MAGHREB
05/07/2013 15h:35 CET | Actualisé 08/07/2013 07h:21 CET

Démissions multiples du Joumhouri... Afek Tounes renaît-il de ses cendres?

Yassine Brahim démissionne du Joumhouri, le 5 juillet 2013
Facebook/Al Joumhouri
Yassine Brahim démissionne du Joumhouri, le 5 juillet 2013

C'est la crise au Joumhouri. Yassine Brahim, directeur exécutif du parti, annonce sa démission via sa page Facebook officielle.

"J'ai pris ma décision ce matin après une mûre réflexion. J'ai présenté à Maya (NDLR: Maya Jribi, Secrétaire générale d'Al Joumhouri) ma démission il y a une heure, elle a gentiment essayé de m'en dissuader mais ma décision est irréversible", écrit-il en guise d'introduction à sa lettre de démission.

Yassine Brahim, ancien secrétaire général du parti Afek Tounes, déplore dans cette lettre le fait que la famille démocrate n'ait pas réussi à s'unir en un seul grand parti, capable de représenter une alternative à la Troïka.

"Je me considère, bien sûr, comme faisant partie des responsables de cet échec". Dans cette même lettre, M. Brahim estime qu'il n'est pas nécessaire de revenir sur toutes les raisons de l'échec, mais que la confiance a été perdue peu à peu, car le processus de prise de décision était long et laborieux, "et cela est clair, si on prend en considération le nombre de réunions internes nécessaires pour trouver un accord".

Trois autres membres du parti Al Joumhouri, également anciens d'Afek Tounes (parti de centre droit qui avait fusionné avec le PDP pour créer Al Joumhouri), s'expriment dans la foulée.

Rim Mahjoub a confirmé sa propre démission au HuffPost Maghreb. Elle affirme que le manque de clarté de la ligne politique du parti a grandement participé à cette prise de décision. Mme Mahjoub a critiqué, à ce propos, les positions de Issam Chebbi et Maya Jribi sur la Constitution: "Je suis entrée en politique pour changer les choses".

Contacté par le HuffPost Maghreb, Noômane Fehri affirme être sur le départ, même s'il n'a pas encore confirmé officiellement sa démission. "C'est une décision qui doit être prise collectivement", dit-il.

"Nous avions une certaine vision de la Tunisie et une difficulté avec la manière dont les partis historiques fonctionnent. La greffe ne prend pas. La question est de savoir si nous voulons passer notre temps à transformer quelque chose qui existait déjà ou à créer", déplore l'élu.

Dans sa "Lettre ouverte aux leaders politiques de la famille démocratique", Walid Sfar, encore membre du Joumhouri et membre fondateur d'Afek Tounes, assène une critique virulente à l'encontre de sa famille politique:

"Vous vous êtes pris à un jeu de rôle de très mauvais goût où on feint l’union dans les discours et on fait cavalier seul pour se distinguer dans les actes, où on conjugue les simulacres d’engueulades devant les caméras et la complaisance complice dans les coulisses"

Rim Mahjoub et Noômane Fehri ont, en outre, fait part de leur volonté de faire renaître le parti Afek Tounes. Des discussions sont en cours avec les membres d'Al Joumhouri faisant partie de la branche d'Afek.

Rim Mahjoub a affirmé que la troisième élue Joumhouri appartenant à Afek, Samira Meraï, était également démissionnaire. D'autres membres, ne faisant pas partie d'Afek, ne cachent plus leurs dissensions avec le "clan Chebbi" (branche historique du parti). Noômane Fehri explique que l'éventualité d'une démission collective est actuellement débattue. Elle concernerait quelques ténors du parti, dont d'anciens militants du PDP ou encore Saïd Aïdi, qui n'a pas souhaité réagir à ce sujet.

Les dissensions au sein du parti Al Joumhouri se sont accentuées suite aux positions prises par la branche historique du parti (dit "clan Chebbi") sur la Constitution. Saïd Aïdi avait déjà critiqué Maya Jribi, affirmant que les propos de la secrétaire générale du parti n'engageaient que sa personne.

Suite à ces désaccords, un courant à l'intérieur du parti avait été créé. Cette décision a été vue d'un mauvais oeil par la branche historique. Le bureau exécutif avait alors émis, selon Noômane Fehri, une note à l'attention des "rebelles", qualifiant ces pratiques "d'illégales" et cherchant à interdire toute réunion du courant, en dehors des instances.

Plus que jamais, Maya Jribi, Issam Chebbi et Ahmed Néjib Chebbi se retrouvent isolés au sein de leur propre parti, payant leurs positions consensuelles avec le parti Ennahdha.