MAGHREB
25/07/2013 14h:29 CET | Actualisé 25/07/2013 15h:47 CET

Mohamed Brahmi, une voix de Sidi Bouzid réduite au silence

Facebook/Mohamed Brahmi

Mohamed Brahmi a été assassiné le 25 juillet 2013, jour de la fête de la République, à l'âge de 58 ans. Il était marié et père de 5 enfants.

Né le 15 mai 1955 dans la région de Hachena, gouvernorat de Sidi Bouzid, il a fait ses études secondaires à Meknassy et a obtenu son baccalauréat au lycée technique de Bizerte.

Il rejoint par la suite l’Institut supérieur de gestion (ISG) et obtient une maîtrise en Comptabilité en 1982. Après avoir enseigné, durant deux ans, au lycée technique de Menzel Bourguiba, il devient fonctionnaire au sein de l'Agence foncière d'habitation (AFH). Il séjourne en Arabie Saoudite avant d'occuper le poste de gestionnaire général au sein de l'AFH.

Carrière politique

Côté politique, Mohamed Brahmi était membre des étudiants arabes progressistes et unionistes. Il y était actif jusqu’en 2005 date à laquelle il créé le Mouvement unioniste nassériste, un mouvement interdit, travaillant dans la clandestinité. Il a été arrêté deux fois en 1981 et 1986, mais un non-lieu a été prononcé suite à ces deux arrestations.

Après la révolution, il crée le Mouvement du peuple et se présente aux élections du 23 octobre 2011. Le parti obtient deux sièges à l'Assemblée nationale constituante. Mohamed Brahmi est élu dans la circonscription de Sidi Bouzid et Mourad Amdouni à Bizerte.

"Porte-voix des régions défavorisées"

En octobre 2012, Mohamed Brahmi entre dans une grève de la faim, avec le député Ahmed Khaskhoussi (qui a récemment démissionné). Cette grève de la faim pour protester contre l'arrestation de plusieurs citoyens de Sidi Bouzid, à la suite de manifestations. "Il a toujours défendu le droit des plus démunis, il a été un porte-voix pour les régions défavorisées", affirme Khemaïs Ksila, quelques heures après l'assassinat de M. Brahmi.

Mohamed Brahmi explique les raisons de sa grève de la faim

"Il y a les députés du sultan et les députés du peuple"

Le même mois, M. Brahmi démissionne de la commission des martyrs et blessés de la révolution, affirmant que celle-ci a perdu toute crédibilité et que son rôle a été marginalisé par la présidence de l'Assemblée.

Mohamed Brahmi met en garde après l'assassinat de Chokri Belaïd

Le 10 février 2013, quelques jours après l'assassinat de Chokri Belaïd, Mohamed Brahmi met en garde contre une dégradation de la situation, à la suite des clivages constatés au sein d'Ennahdha entre le clan de Hamadi Jebali et l'aile radicale, dans un contexte de remaniement ministériel. "Selon les informations que nous avons, ces dissensions pourraient se solder sur une escalade de violence, avec la participation de l'armée".

Le député avait également émis une seconde hypothèse, consistant en un accord tacite entre les deux ailes d'Ennahdha, ce qui tendrait à imposer un gouvernement selon les mêmes critères et une composition similaire au précédent. M. Brahmi avait alors appelé les citoyens à la vigilance, pour contrer l'un ou l'autre scénario.

Dans la foulée, il adresse des critiques virulentes à l'encontre d'Ennahdha qu'il accuse de manipulation. Selon lui, l'Assemblée nationale constituante était l'otage de la majorité, au détriment des intérêts du pays.

Mohamed Brahmi accuse Ennahdha de vouloir infiltrer son parti

Le 9 avril 2013, Mohamed Brahmi annonce l'adhésion "politique" de son parti au Front populaire. L'adhésion sera officielle le 30 avril. Mais depuis le mois de juin, des dissensions ont éclaté au sein du mouvement du Peuple. Mohamed Brahmi appelle ses militants à serrer les rangs, accusant Ennahdha de vouloir infiltrer son parti, comme il l'avait fait avec le CPR.

Finalement, ne parvenant pas à dépasser ces problèmes internes, Mohamed Brahmi annonce sa démission du Mouvement du peuple et la création d'un nouveau parti, le Courant populaire.

Le 25 juillet, alors que l'Assemblée était réunie en séance plénière à l'occasion de la fête de la République, Mohamed Brahmi est assassiné par balles, devant son domicile.

Galerie photo Famille et amis de Mohamed Brahmi à l'hôpital de l'Ariana Voyez les images