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Plutôt que de partir, voilà pourquoi je choisis de rester au Maroc

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Le patriotisme boit le calice jusqu'à la lie, ce sera, je l'espère la dernière métaphore que j'emploierai ici. Face à des chroniques dystopiques, mêlant aphorismes grandiloquents à un mépris de classe criard, je tenterai ici d'opposer des arguments rationnels face à ces vagues d'abandon de sentiment national, face à l'oubli des enjeux qui sont les nôtres. Bien sûr, la langue dans laquelle je m'exprime restreint la tribune et vous me permettrez ce seul paradoxe: celui de parler des Marocains dans une langue que seulement 39 % d'entre eux parlent.

Premièrement, le tort de ces jeunes gens ayant fui la mère patrie serait d'être allé à l'école, de s'être éduqué en somme. Ces braves gens illuminés sont alors confinés dans leurs environnements et demandent à pouvoir jouir d'une liberté qu'ils n'ont pas ici, enfermés par le carcan familial, les mœurs ou parfois la religion. Très bien, je le conçois. Ce qui est dangereux en revanche, c'est de présenter ces gens comme des opprimés alors qu'ils sont (que nous sommes, pour la plupart qui liront cette tribune) des privilégiés. En effet, ceux qui quittent leurs pays, ceux qui une fois à Paris, Londres ou New York critiquent les maux de notre patrie, ont tout à fait le droit de le faire, mais comment comptent-ils imposer leurs idées de progrès, de civisme ou de modernité alors qu'ils sont à des milliers de kilomètres?

Les constats alarmistes sont utiles pour mettre en lumière certains dysfonctionnements. Mais là-bas, chez ceux qui disent la "Fronce", il y a des gens qui sont acteurs de changements, il y a dans cette jeunesse une envie d'émancipation, il y a dans la société même un vrai mouvement, une action réelle et positive de changement de mœurs, qu'il s'agisse de condition de la femme, de rapport à l'autre et même de religion. Alors on m'opposera dans ce cercle restreint quelques vindictes que je connais bien: "tu es trop jeune, tu verras", "de toute façon, ce pays est foutu" ou encore "ces Marocains sont des sauvages", et je répondrai d'avance que je préfère être optimiste et avoir tort qu'être pessimiste et avoir raison.

D'ailleurs, voilà ici quelques raisons de rester dans ce pays, voire d'y revenir:

  • Le Maroc se construit, chacun peut contribuer à sa manière à l'écriture de son histoire et de son développement
  • Les mœurs rétrogrades ne changeront pas tant qu'une grande partie de la société qui en est victime ne s'impose pas dans le débat public
  • Beaucoup de jeunes rêvent de partir, il semble que personne ne peut les en dissuader. Pourtant, il est impératif pour notre pays de garder en son sein ses forces vives à savoir sa jeunesse
  • Rentrer au pays ou y rester est un sacrifice à bien des égards, mais il reste néanmoins un sacrifice pieux. En sacrifiant sa liberté et son confort intellectuel, on fait le pari que nos enfants, eux, vivront dans un environnement épanouissant et sûr, par notre action

Je comprends bien le mal-être de cette génération qui fuit le pays. Je comprends aussi bien pourquoi souvent ils ne reviennent pas. Je ne discourrais pas sur les opportunités d'emplois inexistantes pour des jeunes souvent très qualifiés, de la propagande culturelle faisant de tout ce qui est occidental un eldorado de confort où même du gouffre qu'est notre éducation publique. Ici, il s'agit pour tous de considérer ce pays comme un enjeu, de se souvenir de cette phrase de John Fitzgerald Kennedy qui interpela son peuple, si admiré dans nos contrées, pour les inviter à se demander ce qu'ils font pour leurs pays plutôt que ce que le pays fait pour eux. Oui, le sacrifice est difficile mais nécessaire pour ceux qui désirent voir leurs enfants vivre dans un Maroc meilleur. Nous avançons à grand pas, il y a de l'espoir dans notre jeunesse, notre roi, notre histoire.

Deuxièmement, personne n'a jamais pris de café avec l'État, l'État "n'égalise" pas. Il entreprend des actions, et ces actions sont menées par des hommes et des femmes. Prenez le risque de conduire dans des routes peu sûres, combattez les idées rétrogrades, faites le pari de la jeunesse, celui du développement, celui de la cohésion. L'humilité vous appelle au patriotisme et le patriotisme vous appelle à l'action et l'action elle, vous renvoie à l'humilité.

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