MAGHREB
19/09/2013 15h:34 CET

Lotfi Ben Jeddou: "Les informations reçues sur l'assassinat de Mohamed Brahmi étaient au conditionnel"

Facebook/ministère de l'intérieur

Le ministre de l'Intérieur Lotfi Ben Jeddou a été auditionné ce jeudi 19 septembre 2013 par les députés non retirés de l'Assemblé nationale constituante

Une Assemblée timorée

La majorité des interventions des députés étaient d'ordre général. Ils ont demandé des justifications concernant les documents récemment fuités, prouvant que les services de sécurité avaient eu connaissance de menaces pesant sur Mohamed Brahmi avant son assassinat. D'autres, comme Néji Gharsalli (ancien PDP, démissionnaire du bloc démocratique), ont fait porter la responsabilité des faits au gouvernement dans son ensemble. Taher Hmila, quant à lui, a déclaré que la responsabilité était celle du ministère de l'Intérieur dans son ensemble, estimant que le Chef du gouvernement Ali Larayedh n'avait certainement pas été mis au courant.

Sahbi Atig, président du groupe parlementaire d'Ennahdha s'est, pour sa part, dit scandalisé par le fait que les documents en question aient été publiés. "Il s'agit de la sécurité de l'Etat, faire fuiter ce type de documents est criminel et les responsables doivent être poursuivis", s'est-il indigné.


La députée Ettakatol, Lobna Jeribi, a déploré une Assemblée qu'elle a jugée monocolore en l'absence des élus retirés et appelé les députés présents à se remettre en question.

Lotfi Ben Jeddou défend son ministère

"Nous ne sommes pas ici depuis trois ans, cela fait seulement six mois que nous sommes au ministère et beaucoup d'améliorations ont été constatées", a déclaré Lotfi Ben Jeddou au début de son discours.

Le ministre de l'Intérieur a en effet affirmé que la situation sécuritaire avait connu des évolutions notables depuis plusieurs mois, prenant l'exemple de jeunes (hommes et femmes) empêchés d'aller en Syrie, ou encore celui des routes et lieux touristiques à présent sécurisés.

Concernant les assassinats politiques et les actes terroristes, Lotfi Ben Jeddou a également salué les efforts et le travail des services de sécurité. Le ministre précise que des organisations terroristes jusque-là inconnues ont été localisées et cernées et qu'il s'agissait là d'une grande avancée. Il a cependant concédé un "échec" de son institution concernant l'assassinat de Mohamed Brahmi, tout en le nuançant.

"Les informations reçues étaient au conditionnel"

C’est ainsi que Lotfi Ben Jeddou a commenté le contenu des documents récemment fuités et révélés par Taïeb Laguili. Il a affirmé que les procédures engagées à la suite des renseignements fournis par la CIA étaient habituelles.

"Ces renseignements ont été reçus le 12 juillet, ils ont été traduits de l'anglais à l'arabe et ont été transmis aux différents services concernés. Ce type de renseignement ne parvient au ministre que lorsqu'elle est vérifiée", justifie M. Ben Jeddou.

"Mais ces informations étaient au conditionnel et n'ont donc pas été considérées comme extrêmement dangereuses ou prioritaires", poursuit-il.

Il ajoute qu'il n'y avait pas d'indices concernant d'éventuelles menaces pesant sur le député assassiné.

Lotfi Ben Jeddou a par ailleurs estimé que le travail des services sécuritaires était plus que louable avec de nombreux attentats et tentatives d'assassinats déjoués, plus de 60 personnalités sous protection policière continue et d’autres bénéficiant d’une protection ponctuelle ou encore protégées par la sécurité présidentielle.

Le ministre s'est enfin dit étonné qu'un document fuité puisse créer la panique en Tunisie, quand de nombreuses défaillances sécuritaires à travers le monde n'ont pas généré autant de réactions:

""Wikileaks a diffusé des milliers de documents compromettants, des renseignements avaient été transmis avant les attentats de Madrid, ceux au Maroc et même concernant les attentats du 11 septembre... Tout cela n'avait pas suscité une polémique aussi grande que pour un seul document en Tunisie", assène le ministre.

Une police parallèle...

Une enquête est en cours concernant des individus infiltrés au sein du ministère de l'Intérieur. Cette "police parallèle" selon les termes de Ben Jeddou n'est pas un groupe organisé à la solde d'un quelconque parti, mais concerne des individus. "Ce sont les mêmes individus qui ont fait fuiter les documents concernant l'assassinat de Mohamed Brahmi", accuse-t-il, prétendant qu'il s'agirait de personnes proches de symboles de l'ancien régime.

Pour la mise à disposition des archives de la police politique, Lotfi Ben Jeddou a relevé la nécessité de le faire dans le cadre de la loi, avec la mise en place d'une commission neutre et intègre.

"On n’a pas un bouton magique pour tout régler en 6 mois", conclut le ministre de l'Intérieur, se disant disposé à quitter ses fonctions à n'importe quel moment.