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Des jeunes qui s'inspirent des traditions amazighs et subsahariennes pour trouver des solutions aux maux de la société (1/2)

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Les jeunes, déconnectés de leurs traditions? La culture, tout sauf une priorité? Pas si on regarde les parcours de Rachid et Chouaib qui mettent à mal les clichés. Rencontre avec deux jeunes qui ont creusé l'histoire, les traditions et la culture de leur pays pour y trouver des solutions aux maux de la société et de la planète.

Chouaib est président de l'association Art Solution, et monte en ce moment le spectacle StamBeat issu de la campagne pour la promotion du Stambeli, tradition musicale tunisienne d'origine subsaharienne.

Rachid Ennassiri lui est à l'origine de plusieurs projets de promotion de savoirs ancestraux amazighs pour protéger l'environnement. Ils lui ont été inspirés par le petit village d'où il est né, près de Ouarzazate au Maroc.

Chouaib et Rachid étaient tous les deux de passage à Bruxelles pour exposer leurs projets à l'occasion des Journées Européennes du Développement. Série de portraits.

Chouaib Brick, la danse tunisienne d'origine subsaharienne pour créer un marché artistique alternatif

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Chouaib Brick, président de l'association Art Solution aux Journées européennes du Développement à Bruxelles - le 7 juin 2017

Son prénom ne vous dit peut-être rien, mais vous l'avez sans doute déjà vu danser. Le collectif d'artistes Art Solution, né quelques temps après la révolution tunisienne, avait fait le buzz avec leur série de vidéos "Je danserai malgré tout". Marché, métro, place de la Kasbah, avenue Habib Bourguiba, les "Danseurs-citoyens" comme ils se surnomment, avaient surpris les passants en esquissant quelques pas de danse dans la rue. L'idée était de s'approprier à nouveau l'espace urbain, qui avait été confisqué à des artistes lors de manifestations salafistes.

"A cette époque-là, occuper l'espace public était une priorité", explique Chouaib. Une action qui a eu son effet: aujourd'hui on peut assister à des street-show qu'on ne pouvait imaginer voir à Tunis, même avant la révolution. L'attention médiatique qu'avait suscité l'initiative "Je danserai malgré tout" avait été grande: "c'est une action qui a parlé à beaucoup de gens" nous dit Chouaib. Mais ce n'est qu'une petite partie de ce que propose le collectif, une action à replacer dans un contexte bien défini.

L'art comme outil pour faire passer des messages en tout temps et selon le contexte, voilà avant tout la vision que veut défendre Chouaib. Alors quand on lui demande pourquoi le nom "Art Solution", il répond en souriant: "A l'époque, il n'y avait que des problèmes, pas de solution".

Et s'il est présent ici aux journées européennes du développement, c'est pour en donner, des solutions. Il présente le spectacle StamBeat qui réunit danseurs et musiciens Hip-Hop et Stambeli. "C'est avec des petits projets comme ça qu'on atteint le changement". Mieux que les mots, les images.

Le Stambeli, désigne à la fois une musique au rythme soutenu par les percussions des chkacheks et les frottements des cordes du guembri, mais aussi la série de pratiques qui l'accompagne : danse et rituels, cérémonies de guérison et de transe, adoration des sains et pèlerinages... Il tire son origine de populations d'Afrique subsaharienne transférées vers la Tunisie pendant l'esclavage, et qui sont restées marginalisées même lorsqu'il a été aboli. Pourtant le Stambeli est né d'une démarche syncrétique, mélangeant religion animistes subsahariennes et cultes soufis du Maghreb.

Au delà de la richesse du mélange des styles, l'idée derrière cet échange est d'impulser une dynamique, entre d'une part un besoin de la scène socio-culturelle hip-hop émergente en Tunisie que représente Art Solution, et d'autre part, le riche héritage culturel Stambeli qui se perd auprès des nouvelles générations.

Et pour participer à la création de ce marché alternatif de l'art, pour créer un environnement économique et social qui permette à d'autres jeunes de pouvoir se reproduire sur scène à l'avenir, Chouaib est passé derrière la caméra. Il danse de moins en moins, et travaille de plus en plus du côté de la production.

LIRE AUSSI: Le Stambeli en Tunisie: Loin des clichés exotiques, ce documentaire reflète un univers particulier (VIDÉO)


"Le spectacle, c'est cet instant T de rencontre entre les artistes et le public". Mais Chouaib insiste sur tout le travail en amont de réflexion. Comment faire changer les choses à travers la culture? Comment la culture peut-elle réveiller l'envie de ce jeune qui traîne un peu perdu au café du coin?
On peut en tout cas compter sur Chouaib pour continuer à nous apporter des réponses à ces questions: "Tant que je reste en Tunisie, c'est que j'ai des objectifs. Le jour où je quitte la Tunisie, [ça voudra dire] qu'il n'y a plus d'objectifs à réaliser en Tunisie". Et ça, ce n'est sans doute pas encore pour demain.

À suivre, le portrait de Rachid Ennassiri: quand les traditions Amazigh du Maroc se mettent au service de l'environnement et du social.

Cet article a été écrit lors d'un reportage sur les Journées Européennes du Développement du 7-8 juin 2017 dans le cadre du partenariat entre l'Institut Open Diplomacy et touteleurope.eu.

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