MAGHREB
28/06/2013 15h:18 CET | Actualisé 28/06/2013 15h:44 CET

Rachid Ammar: Retraite ou nouveau départ?

Rachid Ammar décoré par le président Moncef Marzouki, 24 juin, Carthage
Facebook/Présidence de la République
Rachid Ammar décoré par le président Moncef Marzouki, 24 juin, Carthage

Deux ans à garder le silence. Le jour où il décide de parler, il annonce son départ de l’armée. Voilà comment Rachid Ammar crée l'effervescence et suscite l’intérêt. Cette semaine, le Général est à la Une de pratiquement tous les journaux, et fait l’objet de beaucoup de spéculations.

La grande muette

Son nom a commencé à circuler alors que Ben Ali passait ses derniers jours en Tunisie. Janvier 2011, les manifestations contre le régime gagnent de plus en plus de ville. L’armée est déployée partout. La police réprime, mais pas les militaires. Le Général Ammar aurait refusé d’exécuter les ordres de Ben Ali et préfère protéger la population. Jeune Afrique en fera sa Une,“L’homme qui a dit non”, titre l’hebdomadaire pour son premier numéro du mois de février 2011. Rachid Ammar restera muet et ne se mettra pas en avant. On l’apercevra de temps en temps dans les reportages télévisés, à la Kasbah ou au palais de Carthage, mais ses commentaires sont rares. A-t-il vraiment dit non à Ben Ali, ou cela fait-il partie des innombrables “mythes” de la révolution tunisienne. On n’en saura pas grand chose. Les versions sur ce qui s’est passé durant la nuit du 14 janvier 2011 et les jours suivants se multiplient. Le Général garde le silence, et évite de rentrer dans le jeu politique. Une stratégie qui a réussi puisqu’il sera même surnommé de “garant de la révolution tunisienne”.

Le silence rompu

Le 24 juin dernier, le Chef d’état-major des armées choisit le plateau d’Attassiaa Massaa, une des émissions les plus regardées en Tunisie, pour annoncer son départ à la retraite. Une longue entrevue, au cours de laquelle il déballe tout, ou presque : de son “refus de succéder à Ben Ali au lendemain de sa chute en 2011, jusqu’à ses inquiétudes par rapport à la situation sécuritaire et politiques du pays deux ans plus tard. Le Général ne sera pas tendre envers le gouvernement actuel, confirmant les rumeurs sur une relation tendue avec le parti Ennahdha. D’ailleurs son départ ne surprendra pas ceux qui suivent les coulisses de la politique tunisienne. Début juin, on parlait déjà d’un éventuel “limogeage” d’Ammar. Sa relation avec Ennahdha ne serait pas au beau fixe. Fin avril, une série d’explosions de mines artisanales commence au mont Chaâmbi. L’affaire fragilise le Général. La Défense communique peu, et l’opinion publique s’inquiète. Les Tunisiens ne comprennent pas ce qui se passe sur les frontières de leurs pays. Le nombre de victimes dans les rangs des militaires augmente. Mohamed Abbou, fait endosser toute la responsabilité à Ammar. Est-ce la raison qui a poussé Rachid Ammar à tirer sa révérence? Il refuse de l’admettre. “Je ne recule pas devant les difficultés, ce n’est pas une démission”, soutient-il lors de son passage télévisé, en précisant qu’il a juste fait valoir ses droits à la retraite.

Un avenir politique?

Limite d’âge ou pas, le départ de Rachid Ammar a fait couler beaucoup d’encre. La troika minimise, l’opposition s’alarme. Et la presse examine les effets de cette annonce, avant de spéculer sur une éventuelle reconversion politique. A la Une de beaucoup de journaux locaux, le Général est désormais sur la liste des présidentiables, aux côtés de Hamadi Jebali, et Néjib Chebbi, et Béji Caid Essebsi. “Rachid Ammar, du Général sauveur, au Président attendu” titre Al Sour, dans son numéro de jeudi 27 juin. “La bataille pour la présidence est de nouveau lancée”, écrit Al Chourouk le même jour. “Rachid Ammar brouille les cartes... sera-t-il l’homme du consensus?”, s’interroge de son côté l’hebdomadaire Al Dhamir.

Pourquoi le Général Ammar, militaire de carrière, serait aujourd’hui l’homme de la situation? Pourquoi un homme qui a toujours préféré rester dans l’ombre, serait soudainement l’homme providentiel? Pourquoi les Tunisiens, qui ne connaissent que peu de choses sur lui, lui feraient confiance? Tant de questions qui restent en suspens. Les semaines à venir nous révèleront s’il a vraiment l’intention de se convertir en politique, ou s’il préfère une retraite tranquille.

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