MAGHREB
25/07/2013 03h:43 CET | Actualisé 25/07/2013 08h:44 CET

Fête de la République: Le drapeau tunisien en question

Drapeau de la République tunisienne depuis le 30 juin 1999
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Drapeau de la République tunisienne depuis le 30 juin 1999

La République tunisienne, entendue comme la fin du Beylicat, fête ses 56 ans ce jeudi 25 juillet 2013.

Plus d'un an après la proclamation de l'indépendance, Lamine Bey est toujours le souverain et Habib Bourguiba est le chef du gouvernement. Ce dernier parvient à obtenir l'abolition de la monarchie le 25 juillet 1957, par l'Assemblée constituante de l'époque: La République tunisienne est née.

"Sortons nos drapeaux"

Pour ce 56ème anniversaire, une "Coordination des associations pour la défense des valeurs de la République", forte d'une vingtaine d'associations, lance une campagne de sensibilisation sous le slogan: "Pour une République civile et solidaire".

En plus de dénoncer un projet de Constitution contraire aux principes républicains, la Coordination des associations tente de mobiliser, appelant les citoyens à accrocher le drapeau tunisien à leurs fenêtres.

"La République est l'essence, elle est la légitimité. (...) Le drapeau est une partie de l'identité. Le 25 juillet nous fêtons la République, brandissons le drapeau aux fenêtres de chaque maison tunisienne"

Un drapeau qui fait débat

Cette initiative n'est pourtant pas du goût de tous. Sadok Chourou, député et membre fondateur du mouvement Ennahdha à l'Assemblée nationale constituante (ANC), aurait en effet déclaré au journal Assarih qu'il n'y avait pas lieu de se prêter à ce type de manifestation, estimant que la République se fête sur la place publique et au sein des institutions légitimes. Ce qui n'a pas manqué de faire régir sur la toile.

Galerie photo Réactions aux propos de Sadok Chourou sur la toile Voyez les images

La question de l'étendard tunisien, un des symboles de l'État et de la République, s'était déjà posée auparavant, notamment lors des débats autour de la Constitution. En mars 2012, un élu du groupe liberté et dignité, Ibrahim Hamdi, avait en effet soulevé la question, demandant que le référent islamique relatif à l'unicité de Dieu: "Il n'y a pas d'autres dieux que Dieu", soit inscrit sur le drapeau national.

Ibrahim Hamdi, député du groupe liberté est dignité, en mars 2012

Les modifications du drapeau tunisien au fil du temps

De la période des Fatimides à la période ottomane en passant par les Hafsides, le drapeau tunisien a connu de nombreux changements, avec plusieurs variantes pour chaque modèle. L'actuel drapeau tunisien a officiellement été créé le 30 juin 1999, date à laquelle ses proportions ont été précisées. La loi complète ainsi la Constitution de 1959 qui définit le drapeau comme suit:

Le drapeau de la République tunisienne est rouge, il comporte, dans les conditions définies par la loi, en son milieu, un cercle blanc où figure une étoile à cinq branches entourée d’un croissant rouge

Le modèle actuel du drapeau tunisien (avec ses différentes variantes: taille et emplacement de l'étoile, etc.) trouve cependant des origines antérieures à la proclamation de la République et de l'indépendance. Sa conception remonte effectivement au 19e siècle, dans les années 1830, sous le règne de Hussein II Bey.

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Le caractère "sacré" du drapeau

Yassine Bdiri, apparenté à un groupe salafiste remplace le drapeau tunisien par le drapeau noir. Khaoula Rchidi grimpe sur le toit pour l'en empêcher.

C'était en mars 2012, la faculté des Lettres de la Manouba est le théâtre d'une confrontation prolongée entre les étudiants salafistes et l'administration. En un geste, Khaoula Rchidi devient un héros national. Reçue et décorée par la Présidence de la République, la jeune étudiante sera chaleureusement remerciée. Une chasse à l'homme s'était alors engagée sur les réseaux sociaux, les internautes partageant en masse la photographie du principal suspect. Après quelques semaines de cavale, Yassine Bdiri se rend et sera condamné à six mois de prison avec sursis.

Article 129 du Code pénal: Est puni d’un an d'emprisonnement, quiconque par paroles, écrits, gestes ou tous autres moyens, porte atteinte publiquement, au drapeau tunisien ou à un drapeau étranger.

Partout dans le monde, l'étendard national est le symbole de la Nation. Les notions de patriotisme et de prestige de l'État lui sont directement apposées, à tel point que le fait d'y porter atteinte, de quelque manière que ce soit, est considéré en Tunisie comme un crime.

Enfin, la présence du drapeau national permet, pour certains, de mesurer le degré d'attachement d'un groupe donné, aux symboles de l'État et de la République. Le nombre de drapeaux partisans dans une manifestation ou la négligence des autorités à orner de drapeaux les principales artères de Tunis, pour les jours de fête importants, continuent de faire polémique.