MAGHREB
03/07/2013 05h:10 CET | Actualisé 03/07/2013 05h:27 CET

Débats sur la Constitution: Liberté de conscience, État civil et religion d'État

Habib Khedher à la lecture du rapport sur le projet de Constitution
Nacer Talel pour le HuffPost Maghreb
Habib Khedher à la lecture du rapport sur le projet de Constitution

A l'inverse de l'ambiance survoltée de lundi, le calme régnait, mardi, à l'Assemblée nationale constituante (ANC), lors de la plénière consacrée à la poursuite du débat général sur le projet de Constitution. En début de séance, et malgré une heure de retard, près de la moitié des députés étaient absents. 170 interventions étaient pourtant inscrites à l'ordre du jour.

Une Constitution pour tous?

Premier intervenant sur la liste, Ameur Larayedh a déclaré que le moment était historique et illustrait la volonté de l'électeur par l'intermédiaire de son élu. Il a ajouté que la Constitution était celle de "tous les Tunisiens".

"C'est la Constitution de l'égalité et de la citoyenneté, la Constitution des droits et des libertés, la Constitution qui protège l'identité arabo-musulmane tout en construisant une République civile"

Mehrezia Laâbidi, de nouveau au centre des débats

Salah Chouaïeb, député démissionnaire du parti Ettakatol, revient ensuite sur les propos controversés, prononcés la veille, par la vice-présidente de l'Assemblée, Mehrezia Laâbidi.

"Monsieur le président, comment pouvez-vous dire que la Constitution est celle de tous les Tunisiens, lorsque votre vice-présidente multiplie les accusations infondées à l'encontre de députés de l'opposition et menace la liberté d'expression? (..) Ce n'est pas une révolutionnaire d'après la révolution qui va nous donner des leçons de militantisme et d'éducation"

Protestations silencieuses

Les élus de l'opposition arboraient des brassards rouges pour réclamer la satisfaction, par la présidence de l'ANC, de leurs revendications, notamment leur demande insistante de revoir les compromis sur les travaux des commissions qui font l'objet de tractations au niveau de la commission du consensus, et dont la réunion est prévue mercredi prochain.

Les élues Selma Baccar et Samia Abbou ont indiqué qu'un groupe de constituants signataires de la déclaration du 3 juin contre le projet de Constitution, participent aujourd'hui au débat général, tout comme leurs collègues qui appuient le projet de Constitution, mais en portant le brassard en signe de protestation, rapporte la TAP. Ce groupe espère que ces revendications soient prises en considération lors de la réunion, mercredi, de la commission des compromis, ont-elles ajouté.

Dans ce calme apparent, les interventions des élus se suivent et se ressemblent, sur des remarques concernant la civilité de l'État, la nécessité de trouver un consensus, la pertinence de l'identité arabo-musulmane, etc. De quoi endormir les commentateurs sur les réseaux sociaux...

"Vous servez vos maîtres"

Coupant court à cette monotonie ambiante, Mourad Amdouni, élu indépendant, accuse ceux qui ont écrit cette Constitution de servir les intérêts de leurs maîtres. Il ne ratera pas non plus l'occasion d'attaquer Mehrezia Laâbidi, l'accusant de vouloir contrôler le "quatrième pouvoir" que représentent les médias.

"Ces maîtres imposent à leurs serviteurs ce qu'ils doivent écrire. Vous exécutez les décisions des lobbies sionistes avec lesquels vous collaborez".

Gassas: "Le peuple va nous faire sortir par la fenêtre et nous donner une raclée"

Comme à chacune de ses interventions, Brahim Gassas, élu Nida Tounes (démissionnaire d'Al Aridha) fait le show. Il affirme dans un premier temps ne pas reconnaître la légitimité du projet de Constitution, lui préférant celle de Dieu.

"Cette Constitution ne me concerne pas", dit-il, avant d'être coupé par Mustapha Ben Jaâfar: "Tu n'aurais pas dû te présenter dans ce cas!", rétorque ce dernier.

Brahim Gassas poursuit ensuite son intervention et fait part de ses désillusions et de son désarroi.

"Quand je disais que le peuple allait nous donner une raclée, je le pensais. Chacun ici travaille un agenda qui lui est propre et personne ne pense aux intérêts des Tunisiens. Je deviens fou dans cette Assemblée"

Haro sur la liberté de conscience?

Plusieurs députés, dont Azed Badi du mouvement Wafa et Mouna Ben Nasr d'Al Moubadara ou encore Néjib Mrad du mouvement Ennahdha, ont exprimé leur désaccord concernant l'inscription de la liberté de conscience dans la Constitution, faisant valoir les dangers inhérents, selon eux, à ce type de disposition. Ce qui ne manquera pas de faire réagir...

L'État civil en question

Sahbi Atig, président du groupe parlementaire d'Ennahdha, est revenu sur la notion d'État civil, affirmant que celle-ci n'était en rien contraire à l'Islam.

"En toute franchise, j'ai posé la question à l'ancien mufti pour m'assurer qu'il n'y avait aucune disposition contraire à l'Islam, il m'a répondu: non mon enfant, il n'y en a aucune (...) Quant à l'État civil, il s'agit de l'État tel qu'il est décrit dans l'Islam. Il n'y a pas de notion d'État théocratique dans notre religion, car nous n'avons pas de clergé".

Ce à quoi Slaheddine Zahaf du Parti Al Joumhouri a rétorqué que la Constitution était sujette à interprétation et que cette notion d'État civil n'était pas claire. Il s'est ensuite lancé dans une diatribe virulente à l'encontre du parti au pouvoir

"Vous vivrez toujours dans la peur, car vous ne savez pas ce qu'est la démocratie. Vous avez oublié les martyrs de votre nation et l'avenir de vos enfants"

Le rapporteur général de la Constitution répond aux interventions des élus

Habib Khedher, rapporteur général de la Constitution, a répondu longuement aux interrogations et remarques des élus, dans une atmosphère quelque peu tendue. Il est revenu sur les questions de fond et de forme, concédant une nécessité d'amélioration du texte, tout en donnant son interprétation sur les sujets considérés flous ou polémiques, tels que la liberté de conscience.

"La liberté de conscience est la liberté de l'apostasie et se justifie par le fait que l'Islam aujourd'hui n'a pas besoin d'hypocrite"

Les débats se sont ensuite poursuivis dans le calme, en l'absence d'une grande majorité des députés. Les questions soulevées concernaient principalement le volet "droits et libertés", particulièrement le droit des femmes et la liberté d'expression. La séance a été levée vers 19h et reprendra le jeudi 4 juillet 2013, à 9h.