MAGHREB
18/09/2013 15h:32 CET | Actualisé 20/09/2013 08h:55 CET

Tunisie: Le gouvernement Larayedh accusé de crime d'Etat après de nouvelles révélations sur l'assassinat de Mohamed Brahmi

C'est une "catastrophe", un "scandale"... un "crime d'Etat"... C'est pour le moins un pavé dans la mare qui a été jeté par Taïeb Laguili, militant et membre de l'IRVA (Initiative pour la Recherche de la Vérité sur l'Assassinat de Chokri Belaïd) lorsqu'il a révélé en fin de semaine dernière l'existence de documents prouvant que le ministère de l'Intérieur était au fait de grave menaces pesant sur le député Mohamed Brahmi, une dizaine de jours avant son assassinat. L'existence de ces documents a été confirmée par Lotfi Ben Jeddou qui a ordonné l'ouverture d'une enquête interne à ce sujet.

Lire sur le HuffPost Maghreb: L'affaire Mohamed Brahmi met en évidence les défaillances du ministère de l'Intérieur

"Ali Larayedh a ordonné la destruction des documents"

Taïeb Laguili revient à la charge aujourd'hui dans une interview accordée à Mosaïque FM et accuse le chef du gouvernement, Ali Larayedh, d'avoir ordonné la destruction desdits documents.

"D'après nos sources, le jour de l’assassinat de Mohamed Brahmi, les responsables au sein du ministère de l'Intérieur se sont réunis et ont décidé la destruction de ce document, avec l'accord d'Ali Larayedh", affirme Taïeb Laguili.

Un crime d'Etat?

D'autres documents transmis à M. Laguili révèlent que des responsables d'Ennahdha avaient bénéficié d'une protection policière rapprochée à la suite de simples menaces sur des réseaux sociaux, "ce qui n'a pas été le cas pour Mohamed Brahmi, malgré des renseignements fournis par la CIA".

Ces informations prouvent, selon lui, que le ministère s'est rendu coupable de complicité et qu'il s'agit-là d'un crime d'Etat. Les documents en sa possession ont été confiés à l'avocat français, Jean-Pierre Mignard, déjà en charge de l'affaire de l'assassinat de Chokri Belaïd.

"Nous attendons que la présidence du gouvernement démente ces accusations et nous aurons alors réuni toutes les conditions permettant de porter l'affaire devant la justice internationale, pour crime d'Etat", ajoute M. Laguili.

Il a en outre donné les noms d'une vingtaine de personnes, concernées par la plainte, parmi lesquelles le chef du gouvernement, Ali Larayedh, le ministre de l'Intérieur, Lotfi Ben Jeddou et un certain nombre d'anciens et actuels directeurs généraux au sein des différents services sécuritaires.

Lors d'une manifestation devant le ministère de l'Intérieur, les partis de l'opposition ont réclamé la démission immédiate du gouvernement à la suite de ces révélations. "Si le gouvernement en était informé c'est un crime d'Etat et s'il n'était pas informé c'est une catastrophe", a indiqué Maya Jribi, secrétaire générale d'Al Joumhouri.

Lire sur le HuffPost Maghreb:
Des partis de l'opposition accusent le gouvernement d'être impliqué dans l'assassinat de Mohamed Brahmi

BLOG: "Larayedhgate" par Selim Ben Abdessalem

Le gouvernement dément

Quelques heures plus tard, la présidence du gouvernement a démenti toutes les accusations portées par Taïeb Laguili.

"Le chef du gouvernement nie les informations selon lesquelles il avait connaissance du document mettant en garde contre l’assassinat du député Mohamed Brahmi, précisant qu'il n'en avait été informé qu'après l'assassinat", peut-on lire sur le communiqué. Le chef du gouvernement ajoute que ce type d'accusations mensongères n'avait pour but que de déstabiliser et décrédibiliser les services de sécurité.

Lotfi Ben Jeddou auditionné jeudi à l'ANC... La Troïka réagit

Imed Daïmi, secrétaire général du CPR a affirmé qu'à la suite de ces révélations, des réformes et des remaniements étaient en cours au sein du ministère de l'Intérieur et que l'assassinat de Mohamed Brahmi avait permis de mettre la lumière sur les défaillances. Lobna Jeribi, députée d'Ettakatol, a quant à elle appelé Lotfi Ben Jeddou à mener sa propre enquête et à prendre ses responsabilités.

Ce dernier, qui ne s'est toujours pas exprimé au sujet de ces nouvelles accusations sera auditionné ce jeudi par les députés non retirés lors d'une séance plénière de l'Assemblée nationale constituante.

L'organisation de cette plénière était une initiative du mouvement Ennahdha qui a estimé que les informations fuitées révélaient de "dangereuses défaillances sécuritaires".