MAGHREB
11/08/2013 13h:06 CET | Actualisé 11/08/2013 15h:12 CET

Le retour médiatique de Hamadi Jebali

Facebook/Hamadi Jebali

Il avait démissionné de son poste de Chef du gouvernement en mars 2013, suite à l’assassinat de l’opposant Chokri Belaid, provoquant la première grande crise politique dans le pays depuis les élections du 23 octobre 2011. Depuis, Hamadi Jebali, secrétaire général du mouvement Ennahdha, s’est éloigné des projecteurs.

Cette nouvelle crise politique, déclenchée par un deuxième assassinat politique, celui du député d’opposition Mohamed Brahimi, suivi d’une embuscade au mont Chaâmbi et une menace terroriste qui persiste, fait sortir Jebali de sa réserve. Mieux, il en profite pour revenir sur la scène médiatique, et exposer son point de vue sur la situation actuelle du pays, “dangereuse” selon ses dires.

Deux jours et trois interviews

Selon le journal La Presse, qui a publié une longue interview de l'ancien Chef du gouvernement le 7 août, c’est Hamadi Jebali lui même qui a demandé cet entretien. Il en a fait de même avec le journal en ligne Leaders le 6 août, et le journal en langue arabe Al Chourouk le lendemain.

En choisissant 3 supports médiatiques aux types de lecteurs différents, M. Jebali chercherait à se faire entendre par tout le monde.

“C’était hier, dans la proche banlieue de Tunis, que La Presse a accordé un entretien à Hamadi Jebali à sa demande. L’ancien chef du gouvernement a délibérément choisi le timing et trois médias pour faire sa sortie médiatique et mettre un terme, ainsi, à une retraite de quelques mois. Rester en retrait de la scène politico-médiatique ne signifie nullement s’arrêter, nous assure-t-il, de servir son pays.” note La Presse en date du 7 août.

Dans toutes ses sorties médiatiques, le secrétaire général du mouvement Ennahdha, souligne “la dangerosité de la situation actuelle”, n'hésite pas à avouer que “le pays se porte mal” à cause de “la course effrénée vers les intérêts personnels et partisans de la part de tous”, et propose “une solution”. Celle qu’il avait déjà préconisée six mois auparavant, et à laquelle son propre parti s’y est opposé, et s'oppose encore: “un gouvernement de compétences nationales”.

“Je n’ai pas renoncé à cette solution et sans vouloir jeter l’anathème sur personne ou en tirer une fierté personnelle, l’histoire en démontrera la pertinence.” déclare-t-il à Leaders, tout en admettant que cela pourrait prendre du temps. ”Pour garantir la continuité de l’Etat, nous pouvons envisager le maintien des ministres en charge des départements régaliens et d’autres techniciens, et y ajouter des compétences indépendantes.”

“Il faut que le gouvernement actuel continue de travailler avec l’idée, à l’instar de l’ANC, de se dissoudre. Il se mettra en place un gouvernement entièrement neutre, consensuel dont aucun membre ne se présentera, pour organiser les élections, avec l’instance indépendante des élections. C’est ma vision et c’est une solution. J’ai une seule ligne rouge, ne pas mettre en échec l’opération démocratique, et ne pas appeler maintenant à la dissolution de l’ANC, parce que le faire c’est un coup d’Etat en bonne et due forme. Comme en Egypte.", explique-t-il au journal La Presse.

Ce dimanche 11 août, c’est au tour du journal arabophone basé à Londres, Al Charq Al Awsat, de publier une nouvelle ineterview de Hamadi Jebali. Cette fois ce sont les députés que l’ancien Chef du gouvernement critique.

“Le peuple en a marre des slogans, des discours et même des initiatives (..). Les députés doivent s’excuser auprès du peuple, dit-il, il faut qu'ils s'engagent à accélérer la rédaction de la constitution et de se faire aider par des experts s'il le faut".

Contrairement à la position de son parti qui ne cesse de défendre "sa légitimité électorale" face à ses détracteurs, le secrétaire général d’Ennahdha, estime dans le journal Al Charq Al Awsat, qu' “une légitimité électorale ne suffit plus aujourd’hui" et qu'il "faut la renforcer d’une légitimité consensuelle”. Pour lui, tout le monde est responsable dans la crise que traverse la Tunisie, “aussi bien la troïka que les partis de l’opposition, les organisations professionnelles et syndicales”.

Hamadi Jebali fait un retour dans les médias, mais pas seulement. Au deuxième jour de l'Aïd, en compagnie de son épouse, il rend visite aux militaires blessés, et publie les photos sur sa page Facebook. L’ancien Chef du gouvernement, dont l’initiative d’un cabinet restreint de technocrates refusée par son parti et la troïka au pouvoir, l’a poussé à démissionner, revient ainsi en force sur le devant de la scène. Prépare-t-il son retour en vue des prochaines échéances électorales? L'avenir le dira.

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