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Maroc: Le défi de la cohésion sociale

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SOCIÉTÉ - Depuis les tragiques évènements de Barcelone et la récurrence de la présence d'individus de nationalité marocaine lors de nombreuses attaques ou agressions, beaucoup de personnes en viennent à se demander si notre société n'est pas un réservoir de terroristes.

Bien sûr, c'est une logique absurde que de supposer que les Marocains sont prédisposés à commettre des actes terroristes. Pourtant, des syllogismes du type: "tous les musulmans ne sont pas des terroristes mais tous les terroristes sont musulmans" prolifèrent dans les discussions comme un constat de résignation face à un phénomène trop complexe à cerner.

Comprendre le phénomène terroriste requiert une longue analyse à paramètres variables. Ici, il s'agit seulement d'aborder une question fondamentale pour notre société, celle de la cohésion sociale. La société marocaine est productrice d'inégalités, elle n'est pas responsable des actes commis par ces individus mais elle est responsable de ce qu'ils deviennent. Si aujourd'hui, en moins d'un mois, nous assistons effarés aux actes indignes de nos concitoyens, il faut maintenant agir, bien que le mal qui nous ronge soit bien installé.

La perte de sens: ni futur ni éducation

La plupart des jeunes des classes défavorisées n'ont aucune issue pour s'en sortir. C'est le constat amer qu'il faut faire. En étant issu d'une famille pauvre au Maroc, il est impossible d'accéder à une éducation décente et donc à un avenir viable. Ces jeunes se retrouvent dans un état d'ignorance et de frustration tel qu'il est presque impossible d'en faire des citoyens à part entière.

Il est difficile de l'avouer, mais bien que le chantier de la reconstruction de l'éducation nationale soit long, il est impératif de redonner espoir à ces millions de jeunes désemparés et à l'ensemble de la population car nous sommes dans une situation où la majorité des Marocains ne rêvent que d'une chose, c'est de quitter ce pays qui ne leur offre ni sécurité ni avenir.

La classe politique, où qu'elle soit, a absolument besoin de courage pour combattre ce mal qui nous ronge. Nous devons pouvoir parler ouvertement du rôle de la religion telle qu'enseignée dans nos écoles, de la frustration sexuelle et intellectuelle de notre population. Reconstruire un pacte national passe par un récit national et il faudra choisir une fois pour toutes si nous voulons suivre un modèle conservateur et risquer l'intolérance, ou bien moderniser la société dans laquelle nous vivons et faire le pari de vivre dans le 21ème siècle, où personne ne commet d'actes de zoophilie ou de violences sexuelles dans des transports en commun.

Nous ne pouvons par faire cohabiter modernité et authenticité tant que ces deux notions sont contradictoires. Encore une fois, j'attends d'une certaine élite cette révolution culturelle qui viendra secouer les visions archaïques de notre société, ces idées qui veulent que la femme soit inférieure à l'homme, que les rapports sexuels soient une aberration et qu'une société libre où chacun peut vivre comme il l'entend est impossible voire dangereuse.

Il faut défier les démons de la société à défaut de pouvoir, d'un coup de baguette magique, l'éduquer aux valeurs nobles de tolérance et de liberté. Par les médias, il faut véhiculer des images fortes, non consensuelles mais provocatrices afin de mettre la société face à ses propres contradictions. Il faudra résister à l'opinion publique car elle n'a pas toujours raison.

L'oxymore du Maroc moderne?

Parler de Maroc moderne semble aujourd'hui désuet tant il s'agit plus d'un "moyen âge" technologique dans lequel nous vivons. Il est très alarmant de se dire qu'une partie de la population, éduquée à l'étranger, rêve souvent d'un pays ouvert, où l'ont peut parler librement, marcher dans la rue sans se sentir épié et mener sa vie sans avoir à se justifier de quoi que ce soit et préfère s'exiler plutôt que de rentrer subir le joug d'une société névrosée.

D'un autre côté, il s'agit de considérer cette masse que l'on n'ose pas nommer, celle de nos concitoyens analphabètes, sans futur et sans sécurité, qui n'ont que la religion bigote pour rationaliser leur vie, au mieux, ou la violence et la fureur, au pire. Alors comment parler de Maroc moderne quand les uns fustigent de loin le pays et dans une langue que ne comprennent pas ces Marocains trop musulmans ou trop ignorants (c'est au choix) qui agressent et tuent?

La réalité est que nous sommes une société fracturée et que les évènements récents qui secouent la toile ne sont que des symptômes graves d'une société malade. Aucun Etat ne peut imposer le civisme à une population pauvre et sans espoir.

Il ne suffira pas d'instaurer des cours de civisme ou d'éducation sexuelle pour faire d'un coup de notre société un havre de paix et de liberté. Il faudra passer par trois grands moments pour assainir notre société: l'instauration d'une réelle solidarité nationale, la refonte du système politique et la réforme du religieux. Ces trois moments clefs sont déterminants dans l'évolution de notre pays car ils sont les éléments fondateurs d'une réelle cohésion sociale.

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