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Pour un avènement culturel en Tunisie

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CULTURE TUNISIA
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Produit des cultures amazigh, punique, romaine, juive, chrétienne, arabe, musulmane et turque, le peuple tunisien se définit non seulement par sa pluralité mais surtout par sa capacité à dialoguer. D'ailleurs, c'est pour cela que le quartet du dialogue national s'est vu remettre un prix Nobel de la paix. En effet, c'est cette capacité qui a permis à la Tunisie de faire sa transition démocratique. C'est l'exception tunisienne.

Il semblerait donc naturel de penser que la Tunisie, sous les projecteurs, a réussi à faire connaître sa culture mais malheureusement, elle reste méconnue et sous représentée. Autrement dit, nous ne nous démarquons qu'en raison de la révolution. L'ignorance occidentale serait-elle à blâmer ?

Ne serions-nous pas responsable de ce problème ?

La Tunisie a une culture riche, vieille de 3000 ans. La cause du problème réside donc autre part. Pourquoi donc le pays n'a-t-il pas réussi à exporter sa culture ? Effectivement, les raisons de cette sous-représentation culturelle sont bien sûr multiples. Elles sont à la fois sociales, économiques et géopolitiques mais prenons un autre angle plus facilement appréhendable.

Le rayonnement culturel d'un pays est la responsabilité de plusieurs acteurs. En grossissant le trait, nous pourrions dire qu'ils sont au nombre de trois : les citoyens, l'Etat et les entreprises. Analysons leurs rôles et les solutions qu'ils pourraient apporter.

Premièrement, le peuple tunisien n'est pas conscient de la richesse de sa culture. Et c'est à la fois à cause du manque d'intérêt des tunisiens pour leur propre culture, de l'éducation nationale et de l'uniformisation culturelle inhérente à la mondialisation.

Il faut donc réapprendre à connaître et aimer sa propre culture. Cela passe bien sûr par un effort personnel mais aussi par l'éducation qui a terriblement besoin de réformes profondes.
Nous pourrions par exemple, donner un rôle plus important à des matières comme l'éducation civique et l'histoire-géographie qui sont vitales à l'appréhension de notre culture et malheureusement trop souvent délaissées par l'éducation nationale.
La non connaissance de la culture est donc le premier frein à son exportation.

Par ailleurs, comme beaucoup d'autres, les tunisiens ont tendance à l'étranger à rester entre eux. C'est compréhensible, moi-même, j'ai tendance à le faire. Néanmoins, cela est nocif pour le rayonnement culturel du pays. En effet, et je le dis d'expérience, la majorité de la population du pays d'accueil ne demande qu'à en savoir plus sur la culture tunisienne. Il est donc du devoir du tunisien de se faire ambassadeur de sa propre culture mais comment ?

Tout d'abord, les gestes les plus simples peuvent avoir un impact. Il suffit de montrer de l'ouverture d'esprit et de la bienveillance. Le tunisien peut par exemple inviter ses amis étrangers à séjourner en Tunisie ou inviter la Tunisie chez eux en leur parlant de notre culture ou en leur faisant découvrir notre gastronomie.

Il pourrait se diriger vers la vie associative pour promouvoir son pays ou simplement faire de ses enfants des citoyens éduqués et les sensibiliser.Le rayonnement culturel passe surtout par des petits gestes.

Mais une nuance est à apporter ici. Nous voyons la xénophobie faire son nid dans de nombreux pays. La montée des extrêmes comme aux Etats-Unis, en France ou encore en Grèce le prouve. Il serait facile de se poser comme donneur de leçon mais échanger devient de plus en plus difficile.

Néanmoins, le citoyen ne saurait être l'unique acteur de ce rayonnement car son influence a des limites. En effet, l'Etat doit lui aussi jouer son rôle. Le problème majeur est celui du financement. Le partage culturel passe souvent par l'art et le ministère de la culture donne des subventions bien trop limitées !

Soyons réalistes, la Tunisie reste un pays en crise mais au lieu de s'endetter encore et encore pour des demi-mesures qui manifestement ne fonctionnent pas, peut-être devrait-elle commencer à miser sur sa culture.

N'oublions pas que le tourisme est tout de même une source de revenu non négligeable pour le pays et quel pied de nez nous ferions aux terroristes en misant sur notre rayonnement culturel pour attirer de nouveau les touristes !

Bien sûr, je suis le premier à le reconnaître, la sécurité est LA priorité pour que ce projet puisse voir le jour. En effet, le tourisme est aussi affaire de confiance et il faudra beaucoup d'effort pour la regagner.

Nous nous souvenons tous des tragédies qu'ont été les attentats de Sousse et du Bardo pour ne citer que ceux-là. Cette sécurité, par contre, n'est pas que l'affaire de l'Etat.

Elle est l'affaire de tous. Ne laissons pas ces marginaux détruire ce que nos ancêtres ont mis si longtemps à construire. Néanmoins, la sécurité est nécessaire mais non suffisante.

En effet, lorsque l'on parle du tourisme en Tunisie, à quoi pensons-nous ?

La plage de Hammamet ? Les virées en quad dans le désert ? Tout cela est très bien. Néanmoins, combien de touristes voyez-vous aller aux musées, aux monuments ? Pas grand monde, je le crains. Le problème est causé à la fois par les tours opérateurs et la paresse qu'elle soit gouvernementale ou entrepreneuriale.

Il est donc nécessaire de développer le tourisme culturel, à la fois par la création d'une infrastructure étatique solide mais aussi par des projets novateurs et un travail plus ambitieux des tours opérateurs. Nous ne pouvons plus nous permettre de délivrer des prestations touristiques dignes des années 1990.

Il serait temps que cela change. Il y a un vrai tournant entrepreneurial à prendre et c'est bien le problème. Rares sont ceux qui suivent ce chemin !

Le rayonnement culturel n'est pas seulement une cause noble, c'est aussi profitable. La France gagne près de 104Mds d'euros par an grâce à la culture, soit 6% de son PIB et 70000 de ses emplois!

La Tunisie pourrait ainsi à la fois trouver une nouvelle entrée d'argent, mais surtout une manne d'emploi. En effet, d'après l'Institut National de Statistiques, la Tunisie a un taux de chômage de 15,4%. Le projet du développement du secteur culturel serait donc une bonne base pour résorber, en partie, le chômage tunisien.

En résumé, promouvoir la culture permettrait à la Tunisie de faire des progrès non négligeables dans tous les domaines..

Pour conclure mon propos, je tiens à dire que l'article suivant n'est pas et ne peut pas être exhaustif. En effet, pour des raisons aussi diverses que le format d'un article à la subjectivité inhérente au sujet, l'on ne peut pas traiter cette thématique de fond en comble. Néanmoins, j'espère que les quelques pistes de réflexions et d'action proposées ci-dessus seront utiles pour promouvoir une culture millénaire.

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