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Blaoui, H'mama, la touche de Maurice El Medioni et la générosité de Khaled

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BLAOUI EL HOUARI
Facebook/Youssef Zerarka
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À l'heure du départ de Blaoui Houari, c'est à trois personnes que je pense en particulier : mon ami Rabah Mezouane, cheb Khaled et Maurice Medioni. À l'heure où, "péché mignon" très algérien, le défunt se voit crédité d'un "âarjoun" après avoir été -- de son vivant -- sevré d'une datte, ces trois noms peuvent éprouver le sentiment du devoir accompli. À des degrés divers, Rabah, Khaled et Maurice ont contribué à cultiver le vécu de l'artiste. Et de fort belle manière.

Chronologiquement, Rabah Mezouane est le premier à avoir fait œuvre utile. Lui le modeste, l'allergique aux lampions qui ne cherche jamais à marchander un effort ou une initiative, il peut se targuer, aujourd'hui, d'avoir accompli au crédit de Blaoui Houari ce que plusieurs institutions algériennes réunies n'ont pas fait. Spécialiste des "musiques du monde" en charge de la programmation musicale à l'Institut du monde arabe (IMA, Paris), Rabah a permis à Blaoui de s'inscrire -- pour la postérité -- dans l'espace artistique parisien en y laissant une empreinte forte.

En 2003, profitant de l'opportunité de l'Année de l'Algérie en France, Rabah Mezouane et l'IMA ont jugé utile de célébrer nombre d'artistes algériens au rang desquels Blaoui. En organisateur toujours bien inspiré dans la "scenarisation" des spectacles de l'IMA, Rabah a été à l'origine d'un hommage dont Paris se rappellera toujours. Une brochette d'artistes est venue spécialement du bled pour chanter les morceaux les plus emblématiques du répertoire du Maître avant de l'inviter à monter sur scène en lui déroulant le tapis rouge. Rabah Mezouane a réédité ça en 2012 le temps d'une carte blanche musicale dédiée à l'Algerie à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance.

C'est à la faveur du concert de 2003 que nous avions eu, mon ami Abderrahmane Arkoub et moi, l'occasion de faire la connaissance de Blaoui et d'échanger avec lui dans les coulisses de l'auditorium de l'IMA. Kamel Hamadi s'y était déplacé pour revoir sur scène un artiste et un ami, mais aussi pour l'inviter à dîner chez lui. "Alitée, Nora s'excuse de ne pas pouvoir se déplacer ce soir mais elle te prie d'être des nôtres demain", a insisté Kamel.

Grâce à notre ami Rabah, nous avions eu droit, Dahmane et moi, à une causerie féconde et riche en éclairages sur la vie artistique de Blaoui, de Ahmed Wahbi et, au-delà de la chanson oranaise, la chanson algérienne dans son ensemble. C'est au cours de cette qâada que nous avions appris, Dahmane et moi, et sur le tard, que l'une de nos chansons préférées du répertoire de Blaoui -- H'mama -- a été écrite par Rabah Derriassa. C'est Blaoui lui-même qui nous l'a appris et éclairé notre lanterne, en insistant sur la place qu'elle avait dans son cœur et son "diwan".

blaoui el houari

Attachante et séduisante, "H'mama" l'était non seulement aux yeux de Blaoui, mais également aux yeux de Khaled. Fin 2004, début 2005, The King avait proposé à sa maison de disques, le géant Universal, d'enregistrer ce texte en duo avec le grand Blaoui. Sans tergiverser, il en a suggéré l'idée au patron d'Universal France, Pascal Nègre, qui a accepté sans la moindre hésitation. Khaled a eu l'idée d'associer le pianiste oranais Maurice Medioni. Généreux dans l'âme, Khaled m'avait dis à l'époque comment il avait veillé auprès de Pascal Nègre à obtenir le meilleur cachet possible au bénéfice de Blaoui. "J'ai demandé au producteur à ce qu'il octroie un cachet intéressant à Blaoui; j'ai demandé à Universal à ce qu'il puisse voyager en compagnie d'El Hadja son épouse; j'ai réussi à réviser à la hausse ses indemnités journalières (frais de séjour) et j'ai tenu à ce que le couple séjourne chez nous à la maison et non à l'hôtel. Blaoui est une icône qui a irrigué mon parcours artistique".

Heureux de retrouver Blaoui après l'avoir perdu de vue durant de longues années, Maurice Medioni a sorti le grand jeu et donné le meilleur de son art. Histoire de célébrer ses retrouvailles avec l'artiste, histoire, surtout, d'immortaliser a jamais l'un des plus mélodieux moments de la chanson oranaise". Le voici partagé via quelques liens. Cette nuit, de tous ceux qui ont accompagné Blaoui dans son parcours, Khaled, Maurice et son piano oriental sont les plus tristes.

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