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Da Arezki et Khaled nous "racontent Alger" au grand bonheur (posthume) du Cheikh!

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RACONTE MOI ALGER
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الوردة البيضاء مبغاشي قلبي ينساها

Je m'en souviens, je me souviens comme si cela datait d'hier d'une virée du côté de Porte de Montreuil. C'était fin 1998/début 1999, j'étais en poste au bureau APS de Paris. Directeur de la rédaction du Jeune Indépendant, Mustapha Abdelli m'avait commandé, au nom d'une amitié de 30 ans, une longue interview avec El Hachemi Guerouabi.

Depuis la station Franklin Roosevelt, j'ai embarqué à bord de la ligne 9 en direction de "Bab Montreuil", lieu d'implantation du salon de thé que tenait le Cheikh en colocation avec son respectable ami, le regretté Abdellah. Le temps d'une soirée, entre souvenirs, témoignages et anecdotes, "El Harraz" m'avait embarqué à bord d'une savoureuse croisière battant pavillon "Châabi".

Bouquet final de notre "qaada", à l'heure de m'accompagner jusqu'à la porte du salon, il avait émis un vœu en prenant à témoin Abdellah, précurseur à l'époque déjà de l'idée d'une association -El Hachimiya- à laquelle le Cheikh tenait tant. Empruntant à un "bayt" écrit par Cheikh Mahboub Bati au bénéfice de Boudjemâa El Ankis, El Hachemi m'avait dit, sourire en coin : "si le Créateur nous prête vie, je te rafraîchirais la mémoire, إذا طالت لعمار أنا وانت نتفاكرو ! Je brûle d'envie d'animer une fête familiale dans une douira de la Casbah. Je rêve d'une ليلة festive sur une terrasse de la Casbah avec vue imprenable sur la baie d'Alger sous les lampions d'une lune éclatante et sur fond d'une convivialité dite نجم الدوجة عسعاس !".

De retour à Alger à l'automne 2001 après un exil contraint de 6/7 ans, le Cheikh s'est remis à l'heure des récitals et des fêtes familiales aux quatre coins du grand-Alger. Pour maintes raisons, l'opportunité d'une "guesra" à la Casbah ne s'est pas présentée. Mais, en artiste attaché aux idées qui le tenaient à cœur, le Cheikh ne désespérait pas d'y parvenir. Il voulait tellement agrémenter El Bahdja de sa voix mélodieuse depuis le plus beau balcon patrimonial de la Méditerranée ! Rattrapée, contre toute attente, par la maladie, le Cheikh s'est éteint, le 18 juillet 2006, sans que son rêve ne soit exaucé.

Du cimetière d'El-Madania/Clos-Salembier où il se repose aux côtés de sa génitrice Zoubida, l'enfant de Diar El Babor ne résistera pas, demain, à l'envie de dire "Merci, un Grand Merci" à mon confère, ami et "oulid houmti" Mohamed Arezki Himeur. Auteur de fraîche date de "Raconte-moi Alger", le locataire des Trois Horloges a eu une idée séduisante parce que inspirée de l'authenticité.

À l'heure de sacrifier au rituel de la vente-dédicace, Da Arezki a eu une idée originale. Sauf à tourner le dos à Alger, il a jugé opportun de la raconter in-situs ! Écrit par un berbère installé de longue date au pied de la vieille cité dans le voisin Bab-El-Oued, "Raconte-moi Alger" ne peut être raconté que depuis le "djebel", alias Balcon d'El-Bahdja. Odeur de jasmin chère à l'odorat d'El Hachemi, "Raconte-moi Alger" ne peut se raconter sans un enfant de la Casbah. Alors Da Arezki a donné carte blanche à un résistant répondant au nom de Mahiout, Khaled Mahiout. Un amoureux d'El Bahdja qui, loin de jeter l'éponge et en dépit des adversités, soutient la Casbah ! Cultive sa mémoire ! Et s'efforce de la sauver ou sauver ce qui peut l'être. Contre vents et marées.

Ébéniste de son état, "USMiste" dans l'âme à l'image du Belcourtois El Hachemi Guerouabi, Khaled n'a jamais pris congé de sa Casbah. Au plus fort de la terreur des années 1990, il est resté accroché à la maison familiale. Une maison perchée là-haut au sommet d'El-Bahdja que j'ai eu l'occasion de visiter en compagnie d'ami(e)s au rang desquels le "dragueur" d'Alger depuis le ciel, Zino Zebar. Aujourd'hui, entre 13.00 et 17.00, notre ami Khaled Mahiout se fera un plaisir de donner écho au "Raconte-moi Alger".
À un jet de pierre de Dar El Soltane, il se rappellera, non sans émotion, d'El-Hachemi Guerouabi.

Entre deux contes Algérois de Da Arezki, Khaled s'efforcera de faire plaisir au Cheikh. À défaut d'assurer la ليلة festive sur une terrasse de la Casbah -à laquelle le défunt tenait tant-, Khaled récitera du bout dès lèvres un des plus beaux textes du Cheikh, un poème "dit" avec ses tripes. "À Dar Essoltane, relis ton histoire ya maghrour, Sidi-Abderrahmane ya El wali moul zyara". Un soir de Ramadhan, à la faveur d'un conclave convivial à "La Bague de Kenza", le salon de thé sis, Rue Saint-Maur à Paris, j'avais fait part à El Hachemi de mon "coup de cœur" pour ce texte. "Cheikh, c'est une jolie carte postale que tu nous envoies à travers cette chanson". Et le Cheikh de rétorquer au pied levé : "Carte postale ! Chaba hadi, elle est belle ta remarque". Les premiers vers de cet hymne à Alger, le Cheikh les a écrits d'un trait de main sur un papier blanc servant de couverture à une table de café. Le voici cet hymne via ce lien. En guise de lever de rideau à "Alger racontée" par Mohamed-Arezki Himeur et El Bahdja "sculptée" par un artiste-ébéniste/mémorialiste.

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