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Deux latinas, deux New Yorkaises, deux converties à l'Islam

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Elle a laissé tout ce qu'elle avait appris, au sein de sa famille latina de confession catholique. Elle s'est convertie à l'Islam. Elle se couvre entièrement le corps et elle suit ce que sa religion lui dit de faire. Kalene Santana, une Dominicano-portoricaine de 19 ans, affirme : "je vis et aime en espagnol, j'obéis aux lois et je paie mes impôts en anglais, et j'adore Dieu en arabe". C'est un but qu'elle s'est fixé et elle vit avec fierté dans deux mondes qui la définissent en tant que femme : la culture hispanique et la culture musulmane.

Elle n'est pas seule dans ce cas. Zainab Ismail, qui était encore il y a trois ans la Portoricaine Delma Oliveras, confie se sentir complète spirituellement depuis qu'elle a franchi le pas, laissant le christianisme pour se tourner vers l'Islam. Elle est actuellement directrice de Nadoona (appelle-nous, en arabe), une organisation musulmane d'éducation nutritionnelle.

"Il y a 15 ans, j'ai fait la connaissance d'un ami libanais", raconte Zainab. "Il m'a présenté l'Islam et le Coran. Mais à cette époque je ne voulais pas l'écouter... Moi je suis née catholique, j'ai fait ma première communion à l'Église catholique, mais je ne ressentais pas cette communion avec Dieu. Après un laps de temps j'ai senti que je voulais cette connexion, et un jour, de retour d'un voyage à Los Angeles je suis montée dans ma voiture et le sentiment le plus sacré est entré dans mon cœur, celui qui me disait que j'étais prête à me convertir..."

À partir de là, le processus était lancé. "Ils m'ont appris à prier, à faire les choses prescrites par la religion, et très rapidement j'ai commencé à pratiquer".

Kalene a "deux oncles qui se sont convertis dans les années 90. Ils ne m'ont pas forcée et ne m'ont rien appris non plus, je savais juste qu'ils étaient musulmans... À l'Église catholique, on me demandait ce que j'étais, et moi je disais que j'étais catholique de naissance. Mais je ne le ressentais pas comme ça... Après, à l'école, au lieu de traîner avec des potes, je restais des heures devant l'ordinateur, cherchant les réponses à mes questions. J'ai vu que c'était l'Islam, et j'ai pris une décision".

Et bien qu'il existe beaucoup de différences entre les croyances traditionnelles hispaniques et les 40,000 latinos musulmans qui vivent aux États-Unis (selon The Islamic Society of North America), des similitudes persistent et ce petit groupe de gens continue à les faire vivre. De fait, les coutumes hispaniques sont solidement ancrées dans la communauté, dit Zainab, au point que ses rassemblements ont toujours le goût et l'allure épicées, surtout la gastronomie, la langue et les valeurs de la famille qui prônent avant tout le reste.

Cependant, toutes les deux admettent que suivre les lois religieuses établies par l'Islam peut provoquer un choc culturel entre leurs nouvelles valeurs et leurs anciennes habitudes. Leur foi
exalte l'honnêteté et la pudeur, alors que leurs anciennes traditions latines tendent à promouvoir l'esprit individuel libre, la coquetterie féminine, et à l'occasion, l'exhibitionnisme.

Le conflit entre la nouvelle foi et les traditions a eu lieu dans le cocon familial. "Ma mère est très passive et douce, élevée comme une catholique, mais elle n'est pas très pratiquante", dit Kalene. "Le voile et les vêtements qui ne sont pas moulants, c'est ce qui la perturbe le plus, parce que mes convictions sont voyantes, externes. Elle a encore du mal à comprendre pourquoi je dois cacher mon corps et pourquoi cela incarne la modestie".

Le père de Zainab est pasteur dans une Église chrétienne pentecôtiste, et ne comprend pas la décision de sa fille, parce qu'elle n'a pas été élevée dans cette religion là.

"Avec mon père, j'essaie de ne pas avoir ce genre de conversations. Dans l'Islam, tes parents sont ce qu'il y a de plus importants sur Terre. Tu ne te disputes jamais avec eux, et ma conversion est la chose la plus délicate pour eux".

Que peut-elle faire ? "Moi, rien de plus que prier pour eux...", admet Zainab. Mais sans appui ni soutien familial, commencer une nouvelle vie a été dure pour elle.

"Ne pas avoir une famille musulmane c'est ce qui est le plus difficile. Ça fait deux ans que je suis mariée, mon mari est d'origine libanaise, mais il est né ici", explique-t-elle. "N'avoir personne au moment de se marier, quelqu'un à qui poser des questions pour savoir comment être en tant qu'épouse..."

Pour sa part, Kalene confie se sentir parfois confuse, et cherche le sens de la foi qu'elle professe et qui se distancie tellement de ce qu'elle vit chez elle et dans la rue. "Je suis passée par plusieurs étapes, étant déjà musulmane j'allais à la Mosquée mais sans porter le hijab (le voile islamique). De même que j'allais à des soirées, des fois, sans même penser à la crainte de Dieu... Je me suis égarée. Problème d'identité et d'identification. Et quand tu es dans la rue, des tonnes de questions t'assaillent , certaines personnes ne comprennent pas qu'elles doivent respecter et mieux se renseigner sur les croyances des autres..."

Elles vivent à New York, la ville qui, en 2001, a été victime des attaques terroristes les plus brutales de l'Histoire, et qui ont été perpétrées par des individus se disant ouvertement musulmans. Et c'est dans cette ville qu'elles font face aux préjugés et stigmates qui sont collés au voile et à la religion, ce qui pourrait être démoralisant pour n'importe quel nouveau converti, ne l'est pas pour ces deux fidèles croyantes.

"Moi j'étais là-bas, pas loin du World Trade Center, je travaillais à 800 mètres, et j'ai vu le second avion", raconte Zainab. "À cette époque, je n'étais pas encore musulmane. Je connais plusieurs personnes qui sont mortes... Mais comme les chrétiens, dans l'Islam il y a des sectes. Il y en a 73 et les personnes associées à cette tragédie faisaient parties des ces sectes extrémistes et on ne peut pas rendre coupables tous les musulmans à cause d'eux".

Au-delà des stéréotypes, Kalene veut continuer à développer sa vie spirituelle. Elle veut faire des études de commerce, d'anthropologie et de communication. Et elle pense déjà à se trouver un mari. "C'est très important pour moi d'avoir un mari musulman, parce que toute la religion est un style de vie... Il y a tellement de détails qui font que si quelqu'un se marie avec une personne qui n'a pas le même foi, ça ne fonctionnera pas".

Pour Zainab, les priorités sont son développement personnel et son mariage. "En premier lieu, je suis mariée au nom de Dieu et rien n'est plus grand que ça. Penser à Dieu avant tout, penser que Dieu est en train de regarder ce que je suis en train de faire... Selon moi, je traite les gens beaucoup mieux qu'avant d'être musulmane. Je suis une personne différente. Je remercie Dieu d'être une meilleure personne".

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