-in. Les employés demandent notamment "la révision de leurs contrats" jugés non conformes aux conventions collectives par la journaliste, qui a refusé de signer le sien. Parmi les clauses qu’elle dénonce: "ne pas travailler dans un média concurrent en cas de rupture de contrat".

La direction générale de la radio qui est demeurée muette depuis le début du sit-in, a réagi via un communiqué de presse ce jeudi, dans lequel elle explique ses problèmes financiers et annonce sa décision de recourir à "une procédure de redressement judiciaire" pour tenter de sauver le média. Employant une soixantaine de personnes, Radio Kalima n’arrive plus à les payer. "Les salaires et vacations (plus de 80 000 DT mensuels) ont constitué les trois quarts des dépenses" informe la direction dans son communiqué.

Pour une entreprise, le redressement judiciaire est une procédure de sauvetage qui consiste à placer l'entreprise, en cessation de paiement, sous contrôle judiciaire tout en lui permettant de poursuivre ses activités et de chercher des perspectives de survie (nouveaux investisseurs, réduction des salaires, des effectifs, de l'activité, des charges, etc.). Si le redressement n'est plus envisageable, une procédure de liquidation est alors ouverte.

"La SARL au capital d’un million de dinars, a investi depuis son démarrage (le 31 octobre 2012) près de 3 millions de dinars, pour des revenus publicitaires quasiment nuls. Fin juin 2013, la SARL a atteint un niveau d’endettement de plus de 1,8 million de dinars. Les actionnaires ayant fait part de leur indisposition à augmenter leur engagement financier dans la SARL et les créanciers ayant notifié leur refus de lui consentir davantage d’endettement, la société s’est retrouvée en état de cessation de paiement, d’où le non versement des salaires et vacations du mois de juillet", explique la direction.

Journaliste pour Radio Kalima depuis 5 ans, Faten Hamdi est aujourd’hui en conflit direct avec la direction. "J’étais là depuis 2008, à l’époque nous étions tous des militants. J’étais surveillée par le régime de Ben Ali", affirme-t-elle. En plus des problèmes sociaux communs à tous les employés, la journaliste dénonce "l’intervention de la direction dans la ligne éditoriale". "On me demande de ne pas inviter telle ou telle personne. Au mois d’avril on m’a supprimé une émission", affirme-t-elle. Des accusations que réfute le directeur général de la radio Omar Mestiri. "Ceci renforce nos soupçons de manipulation politique, dit-il au HuffPost Maghreb, nous connaissons bien les manœuvres dans le champ médiatique". M. Mestiri craint que "la précarité des journalistes" ne facilite leur "manipulation". "Les gens qui ont manifesté leur soutien aux employés de Radio Kalima ont eu très peu d’égard à ce qu’a tenté d’apporter ce média en terme d’indépendance". Pour lui, ces difficultés financières sont "le tribut que Radio Kalima a payé pour son indépendance et le refus de l’alignement partisan".

Co-fondée par Sihem Ben Sedrine et Omar Mestiri en 2008, Radio Kalima n’obtient son autorisation pour diffuser sur la bande FM qu’après la révolution. Mme Ben Sedrine s’est alors félicitée du passage "d’une radio militante à une radio professionnelle". Lors de la conférence de presse tenue à l’occasion du lancement officiel, M. Mestiri avait fait savoir que Nasr Chakroun, patron du groupe 3S, était l'actionnaire principal de la radio sans donner plus de détails sur le financement.

En sit-in ouvert depuis lundi 16 septembre, les journalistes et techniciens de radio Kalima continuent malgré tout à travailler. Sans salaires depuis le mois juillet, ils risquent de perdre définitivement leurs emplois suite à la procédure de redressement judiciaire. En attendant, la direction de la radio fait savoir que "toute proposition de contribuer au sauvetage (de Kalima) ne peut qu’être favorablement reçue par les dirigeants de la radio."