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Et si l'on arrêtait de faire la queue pour mettre du carburant?

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ÉCONOMIE - L'idée peut bel et bien paraître futuriste mais il est fort probable que dans les années à venir, notre rituel de passage à la pompe disparaisse. Nous ne nous déplacerons donc plus à la station-service pour faire le plein de carburant, comme nous avons arrêté dans nombre de pays de faire de grands gestes des mains pour arrêter les taxis dans les rues, ou encore de se déplacer au restaurant du coin pour chercher à manger.

Il semblerait donc qu'un des prochains filons qui devrait faire les frais de cette vague de mise en relation directe, connectée et géolocalisée qu'on appelle plus communément "ubérisation", serait celui de la distribution de carburant.

N'en déplaise aux lobbys super puissants des raffineurs et distributeurs de carburant, des startups s'organisent pour révolutionner et bousculer nos habitudes d'automobilistes. En effet comme pour les applications pour commander un taxi (VTC), il suffira désormais d'un clic, indiquer sa position, et le type de carburant souhaité, et par la magie des nouvelles technologies, les prestataires de services viennent remplir votre réservoir.

fuel me app

A entendre cela, nombreuses sont les questions qui interpellent:

  • Est-il nécessaire que le client soit physiquement présent pour la livraison?

Non, et c'est là un point fort du concept. Le client n'a pas a fortiori besoin d'être présent. Le remplissage est facile et rapide, il suffit d'un petit véhicule citerne mobile, et un prestataire de service qui accède et remplit le réservoir comme le pompiste à la station-service.

  • Comment fait-il pour accéder au réservoir?

Aussi simple que pour ouvrir certaines chambres d'hôtel ou badges d'entreprise, grâce à la technologie de badge RFID. Une fois installé sur le véhicule, ce dernier autorise le prestataire de service à accéder au réservoir à n'importe quel moment souhaité.

  • Quelle est l'utilité réel de ce type de service?

L'utilité de ce genre nouveau de services pourrait être de taille. Une statistique fait froid dans le dos, elle révèle qu'une voiture passe 97% de sa durée de vie à l'arrêt, il semble donc nécessaire de mettre à profit ce temps-là. Dès, lors grâce à ce concept de livraison de carburant à la demande » ou "fuel on demand" en anglais, il sera possible de faire le plein de la voiture pendant les heures où elle est immobile: Stationnée sur les parkings des centres commerciaux, au bureau, le soir quand l'automobiliste est à la maison etc.

Au-delà de la simple économie de temps, cette innovation qui commence à faire du chemin dans l'esprit de beaucoup d'entrepreneurs, aurait des vertus bien supérieures. En effet, il serait envisageable que ce concept puisse conduire vers la baisse les prix du carburants comme Uber a pu le faire avec les prix des trajets face aux prix des taxis, et ce en raison du fait que ce business soit peu "capital intensif" et peu demandeur en frais d'opération et de maintenance.

En d'autres termes, ces startups n'auront pas à engager des fonds pour les infrastructures de type station-service, la constitution de réserves de carburants ou encore le recrutement massif de ressources humaines que l'on retrouve traditionnellement en station-service (pompistes, mécaniciens, etc.), une économie qui se répercutera sur le prix final.

Par ailleurs, au-delà de ces considérations, c'est bel et bien une prestation "disruptive" que compte fournir ce nouveau type de concept. En effet certaines startups communément appelées OilTech comptent offrir des services additionels via les plateformes digitales. En l'occurrence elles assurent par des algorithmes de "machine learning", un suivi et une aide à l'optimisation de la consommation en temps réel ainsi qu'une livraison anticipée en carburant sans intervention de l'automobiliste, avec la mise en place prochainement d'un "abonnement carburant" comme il est le cas aujourd'hui avec les abonnements téléphoniques. Le passage à la pompe ne serait donc plus qu'un lointain souvenir.

Vidéo de démonstration du concept:

Néanmoins il faut noter qu'il y a bien des barrières de législation et judiciaires à toute innovation perturbatrice. En effet la législation en vigueur interdit le transport de carburant en milieu urbain par des particuliers à 1000 litres et tout transport récurrent nécessite des autorisations spécifiques.

Notons par ailleurs que les lobbys des raffineurs et distributeurs de carburant sont très puissants, ils pèsent par leur poids sur la fiscalité du secteur et les régulations en vigueur. Et il est clair au vu du contexte actuel du secteur, touché de plein fouet par la baisse des cours du baril, que les professionnels du secteur seront très réticents face à l'arrivée de ces nouveaux acteurs très compétitifs et qui incarnent une vraie rupture.

Néanmoins les OilTech placées sur le créneau de la livraison de carburant à la demande n'ont pas dit leur dernier mot, car ils n'hésitent pas aujourd'hui à recourir à des associations avec des grands groupes du secteur pour appuyer et légitimer leur présence, à l'instar de la startup Purple avec Total, POMP avec ENGIE ou encore FILD qui s'est associée à Volvo et Bentley.

Enfin, ces startups au concept révolutionnaire n'ignorent pas le fait que la dynamique sera à l'avenir incarnée par les véhicules électriques: c'est pourquoi l'objectif en ligne de mire n'est pas que l'approvisionnement en carburant mais en électricité/batteries dans les prochaines années.
Encore une fois une solution qui devrait susciter satisfaction chez les utilisateurs et bien des contestations chez les professionnels-rentiers du secteur...

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