MAGHREB
04/09/2013 19h:10 CET | Actualisé 06/09/2013 07h:03 CET

Tunisie: Mustapha Ben Jaâfar rejette les pressions et maintient la suspension de l'ANC... à un fil

Lors d'une allocution télévisée mercredi soir, le président de l'Assemblée nationale constituante, Mustapha Ben Jaâfar a appelé les élus retirés à retourner à l'Assemblée. Il a en outre annoncé qu'il "avait l'intention" de réunir le bureau de l'ANC la semaine prochaine... laissant une issue incertaine pour la reprise des travaux de l'Assemblée.

"J'ai tenu ma promesse, depuis la suspension de l'Assemblée nationale constituante il y a près d'un mois, en prenant contact avec les différents responsables et en dialoguant avec les principales parties prenantes dans cette crise politique", a déclaré le président de l'ANC.

Mustapha Ben Jaâfar a défendu sa décision de suspendre les travaux de l'Assemblée par le fait que cela a permis de calmer une situation explosive depuis l'assassinat du député Mohamed Brahmi. "J'ai assumé mes responsabilités, je ne pouvais pas laisser le pays sombrer dans la violence et se creuser le fossé entre deux camps qui s'affrontent", a-t-il soutenu.

"Je n'ai peur que de Dieu"

Faisant allusion aux menaces et multiples pressions qu'il a subies depuis sa décision, Mustapha Ben Jaâfar s'est montré ferme et déterminé. "Je veux dire aujourd'hui que je n'ai peur que de Dieu et ne répond qu'à ma conscience. Les menaces et les mots creux ne peuvent pas influencer mes décisions", a-t-il prévenu.

Pas le droit à l'échec

Lors de son discours, Ben Jaâfar a renvoyé les deux camps dos à dos, affirmant que malgré son appartenance partisane, il agissait en tant que président de l'Assemblée, sans prendre parti. "Ce ne sont pas les leaders politiques qui pâtiront de cette situation mais les plus démunis, "ceux qu'on appelle les zwawla" (les "pauvres" dans le langage populaire), déplore-t-il.

Il a ainsi appelé les responsables politiques à prendre des décisions courageuses et à privilégier le dialogue pour trouver une sortie de crise. Selon lui, l'absence de dialogue et la division ont été à l'origine de la situation dramatique que vit l'Egypte depuis la destitution du président Morsi et la prise du pouvoir par l'armée.

Une Constitution et un nouveau gouvernement pour le 10 octobre?

Pour M. Ben Jaâfar, des concessions importantes ont été enregistrées grâce aux négociations "marathoniennes" menées par Houcine Abassi, secrétaire général de l'UGTT, la puissante Centrale syndicale. Ces accords concernent:

  • Un nouveau gouvernement composé de compétences et présidé par une personnalité indépendante, dont la formation se ferait dans un délai ne dépassant pas quatre semaines.
  • La poursuite des travaux de l'Assemblée constituante et l'accélération du processus

"Si le dialogue national débute avant la fin de la semaine, nous pourrions adopter la Constitution et avoir un nouveau gouvernement pour le 10 octobre prochain", a assuré le président de l'ANC.

Une Assemblée encore suspendue... à un fil

Sans annoncer la reprise des travaux de l'Assemblée, son président a informé de son "intention de réunir le bureau la semaine prochaine. Aucune date n'a été communiqué ni d'ordre du jour concernant cette hypothétique réunion.

Il est à noter que le bureau (composé de 10 députés) ne peut se réunir qu'en présence des deux tiers de ses membres. Avec trois élus officiellement retirés, l'impossibilité de tenir une telle réunion ne tient qu'à l'absence supplémentaire d'un seul député.

Article 36: Le bureau de l’Assemblée se réunit sur convocation de son président ou du tiers de ses membres. Ses réunions ne peuvent se tenir qu’en présence des deux tiers de ses membres, il prend ses décisions à la majorité des présents, et en cas d’égalité des voix, celle du président est prépondérante.

Comme le stipule l'article 36 du Règlement intérieur et dans le cas où le quorum est atteint, la majorité des présents est nécessaire pour toute prise de décision. Ennahdha forte de trois élus au sein du bureau ne détient cependant pas la majorité pour imposer ses choix.

Par son discours, Mustapha Ben Jaâfar semble vouloir gagner du temps face aux pressions des députés non retirés, tout en appelant les élus retirés à regagner "leur maison": une Assemblée constituante qui reste donc suspendue... à un fil.