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Le Hirak et la nouvelle "archéologie" de l'opinion

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AL HOCEIMA
Youssef Boudlal / Reuters
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SOCIÉTÉ - Non, le Hirak n'est pas une caméra cachée. Monsieur-tout-le-monde n'a jamais cessé de croire que le Hirak est une pure conjoncture, que c'est une vague éphémère, et que l'été sonnera aussitôt le glas de toute une contestation. Comme si une simple baignade pouvait éteindre la flamme de l'engagement de ces centaines de milliers de contestataires. L'affaire a pourtant connu des tournures inattendues.

Ce sont toutes les lois de l'espace public qui se jouent et se déjouent, une nouvelle configuration de cet espace est en train de s'installer. La masse devient de plus en plus consciente de son rôle prépondérant dans une sphère étroite, anciennement investie par des acteurs plus érudits. Il s'agissait bien d'une caste d'intellectuels, de journalistes, d'artistes ou autres, d'une élite sociale cultivée, très engagée dans les affaires de la Cité. Face à cette déferlante, cette "Grande Place" connaît une multiplicité d'acteurs, chez qui ni l'âge ni la catégorie socio-professionnelle ne sont les véritables critères.

Loin des revendications, des arrestations et des réquisitoires, la "démocratisation" de l'espace public constitue une incontestable nouveauté qui devrait être suivie d'un regard avisé par les professionnels de l'information et de la communication. Cette nouvelle naissance pourrait être considérée comme la quintessence même du Hirak. Dans un pays où l'opinion publique n'existait point, l'opinion prend le relais de la "non-opinion".

Une relecture de Bourdieu et de Gustave Le Bon s'impose. L'opinion publique n'est plus un "artefact", cette nouvelle foule est très apte à l'action. Les acteurs du Hirak ne sont pas un simple agrégat d'individus mais une entité psychologique particulière. Les protestataires constituent de plus en plus un groupe hétérogène, mais plus soudé que jamais, s'appropriant largement la sphère publique.

Aujourd'hui, ce débat uniquement commandé par la politique, devrait être passé au scalpel de la sociologie, des sciences de l'information et de la communication, et de l'anthropologie. Décidément, ni le mois sacré, ni les examens nationaux, ni la tentation estivale, le beau soleil ou le sable humide ne pourraient mettre en suspens ce mouvement en perpétuelle effervescence. Le dénouement de cette histoire n'est écrit nulle part. Aucun scénario ne pourrait être spéculé, d'autant plus que ni les acteurs, ni les paramètres spatiotemporels ne seront plus jamais les mêmes.

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