MAGHREB
09/09/2013 10h:24 CET | Actualisé 09/09/2013 11h:39 CET

Crise politique en Tunisie: Face à l'échec des pourparlers, l'opposition passe à la vitesse supérieure

Nacer Talel pour le HuffPost Maghreb

Les semaines se suivent et se ressemblent depuis l'assassinat de Mohamed Brahmi le 25 juillet dernier. Plus d'un mois plus tard, la crise politique est toujours aussi profonde et aucune solution de sortie de crise n'est à ce jour envisagée.

Echec des pourparlers

Les représentants de l'opposition, réunis au sein du Front du salut national, se disent disposés à accepter le retour des travaux de l'Assemblée nationale constituante (ANC), mais n'entendent pas céder sur leur demande principale consistant en la démission immédiate de l'actuel gouvernement d'Ali Larayedh et la formation d'un gouvernement apolitique. Ils demandent ainsi l'application stricte de l'initiative proposée par l'UGTT et adoptée par les trois autres organisations qui participent à la médiation entre les différents acteurs politiques.

La troïka au pouvoir, de l'autre côté, émet plusieurs réserves sur le fond de cette initiative, privilégiant un retour des travaux de l'ANC avec l'ensemble de ses prérogatives et le lancement du dialogue national avant une éventuelle démission du gouvernement et la formation du prochain.

L'opposition diversifie ses méthodes de protestation pacifique

Face à ces réserves, l'opposition n'est pas prête de plier et annonce une nouvelle étape dans le mouvement de protestation entamé depuis le début de la crise.

Lors du discours prononcé le 7 septembre 2013 à l'occasion du 40e jour suivant la mort de Mohamed Brahmi, Hamma Hammami, leader du Front populaire, a en effet annoncé que le mouvement allait s'intensifier, s'élargir au niveau national et que d'autres formes de protestation allaient être employées, notamment la décision de plusieurs députés retirés d'entamer une grève de la faim et le début d'un autre sit-in à la Kasbah, siège du gouvernement.

"Nous sommes disposés à dialoguer, nous avons fait des concessions et accepté officiellement l'initiative des quatre organisations, sachant que la troïka et particulièrement Ennahdha n'allait pas accepter. Il y a des gouvernements qui démissionnent lorsqu'ils échouent et d'autres qui ne s'en vont que lorsque le peuple les fait tomber. Etes-vous disposés à faire tomber ce gouvernement?", lance-t-il à la foule avant de poursuivre:

"Ce sit-in doit devenir un sit-in national. Des députés vont commencer une grève de la faim et nous débuterons le sit-in de la Kasbah à partir de lundi. Ce peuple est disposé à faire une nouvelle "intifada" pacifique".

Abdelaziz Kotti, député Nida Tounes, a déclaré que la grève de la faim concernait plusieurs élus retirés mais aussi des personnalités nationales et que leurs noms seront dévoilés ce lundi après-midi.

"Cette décision a été prise à la suite du refus d'Ennahdha d'adopter l'initiative de l'UGTT. Nous avons également pris acte de la situation économique et sociale inquiétante du pays et des informations d'une grande gravité révélées par les syndicats des forces de sécurité", a justifié l'élu.

Un certain nombre de députés retirés se sont par ailleurs entretenus avec Houcine Abassi, secrétaire général de l'UGTT, lundi matin. "Nous (députés en sit-in) voulons savoir ce qui se trame dans les coulisses et nous ne voulons pas être le dindon de la farce de certaines parties partisanes", écrit Rim Mahjoub, élue Afek Tounes.

Des blessés de la révolution se joignent au mouvement

Huit blessés de la révolution se sont joints au sit-in du Bardo ce dimanche, pour protester contre le traitement qui leur est réservé et pour demander la chute du gouvernement. Intervenant sur les ondes de Shems FM, l'un des blessés, Moslem Kasdallah, explique:

"Nous revendiquons la chute de ce gouvernement qui n'a rien fait pour nous, tout en nous promettant de traiter nos dossiers depuis 2011. Nous demandons l'accélération des procédures, mais dans tous les cas, nous n'avons plus confiance en ce gouvernement", déclare-t-il.

Le bureau de l'Assemblée se réunit ce mardi, selon Habib Khedher

Sur un autre plan, Habib Khedher, rapporteur général de la Constitution et élu Ennahdha, a annoncé que le bureau de l'Assemblée se réunirait ce mardi à 10 heures du matin.

Cette information n'a pas été confirmée par le chargé de communication auprès du président de l'Assemblée, Mofdi Mseddi: "Nous ne savons rien pour le moment, ce type d'information doit être annoncé par la présidence de l'Assemblée", a-t-il déclaré au HuffPost Maghreb.

La crise politique se prolonge en Tunisie, doublée d'une crise de confiance entre les deux camps rivaux. Si la réunion du bureau de l'Assemblée a effectivement lieu, les décisions qui en découleraient pourraient être déterminantes pour la suite.