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Sid-Ali Gherbi, le Robinson Crusoé Algérois de l'Espadon

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"Cheikh" dans l'acception pédagogique du terme ou "Maître", majuscule de rigueur ! C'est ainsi que l'appellent les amoureux de la mer, ces "mordus aquatiques" qui se sont initiés -- grâce à ''lui'' -- à la passion de la plongée sous-marine et au métier du sauvetage/secourisme en mer. Pour moi, "lui" me rappelle Robinson Crusoé par son look, blancheur en moins. "Lui", c'est le barbu à la tignasse "météorologique" constamment en "raccord" avec les mouvements du vent.

sidali gherbi

Parce qu'il a passé l'essentiel de sa vie à L'Espadon et en a fait la deuxième base de son existence, notre ami s'est marié avec la Grande Bleue pour le meilleur et pour le pire ! Il suffit d'observer les agitations de sa chevelure pour savoir si le "mistral" de L'Espadon souffle "Gherbi" (Ouest) ou "Sharqi" (sud), ''Guebli'' (sud) ou ''Rih El-Oued'' comme disent les pécheurs noctambules.

"Lui", le barbu à la tignasse et à la barbe poivre sel, c'est Sid-Ali Gherbi. Citez son nom, les réactions émerveillées se prononcent instantanément sur les langues. Entre autres propos entendus : c'est "Sid-Ali le scaphandrier"; c'est "le poisson déguisé en homme de L'Espadon"; c'est ''l'homme de la mer''; c'est le "maître qui, avec l'art d'un grand cheikh, nous a appris à apprivoiser la mer"; c'est le "professeur ès-plongée sous-marine qui nous a initiés à l'art de visiter les fonds marins comme on visite un musée océanographique'' !

J'ai vu Sid-Ali Gherbi pour la première fois au sortir de mon enfance et à l'aube de mon adolescence quand, accompagné de mon oncle Boualem, je ''larguais les amarres'' sur l'un des quais du port d'Alger pour aller jeter l'ancre du côté de L'Espadon.

espadon alger

J'ai discuté pour la première fois avec Sid-Ali - et pris toute la mesure de sa vocation et de son utilité - à l'aube des années quatre-vingt. Journaliste en herbe à pied d'œuvre à la rédaction sportive de l'APS, j'ai été assigné, un jour, à la couverture d'une activité de la Fédération algérienne de sauvetage, de secourisme et des activités subaquatiques présidée alors par Mouaki Larafi.

Il s'agissait de la clôture d'un stage ''diplômant'' de formation de sauveteurs/secouristes en mer.En formateur attitré, en pédagogue très appliqué, Sid-Ali Gherbi était à la manœuvre. C'est lui qui pilotait l'opération, créditait les stagiaires de ses conseils et dirigeait l'équipe (technique) d'évaluation. Ce jour-là, je n'ai ''commis'' qu'une courte dépêche d'apprenti-journaliste.

Chemin faisant, et au fil des couvertures des activités de la Fédération, j'ai fini par prendre toute la mesure de la vocation sociétale/sportive/loisirs/aquatique de mon Robinson Crusoé.Sid-Ali Gherbi, c'est une multitude de facettes résumées par un look d'estivant permanent !

Avec Sid-Ali Gherbi, le sport prend toute sa dimension/importance sociétale. Sid-Ali est à la fois un amoureux précoce de la mer. A l'aube de sa vie et bien avant de convoler en justes noces, il s'est donné une première femme nommée la mer. Au commencement, il y a avait la nage, puis la plongée sous-marine, puis le sauvetage/secourisme en mer.

sidali gherbi

Les plus ''tchi tchi/bling bling'' des passionnés de la mer ne retiennent de Sid-Ali que son côté ''plongée sous-marine''. Les familiers de sa quotidienneté, les connaisseurs de son parcours savent, ''journal de bord'' à l'appui, que son rapport à la mer va bien au-delà du coté ''loisirs de la mer''.

Des décades durant, Sid-Ali s'est assigné - avec passion et de manière désintéressée - une véritable mission de service public en mer ! Formateur ès-sauvetage/secourisme en mer, il a formé des générations entières de sauveteurs/secouristes en mer. Derrière chaque sauveteur/secouriste dans les plages et piscines se trouve Sid-Ali ou son savoir-faire au service de la sécurité et de la quiétude des estivants, écoliers et acteurs des disciplines aquatiques et subaquatiques.

Qu'il s'agisse de son engagement au long cours au sein de la Fédération du ''20, avenue du 1er novembre'', de sa quotidienneté pédagogique à L'Espadon et -- à l'occasion des activités fédérales -- le long du littoral algérien, Sid-Ali y a laissé son empreinte et quelle belle empreinte ! A L'Espadon précisément, il a l'habitude de dire, plaisantin, ''cette hadjdra (ce rocher) m'a servi d'école. C'était ma classe à moi ! C'est là où j'ai dispensé ma formation, livré mes conseils aux apprentis-secouristes/sauveteurs''.

espadon alger

Parce sa modestie lui ''interdit'' et lui ''interdira toujours'' de le dire, je me fais un devoir de le dire à sa place et c'est loin d'être un excès de langue : c'est entre le siège fédéral du 20, avenue du 1er novembre, de la ''Hadjdra''/rocher cher à son cœur et dans les ''eaux territoriales'' de son Espadon que Sid-Ali a accompli une œuvre dont on ne saluera jamais assez les mérites.

Dans l'Algérie du ''tout football'', dans un pays où une petite poignée de sports ''bouffent'' le budget sectoriel en accaparant la part du lion, la plongée sous-marine et le sauvetage/secourisme en mer ont survécu et échappé au naufrage. Et s'ils ont évité la noyade, le mérité revient, entre autres, à Sid-Ali. C'est ce militant aquatique, c'est ce ''cheikh'' ès-sauvetage/secourisme soucieux de la vie des estivants et des bambins nageurs que j'ai été revoir à la faveur de mon récent séjour à Alger.

Nous avions, l'ami Bachir Tayeb Bey et moi, rendez-vous au Café des arts, rue Tanger, chez notre ami Rabah Lechea. De là, nous nous avons rallié la Pêcherie d'Alger avant d'embarquer à bord d'une flouka. Direction : L'Espadon pour une causerie aquatique avec notre Robinson Crusoé.
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