MAGHREB
27/07/2013 08h:05 CET

Lotfi Ben Jeddou peine à convaincre l'opposition (VIDÉOS)

Mohsen Marzouk à la conférence de presse
HuffPost Maghreb
Mohsen Marzouk à la conférence de presse

Le ministre de l'Intérieur, Lotfi Ben Jeddou, a tenu une conférence de presse, vendredi 26 juillet 2013, pour communiquer les derniers éléments de l'enquête portant sur les assassinats de Chokri Belaïd, tué il y a près de six mois et Mohamed Brahmi, assassiné la veille. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, des voix s'élèvent pour pointer du doigt les éventuelles incohérences de la version du ministère de l'Intérieur.

Du côté de l'opposition, malgré un a priori positif sur la personne de Ben Jeddou, les responsables politiques ne cachent pas leur scepticisme.

"L'assassin tourne en dérision les forces de l'ordre"

"Le ministre de l'Intérieur, Ben Jeddou, n'était pas convaincant lors de sa conférence de presse", a déclaré Mohsen Marzouk, un des leaders de Nida Tounes, au HuffPost Maghreb.

"Le syndicat des forces de sécurité remettra lui même en doute ses déclarations. Il y a de nombreux problèmes et de rapports de force au sein du ministère de l'Intérieur qui empêchent les forces de l'ordre de faire leur travail", précise M. Marzouk.

"Comment cette personne a pu perpétrer ce meurtre avec autant de liberté?", s'interroge-t-il, sans vouloir accuser le ministre de l'Intérieur, ni "les personnes intègres qui travaillent au sein du ministère",

"En utilisant la même arme que celle qui a servi à tuer Chokri Belaïd, l'assassin prouve l'échec des forces de sécurité", estime le porte-parole de Nida Tounes. Quel message en conclure?

"Il a voulu dire que l'enquête sur la mort de Chokri Belaïd n'était pas une réussite, c'est comme s'il tournait en dérision les forces de sécurité".

Pour Mohsen Marzouki, tout le système du ministère de l'Intérieur doit être révisé: "Nous demandons en outre une réelle coordination entre l'armée et les forces de sécurité pour combattre le terrorisme".

"Les données ne sont ni convaincantes, ni suffisantes"

En marge de la conférence de presse des 42 députés ayant gelé leur participation à l'ANC, Issam Chebbi, député et porte-parole d'Al joumhouri, a souligné l'importance capitale des éléments communiqués par le ministre de l'Intérieur.

"Les forces de sécurité ont fourni beaucoup d'efforts après la mort du martyr Mohamed Brahmi pour découvrir les informations entourant ce crime, et l'annonce des noms de ceux qui sont impliqués. C'est un travail que nous saluons".

Ces données, selon l'élu, ne sont pourtant ni suffisantes, ni convaincantes. Si le ministre a cité l'organisation d'Ansar Al Charia comme potentiellement impliquée dans le meurtre de Mohamed Brahmi, le flou subsiste. "Qui est derrière ces meurtres? Qui sont les organisateurs?"

"C'est la même arme et les mêmes "parties" qui se cachent derrière les meurtres de Chokri Belaid et Mohamed Brahmi. Nous demandons au ministère de l'Intérieur d'appeler les choses par leur nom. Il ne peut s'agir d'individus isolés qui se seraient réunis par la suite pour établir une liste de personne à abattre, il y a une ou plusieurs organisations derrière", affirme le porte-parole d'Al Joumhouri, appelant à la dissolution des organisations connues pour leur violence et les appels à la haine.

Pourquoi maintenant?

Samir Taïeb, député et porte-parole d'Al Massar, affirme quant à lui que Lotfi Ben Jeddou a su faire preuve de beaucoup de volonté. "Ce qui n'est pas le cas du gouvernement, du Premier ministre ou du système Ennahdha".

"Tout le pouvoir au sein du ministère de l'Intérieur n'est pas entre ses mains, il ne dispose pas de tous les moyens, mais il essaie au moins de faire son travail", justifie-t-il.

Noômane Fehri est, lui aussi, convaincu par la personne de Lotfi Ben Jeddou. "Je sais qu'il est en train de faire du bon boulot", affirme-t-il.

"Maintenant j'ai quelques questions à poser: pourquoi on ne le dit qu'aujourd'hui? S'il l'avait dit il y a une semaine, peut-être que ce meurtre n'aurait jamais eu lieu".

Noômane Fehri a enfin relevé le fait que si l'assassin présumé est, comme l'affirme le ministre de l'Intérieur, un djihadiste takfiriste, son action pourrait être le résultat de discours haineux, tels que celui prononcé récemment par Sahbi Atig.

"Je pense que cela aurait pu être interprété ou donné des idées à ces gens-là. Cette haine véhiculées peut être interprétée par les extrémistes comme un appel à agir"