MAGHREB
05/08/2013 10h:34 CET | Actualisé 06/08/2013 15h:22 CET

Algérie: "Le sit-in des non-jeûneurs à Tizi Ouzou est un non-évènement" d'après Saib Mohand Ouidir

Facebook

Samedi dernier, à Tizi Ouzou , principale ville de Kabylie, située 100km d’Alger, des Algériens ont bravé l’interdit en déjeunant en public pendant le mois de Ramadan. Plus de 500 personnes se sont regroupées sur une place publique pour manifester contre "l’islamisation" rampante du pays en organisant un pique-nique géant. Le mouvement initié par Bouaziz Ait Chebib, à la tête du mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) fondé en 2001, a réuni plusieurs jeunes revendiquant leur liberté de choix et de conscience. Dans la manifestation, les pancartes rappellent l’article 36 de la Constitution algérienne "la liberté de conscience et la liberté d’opinion sont inviolables", plus loin un jeune témoigne "être algérien ce n’est pas seulement être musulman". Selon eux, refuser de jeûner est devenu un motif d’arrestation en Algérie.

Le directeur des affaires religieuses de la wilaya de Tizi Ouzou réagit

M. Saib Mohand Ouidir a affirmé à l’APS (Algérie Presse Service) que "cette action a été une tentative vaine de susciter l’adhésion de l’opinion publique, mais le rassemblement s’est déroulé dans l’ignorance totale des citoyens" et a fait observer que ceux qui ont participé au rassemblement "sont connus pour leur appartenance à un mouvement qui prône la division du pays et le reniement des valeurs sociales et religieuses de la société algérienne".

Il a par ailleurs rappelé qu’à l’occasion du prêche du vendredi dernier, les imams ont prié pour que les initiateurs de la manifestation des non-jeûneurs "retrouvent le droit chemin".

En Algérie, depuis les élections avortées de 1991 et la guerre anti-islamiste de "la décennie noire", la société civile et les partis d’opposition luttent contre ce qu’ils appellent "l’islamisation rampante" du pays. Dans la ville rebelle de Tizi Ouzou, la pratique musulmane est plus libre qu’ailleurs. La population, attachée aux traditions kabyles, y revendique haut et fort son identité berbère. Cette manifestation fait donc écho au rejet de l’arabisation de l’Algérie par la Kabylie, théâtre de troubles sanglants lors du printemps berbère survenu en 1980, le mouvement revendiquant la reconnaissance de l’identité et de la langue berbère.

Un élan de soutien au mouvement de Tizi Ouzou s’est déjà levé au sein des communautés Algérienne de France et du Canada. Des campagnes ont été initiées sur le net par les militants kabyles qui ont lancé un appel "aux citoyens de toutes opinions qui se reconnaissent dans les valeurs de tolérance et de respect de la différence, à braver publiquement les provocations de l’état algérien".