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Il y a 50 ans, la "Naksa" vue de Bab El Oued

Publication: Mis à jour:
BEN BELLA GAMAL
REPORTERS ASSOCIES via Getty Images
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Il y a 50 ans, Meriem Abed disparaissait des ondes de la radio de ma mère ! Il y a 50 ans, ''Kawkab al Sharq'' suppléait le Raïs de ne pas abandonner le navire battant pavillon ''Oum dounia'' en plein ''nil''.

C'était il y a 50 ans, c'était un ''youm'' ordinaire de juin 1967 ! C'était un lundi comme aujourd'hui. J'étais un bambin de 7 ans bien loin de la ''boulitique'', de l'Histoire et de ses récits. De mon pays et du monde, je ne connaissais que quelques petites bribes aussi vagues qu'éparses. ''Absorbé'' par les parties de ballon de chiffon à la rue Jean-Jacques Rousseau, j'étais, à ce moment, dans mon petit monde. A mille lieux de ''Ahwal al Djazair" et des tourments de "Oum al dounia''. Singulier dans le feuilleton chaotique du monde, l'épisode 1967 était rythmé par les bruits de bottes aux quatre coins du monde, les bombardements du pays de Giap par les B 52 US et les coups de force à répétition en Afrique et en Amérique latine. De ces ''brûlures de l'Histoire", je n'en savais quasiment rien à l'époque ! Rien si ce n'est deux choses encore gravées dans ma mémoire d'enfant de Bab El Oued.

La première, directement liée à l'histoire de mon pays, était vieille de deux ans. Je m'en rappelle ! Je me rappelle comme si cela datait d'hier d'une scène dont le décor était planté sous les ''yeux'' de mon immeuble au croisement de l'avenue du général Vernaud (Askri Ahcène) et de l'avenue de la Bouzaréah (colonel Lotfi). Je raconte au présent de narration ! Dans sa fuite pour échapper à la police coloniale, un jeune ''Méliani'' répondant au nom de Ali -- Ali la Pointe - est fauché par un ultra en herbe. Quasiment rattrapé par la flicaille, Ali lave son honneur de bandit à sa manière. Avant d'être ''mis hors d'état de nuire'' comme diraient les communicants du ''wazir el 3adl'' François Mitterrand, le ''Méliani'' a le temps de se relever et d'assommer le ''petit Ortiz'' d'un uppercut catégorie Marcel Cerdan ! Les choses se précipitent vite, très vite. Menotté, l'adepte du tatouage ''marche ou crève'' est emmené à Barberousse-Serkadji via un de ces procès expéditifs dont la justice coloniale a le secret. Sous l'effet du poignant ''Allah akbar, tahya El Djazair'' prononcé par tonton Mohamed El Badji sur son chemin vers la guillotine, ''Khouya Ali'' comprend les choses. Au pied levé, il se débarrasse de sa tenue de ''délinquant'' et entre dans l'Histoire et l'histoire des théories militaires en endossant la tenue d'une figure de proue de la ''guérilla urbaine''. C'était dans ''La Bataille d'Alger'' dont une dizaine de séquences a été tournée dans mon quartier natal à l'aube de 1965.

La deuxième chose, celle de ''bayt el qacid'' et ''صلب الموضوع '', est datée du 5 juin 1967 et des journées postérieures. Pour le bambin de BEO que j'étais, c'était une journée normale. Une quotidienneté partagée entre les parties ''balle de chiffon'' à la rue Jean-Jacques Rousseau et les ''dourouss'' du cours préparatoire 2 à l'école Condorcet. L'atmosphère change ! A l'image de notre maître d'arabe, cheikh Seba, le directeur (M. Arezki) et ses enseignants (Mme Bouatoura, Rachedi, MM. Mouaki, Kiliouane, etc) discutent à n'en plus finir ! La cloche sonne et leur causerie s'éternise. Contre toute attente, M. Arezki le chauve nous libère : ''partez chez vous, rouhou ladyarkoum'' ! Je rentre chez moi. Surprise par mon retour inopiné au bercail, yemma m'accueille au moyen d'un ''makritouch'' ! Je me contente d'un "djawab service minimum'' : ''Khardjouna, ils nous ont dit wallou l'dyarkoum'' !''. Ma mère meskina poursuit la séance ''ghssil la vaisselle'' ! Elle le fait, accompagnée du ''hanoun'' qui lui tient compagnie lorsque ''rab el bayt'' est à la ''khedma''. Son ''hanoun'' en l'absence de ''baba'', c'est le mastodonte et très discount poste radiophonique nommé Socradel. Yemma est intriguée : une fois, n'est pas coutume, Meriem Abed et Saloua ne sont pas au rendez-vous de Yemma ! Une fois n'est pas coutume, Yemma n'accompagne pas Meriem au rythme de ''Bahdja Medinet El Djazair''. Une fois n'est pas coutume, Yemma ne vibre plus au rythme de ''el beida al ghalya nabghiha'' ! Sans s'annoncer préalablement, la programmation change. Au rythme de ''Djazairouna ya bilad el djoudoud'', la discographie du jour se fait ''wataniya'' et non ''nostalgiya'' et ''gharamiya'' ! Faisant contre mauvaise fortune bonne cœur, ma mère s'incline et se voit ramenée aux lendemains de ''cissi l'fou'' et avant ''sebâa s'nine barakat'' !

Ma mère ne comprend pas et continue son compagnonnage avec les corvées de ''rabat el bayt''. Moi, non plus, je ne comprends pas ! Nous comprendrons un peu plus tard lorsque des étudiants ''label UNEA'' réprimée par le ''redressement révolutionnaire'' défileront, outragés, sur l'avenue de la Bouzaréah aux cris de ''Falestine arabiya''. Nous comprendrons plus tard lorsque mon ''baba'' revient du boulot plus tôt que prévu : ''ya m'ra, rahoum zadmou 3ala massar, el guirra'', ya madame, ils ont attaqué l'Egypte, c'est la guerre ! En fait de guerre, il y en pas eu : l'aviation du Raïs a été neutralisée au sol par une escadrille de l'aviation israélienne. Fethi Dib, qui a passé une partie de sa vie de ''007 masri'' à espionner la délégation extérieure du FLN et coacher H'mimed Ben Bella, n'a rien vu ! Il n'a pas pu lire dans la boule de cristal de Moshe Dayan et n'était pas outillé pour lire dans le ''fingan israélien'' ! La suite vous la connaissez : c'était la ''nekssa'', une de plus dans le feuilleton purgatoire de la ''ouma arabiya'' ! Défait et se sentant humilié, le Raïs Gamal prononce un discours ''capitulationiste''. Il s'adresse à '' châab oum Al Dounia'' au moyen d'un ''khitab'' aux accents de ''hadjat el wada3''.

A genou, ''Misr oum Dounya'' vacille et ne sait plus à quel pharaon se vouer ! Du coup, dans un ciel égyptien couvert d'épais nuages, une ''kawkab al sharq'' surgit et frappe à la porte du Palais. Elle supplie le Raïs de ne pas abandonner le bateau en plein ''nil'' ! Il persiste au moyen d'un ''donne-moi ma liberté watliki yadiya'' ! Elle persiste et signe au moyen d'un ''raji3in bikouati ess silah'', nous nous relevons par la force du baroud !!!! Au même moment, à quelque 2900 kms du Caire ''el makhoura'', un agent du service de Boumediene/Merbah affecté à la surveillance du Raïs, notre H'mimed de Raïs, ouvre la cellule de Douéra, se retrouve face à Ben Bella et lui fait part des tourments de son allié : ''le guide de la ouma arabiya, l'homme qui s'est revendiqué sponsor de la ''thawra al djazairia'' est dans une situation lamentable, inahou fi halatin yourtha laha ! Il a perdu la guerre -- une énième guerre - avant qu'elle ne commence !'' !

C'était il y a un demi-siècle jour pour jour ! Dans cette histoire, l'histoire d'une énième défaite de la ouma arabiya, El Qods, Jérusalem la ville des ''Trois Monothéismes'', a été annexée. Au mépris des résolutions du ''machin'' nommé ONU. Au grand dam de Faïrouz, laquelle n'en finit plus de pleurer ''Zahrat el madaen'' ! Moi aussi, yemma également, on n'en finit pas de joindre nos voix à celle de ''bent le Cèdre'' pour pleurer : ''Min ajliki ya madinat essalat oussali''!

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