MAGHREB
23/07/2013 10h:56 CET | Actualisé 09/08/2013 11h:55 CET

Le racisme envers les noirs en Tunisie, une réalité occultée

Flickr/Andreas Linss

Les étudiants subsahariens en Tunisie souffrent de racisme et désormais, le font savoir. Lors d’une séance de travail organisée, lundi, au siège de la Maison du droit et des migrations à Tunis, l’Association des Etudiants et Stagiaires Africains en Tunisie (AESAT) a mis en évidence la marginalisation subie de la part des autorités tunisiennes et les actes de racisme dont les étudiants africains sont victimes au quotidien.

Au mois de mai dernier, après une altercation entre un étudiant sénégalais et un chauffeur de taxi, ce dernier revient avec plusieurs de ses amis pour attaquer l’immeuble où des étudiants africains habitent. En appelant la police à l’aide, les étudiants africains se font embarquer. Relayé par les médias, l’incident a fait beaucoup de bruit pendant quelques jours mais n'étais hélas pas un cas isolé. Les étudiants africains subissent souvent ce genre de discriminations. Des discriminations qui passent “inaperçues” comme les “agressions” et “les tentatives de viol” assez fréquentes selon Touré Blamassi, président de l’AESAT. “Aucune plainte déposée n’a abouti” affirme-t-il au HuffPost Maghreb.

Depuis la révolution, les discriminations envers les étudiants africains subsahariens ont augmenté, “Il y a un problème fondamental en Tunisie, la police a du mal à jouer son rôle et ce par rapport à tout le monde. Mais les étrangers sont une population plus fragile”, souligne M. Blamassi

Les autorités sont laxistes par rapport aux plaintes déposées par les étudiants subsahariens et l’administration leur “fait payer des amendes pour séjour sans papiers alors qu’elle met 7 mois pour [leur] délivrer les cartes de séjour” toujours selon M. Touré Blamassi.

“Entre les 19 et 20 juin, 700 étudiants subsahariens ont dû payer une amende d’au moins 300DT à l’aéroport de Tunis avant de rentrer chez eux. Motif de l’amende: ils ont séjourné quelques mois en Tunisie sans papiers. Sauf que la faute revient à l’administration tunisienne qui a pris 6 à 7 mois de retard pour leur délivrer leurs cartes de séjour définitive." note le journal La Presse en date du 24 juin dernier.

Les problèmes que rencontrent les étudiants subsahariens en Tunisie concernent aussi leurs études.

“Les diplômes obtenus ne sont pas reconnus par l’Etat tunisien, les étudiants africains payent deux fois plus cher que les Tunisiens, ensuite s’ils veulent avoir un emploi, ils sont obligés de travailler au noir” explique-t-il.

Les conditions seraient meilleures dans le Royaume Chérifien, où de plus en plus d'étudiants subsahariens partent faire leurs études. “Le Maroc apprend des erreurs de la Tunisie” estime Touré Blamassi. Pourtant, au niveau des discriminations raciales, la situation au Maroc ne serait pas meilleure qu'en Tunisie. A Casablanca, des propriétaires tentent d'interdire la location aux "africains" en accrochant des affiches dans plusieurs halls d'immeubles: "Interdiction de louer des appartements aux Africains".

Et les noirs Tunisiens?

En Tunisie, les discriminations raciales ne concernent pas uniquement les subsahariens. Les citoyens Noirs tunisiens sont également touchés. “Le racisme envers les Noirs en Tunisie a toujours existé”, affirme sur RFI Maha Abdelahmid, co-fondatrice de la première Association de défense des droits des Noirs (ADAM). Elle estime le nombre de Noirs tunisiens à 15% de la population.

“Le racisme en Tunisie envers les Noirs, qu'ils soient d’Afrique subsaharienne ou Noirs tunisiens, a toujours existé. Sauf qu’avant, c’était un sujet tabou. On ne pouvait pas dire qu’il y avait du racisme.” soutient-elle.

Le 1er mai 2013, les citoyens noirs tunisiens ont défilé à Tunis pour protester contre les discriminations dont ils sont souvent l’objet. Pour Saâdia Mosbah, présidente de l’association M’nmety (Mon rêve), “il est impératif qu’il y ait une loi qui protège contre les discriminations raciales”.

Malgré quelques tentatives de la société civile d’inscrire le droit des minorités dans la future constitution rien dans le dernier projet n’y fait allusion. “Une constitution des gens forts” a commenté Yamina Thabet, présidente de l’association tunisienne de soutien aux minorités (ATSM) lors d’une conférence de presse tenue le 12 mai dernier.

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