MAGHREB
22/08/2013 16h:14 CET

Concessions d'Ennahdha sur la place de l'Islam dans la Constitution... L'opposition rejette sur la forme

Les islamistes au pouvoir en Tunisie ont annoncé jeudi avoir revu plusieurs points litigieux du projet de Constitution, notamment sur la place de l'islam, au moment où le pays est plongé dans une profonde crise politique.

Concessions sur l'article 141 et le préambule

Le groupe parlementaire du Mouvement Ennahdha à la Constituante (91 députés sur 217) a indiqué avoir trouvé un accord avec quatre autres partis (CPR, Courant Al Mahabba, Mouvement de la République, Mouvement Wafa) pour supprimer du projet l'article 141 dont la disposition la plus critiquée par l'opposition prévoyait qu'aucune révision constitutionnelle ne pouvait porter atteinte à "l'islam en tant que religion de l'État". Il est à noter que Samia Abbou, représentant le Courant démocratique était présente à cette réunion, mais a refusé de signer l'accord, exprimant certaines réserves au sujet du Préambule.

Pour l'opposition, cette formulation laissait la porte ouverte à l'introduction de la charia en Tunisie, même si le parti Ennahdha a assuré avoir renoncé à instaurer la loi islamique comme source de droit dans le pays.

Par ailleurs, les islamistes ont indiqué que les articles 1 et 2 du projet qui font consensus ne pourront faire l'objet d'aucun amendement.

Le premier stipule que "La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, sa religion est l'islam, sa langue est l'arabe et son régime la République". Le second dit: "La Tunisie est un État à caractère civil basé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et la primauté du droit".

Enfin dans le préambule, la formule "sur la base des enseignements de l'islam" est remplacée par "exprimant l'attachement de notre peuple aux enseignements de l'Islam".

Ces changements répondent aux principales revendications de l'opposition dont une grande partie des élus boycottent les travaux de l'Assemblée nationale constituante (ANC) en raison de la crise politique déclenchée par l'assassinat du député d'opposition Mohamed Brahmi fin juillet.

Les élus de l'opposition rejettent les propositions sur la forme

"Ces changements (au projet de Constitution) répondent en effet à des points litigieux. Mais ce n'est pas le sujet du moment", a jugé Karima Souid, député du parti Al Massar boycottant la Constituante.

La députée Nadia Chaâbane s'est quant à elle indignée de la création même de cette commission et de la manière avec laquelle les députés membre de la commission de consensus ont été conviés à assister à cette réunion officieuse, rejetant sur la forme toute décision qui en émanerait.

Selma Mabrouk, également élue d'Al Massar, a refusé, en ce sens, de juger le communiqué publié par ces députés: "A ce que je sache et jusqu'à nouvel ordre, les travaux de l'Assemblée constituante ont été gelés sur la forme et il s'agit donc d'une réunion officieuse organisée à l'initiative de quelques députés. Il n'y a aucune raison de prendre en compte ce qu'ils auraient décidé", a-t-elle déclaré au HuffPost Maghreb.

Pas de reprise des travaux de l'ANC avant le dialogue national

En outre, Lobna Jeribi, députée du parti Ettakatol dans la coalition au pouvoir, a affirmé que des avancées avaient déjà été opérées la veille de la mort de Mohamed Brahmi, le 24 juillet, au niveau de la Constitution, pour les articles se référant à la religion.

"Nous rejetons cependant toute reprise des travaux sans les députés retirés. Aucune décision n'a encore été prise par Mustapha Ben Jaâfar pour lever la suspension de l'ANC et cela ne pourrait se faire que lorsque le dialogue national entre les différentes parties sera lancé", a-t-elle précisé au HuffPost Maghreb.

Le communiqué de la commission menée par les islamistes et d'autres représentants des élus non retirés intervient le jour de l'annonce d'un éventuel accord entre Ennahdha et l'UGTT, prémisse, selon les islamistes, d'un dialogue national. Cependant, Ennahdha se dit toujours attaché au gouvernement de la Troïka, tant que le dialogue national ne sera pas lancé, alors que la coalition des partis de l'opposition revendique la démission du gouvernement avant l'instauration de ce dialogue.