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Kairouan comme je l'ai jamais vue...

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KAIROUAN MOSQUE
Zoubeir Souissi / Reuters
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Elle était morne, sombre et mélancolique. Ainsi, je concevais Kairouan, ma ville natale. Elle a toujours abrité les extrémistes, ou préférais-je les baptiser "les fous de Dieu". Ils étaient là jadis, sillonnaient les ruelles authentiques qui encerclaient la Grande Mosquée de Kairouan, se faufilaient entre ses précieux portiques, submergeaient sa cour monumentale, s'appropriaient son histoire, s'y identifiaient avec exagération et outrance.

À un tel jour de 2012, Kairouan était la leur avec des drapeaux noirs hissés hauts et des cieux d'une noirceur morbide. Les habitants de cette ville sainte ont abdiqué leur trône, et ont fini par adopter la nouvelle identité du bled. Le 2éme congrès d'Ansar Al-Chariaa en était l'illustration même.

C'était le revers de la médaille.

Par ailleurs, Kairouan souffrait de l'absence d'infrastructure culturelle, disons qu'il s'agissait d'une ville en voie d'appauvrissement; faible et affaiblie par les autorités, par les différentes compositions qui se sont succédées pour gouverner la Tunisie postrévolutionnaire. Autrement dit, Kairouan était et est la laissée-pour-compte de l'État.

Néanmoins, pendant la semaine du 27/11/2017, et dans le cadre du Mouled (Fête religieuse), Kairouan est parvenue à renaître de ses cendres. Les foules de visiteurs venaient de tout bord, des tunisois, des sahéliens, des bizertins flânaient dans les labyrinthes des souks, faisaient la queue pour déguster le fameux Makroudh ou encore le Kafteji.

Tout un chacun s'était assigné le but de faire de cette fête une sorte de riposte, d'insurrection, de libération; juvénile en quelque sorte, afin de montrer aux ennemies de la vie que Kairouan est loin d'être le vivier de cette secte. Et le but escompté fut atteint.

L'association "kairouanais" a mis en exergue la splendeur des monuments historiques en organisant un circuit culturel dans la médina. Outre la participation associative, une équipe de jeunes sous l'égide d'Imed Ben Khoud, visage emblématique de la région, a organisé un spectacle de chant orchestré par l'artiste Hedi Ininou dans l'esplanade devant la Grande Mosquée.
Décidément ce sanctuaire appartient aux jeunes, aux plus jeunes et aux moins jeunes. Ils ont répondu à l'appel lancé indirectement par les habitants de Kairouan.

Ma petite ville est, dès lors, protégée.

Une nuée de sentiments m'accapare. Mon souhait serait de voir cette animation tout au long de l'année. Pourvu que ça soit exaucé.

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