MAGHREB
16/07/2013 06h:07 CET | Actualisé 16/07/2013 07h:42 CET

Tsunami: Nouvelle pièce de théâtre de Fadhel Jaïbi

Fadhel Jaibi présente Tsunami lors de la conférence de presse du lundi 15 juillet 2013
Nacer Talel pour HuffPost Maghreb
Fadhel Jaibi présente Tsunami lors de la conférence de presse du lundi 15 juillet 2013

Lundi 15 juillet, s'est tenue, à l'hôtel Africa, la conférence de presse pour la présentation de la nouvelle pièce de théâtre de Fadhel Jaïbi: Tsunami. Le texte est signé Jalila Baccar et marque une nouvelle collaboration entre les deux artistes.

L'artiste a présenté aux journalistes sa dernière création. Il y met en scène une jeune femme de 25 ans qui se rebelle contre l'autorité familiale, notamment son oncle, islamiste extrémiste qui cherche à l'emprisonner dans une religion qu'elle ne reconnaît plus. Le metteur en scène la compare à Antigone héroïne de la tragédie Grecque de Sophocle. Ici la jeune femme brave l'interdit familial et par son acte d'insoumission, se dresse contre tous. Elle cherche alors refuge auprès d'une sexagénaire démocrate engagée. Cette dernière représente toute une génération à qui on aurait "confisqué sa révolution", pour reprendre les mots du metteur en scène. La tragédie se termine sur une projection en 2015, un futur sombre dans lequel la théocratie finit par l'emporter.

La présentation de Fadhel Jaïbi nous dévoile une pièce complexe, un double voyage entre deux conceptions de la société Tunisienne. Celle de l'obscurantisme, de tous les interdits et de l'intégrisme religieux d'un côté, et celle du progrès et d'une vision moderne de l'Islam, de l'autre. Mais la réalité est plus délicate et le tiraillement de la jeune fille entre son devoir familial et ses convictions personnelles est le reflet parfait de la situation actuelle du pays. Le titre de la pièce, à travers l'allégorie du Tsunami, souligne l'ébranlement qu'a connu la Tunisie depuis la révolution du 14 Janvier.

A travers cette tragédie située entre réalité et fiction politique, Fadhel Jaïbi dépeint une Tunisie sombre, désenchantée de ses rêves révolutionnaires. L'artiste avoue avoir mis en scène un scénario catastrophique en prévoyant le pire, sans toutefois céder à la paranoïa.

Fadhel Jaïbi, réputé pour son engagement politique à travers ses œuvres, signe là une critique virulente de l'hégémonie islamiste. Dans Tsunami, le passé et le présent de la Tunisie s'entremêlent et conduisent à un futur sombre et tragique qui fini par étouffer l'élan révolutionnaire des deux protagonistes.

Plusieurs pièces de théâtre engagées, inspirées des enjeux socio-politiques du pays, ont déjà été présentées depuis la chute de Ben Ali. On pense notamment à "zéro virgule" de Taoufik Jebali ou encore à "Monstranum's" de Ezzedine Gannoun. La nouvelle pièce de Fadhel Jaïbi s'inscrit donc dans une continuité de création artistique marquée par le militantisme. Dans la Tunisie post-révolutionnaire, les artistes sont devenus une des cibles principales de l'obscurantisme décrié dans Tsunami. Après les incidents de Abdellia et les différentes agressions contre des artistes, ces derniers s'accrochent et continuent de produire des œuvres engagées comme celle présentée lundi 15 juillet par Fadhel Jaïbi.

Après Dougga, Tsunami de Fadhel Jaïbi sera présentée mardi 16 juillet, à l’occasion de la 49ème édition du Festival International de Carthage, dès 22h30.

Tsunami

Texte Jalila Baccar

Mise en scène Fadhel Jaïbi

Scénographie et musique Kays Rostom