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Tu es Marocain si...

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MOROCCAN FLAG
Rafael Marchante / Reuters
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SOCIÉTÉ - L'identité est un miroir dont l'image est difficile à saisir. Au-delà de notre devise, notre appartenance à l'islam et notre africanité (toute relative pour certains), qu'est ce qui fait de nous des Marocains? C'est sur l'histoire et la culture que chaque nation construit l'esprit de sa patrie. La culture américaine est associée au culte de la liberté et de la grandeur, celle française aux thèmes de l'amour et de l'art. Ce sont, bien sûr, des définitions contestables et généralistes mais elles sont ancrées dans l'inconscient collectif, et structurent l'image d'un peuple et sa perception de lui-même. Ainsi, qu'est-ce que le Marocain?

Qui sommes-nous?

C'est au 18ème siècle, en Occident, que naît cette idée que la culture est comme une "essence" des peuples; de là, chaque peuple se caractérise par son "génie". Il est évident que notre culture ne se réduit pas seulement à la religion ou à des pratiques culinaires et que notre génie n'est pas celui des génuflexions et des cornes de gazelles. Alors où sont nos auteurs, nos mouvements, notre "génie" qui caractérisent notre identité culturelle?

Aujourd'hui, cette question d'identité culturelle apparaît essentielle si le Maroc veut bel et bien prendre le chemin du développement. Cette identité culturelle, ce sentiment d'appartenance et de valeurs communes sont au cœur de la notion de patriotisme. Pouvoir associer sa nationalité à des valeurs positives telles que le progrès, l'ouverture ou la tolérance serait pour le Maroc et les Marocains un pas considérable vers une identité forte, projetable vers l'international. Le chemin est long et tortueux, il faudrait une avant-garde culturelle et un véritable impact des politiques publiques sur les citoyens pour pouvoir façonner un sentiment justifié de fierté.

Un imaginaire collectif absent

L'identité culturelle se définit à travers un imaginaire, soit une pensée abstraite qui naît d'expériences et de perceptions. L'imaginaire se rapportant à l'espace est celui qui témoigne de la façon dont les individus conçoivent leur territoire, son relief, son climat. Ces éléments influent inexorablement sur les comportements et les représentations des individus. Le Marocain est, de par cet imaginaire, dépouillé et mis en doute.

Pour cause, la question du Sahara et les multiples appartenances ethniques dans les différentes régions du royaume l'empêchent de concevoir son territoire comme un espace homogène auquel il peut s'identifier. Il est impossible de construire une représentation saine de l'identité sans régler ces questions liées à l'espace.

L'autre imaginaire est celui qui se rapporte au temps, soit le rapport des individus à leur passé, leur présent et leur futur. Les Marocains ne sont que peu au fait de leur passé et le travail historiographique en est encore au stade de tâtonnements. De ce fait, inconscient de son passé, le Marocain doute de son avenir et dénigre son présent.

Le chemin vers une identité culturelle forte et sereine est encore long. Ici, je propose simplement de commencer le travail long et pénible de défrichement. Car beaucoup de non-sens, de non-dits et de doutes traversent les Marocains, jusqu'au point de s'auto-diagnostiquer schizophrènes.

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