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En Marche!, une start-up politique made in France

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EMMANUEL MACRON
Robert Pratta / Reuters
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POLITIQUE - Selon le Larousse, une start-up est définie comme étant "une jeune entreprise, innovante, dans le secteur des nouvelles technologies". Remplacez "des nouvelles technologies" par "politique", vous obtiendrez une définition idoine du mouvement français En Marche! d'Emmanuel Macron. Pour comprendre pourquoi En Marche! s'inscrit dans ce courant des jeunes pousses du 21ème siècle, reprenons le cours de son histoire de manière chronologique.

La grande marche

"Pour être entendus, il faut commencer par écouter". C'est ainsi que le site de la grande marche explique son origine, sa genèse. Emmanuel Macron démissionne du gouvernement de François Hollande le 30 août 2016. Il avait, trois semaines auparavant, créé ce qu'il qualifiait alors de "mouvement": En Marche!. La grande marche aspire à recueillir les témoignages de 100.000 personnes représentatives de la société française par le biais du porte-à-porte. Objectif: comprendre quels sont les maux les plus profonds des Français, leurs priorités, leur ressenti et en faire le bilan. Si le moyen utilisé pour la collecte d'informations semble obsolète, son utilisation est tout à fait pionnière en France.

Liegey-Muller-Pons, start-up lancée en 2013 par trois Français dont vous avez deviné les noms, récupère les données sociodémographiques collectées par les "marcheurs" pour les analyser et en extraire la substantifique moelle. C'est là que le mouvement se distingue. L'innovation est le propre de la start-up. Cette dernière répond à l'envie ou au besoin d'un ensemble de personnes. En utilisant le travail de terrain des marcheurs, LMP identifie les préoccupations majeures des Français. Le candidat utilisera les résultats et conclusions de LMP pour établir sa stratégie de communication.

A fast-growing start-up

En Marche!, en mariant politique et Big Data, innove. Soit. Mais est-ce suffisant pour comparer ce mouvement à une start-up? Pour mettre en exergue les points communs entre En Marche! et une start-up, identifions ce qui, aujourd'hui, émerge instinctivement dans la pensée collective à l'évocation de ces nouvelles technologies.

Prenons Uber, Airbnb et Snapchat. Trois jeunes start-up qui pèsent dans le monde d'aujourd'hui. Ces trois entreprises proposent trois services très différents mais ont bien plus de points communs qu'on ne veut le croire.

D'abord leurs vitesses d'expansion impressionnent. Uber (2009), pèse aujourd'hui 65 milliards de dollars. Airbnb, créée en 2008, 25 milliards de dollars. Snap Inc. (2011), entrera en bourse prochainement et son évaluation s'élève à 15 milliards de dollars. Non, l'évaluation d'En Marche! ne se mesure pas en milliards de dollars. Mais en moins d'un an, le mouvement est passé de 1 à 200.000 adhérents tandis que le Parti Socialiste, fort d'une histoire et d'une image ancrées dans le spectre politique français, peine à atteindre les 100.000 partisans. C'est cet élan, ce dynamisme, cette croissance qui font d'En Marche! un mouvement atypique. En Europe, aucun autre parti politique ne peut se targuer d'un engouement aussi spectaculaire.

Ensuite, l'esprit d'équipe, fondamental dans une start-up, est également un des piliers du mouvement d'Emmanuel Macron. Il n'y a qu'à voir l'implication des milliers de jeunes qui, bénévolement, se sont rassemblés pour apporter leur contribution. A Paris, ceux-ci apportent leurs expertises techniques pour participer à la campagne depuis le QG du candidat. Dans le reste de la France, avec la plus grande spontanéité, ils ont rendu possible l'organisation de meetings ou de comités. Et même à l'étranger, comme à Londres, où 80 "helpers" ont préparé le meeting donné par Emmanuel Macron, le 21 février, devant 3.500 personnes.

Enfin, il y a, dans le mouvement d'EM (Emmanuel Macron ou En Marche, les deux fonctionnent), un fort accent universel. Ce mouvement est accessible à tous les Français. Il promet, aux classes populaires, une augmentation du pouvoir d'achat. Il promet, aux classes moyennes, une émancipation. Il promet, aux classes privilégiées, de préserver leur cadre de vie et professionnel. A défaut d'enfermer les personnes dans des castes, Emmanuel Macron appelle le collectif à se transcender pour aller de l'avant, ensemble, en encourageant ceux qui sont devant et en tirant ceux qui sont à la peine. Il parle au microcosme parisien comme à la "France d'en bas", pour reprendre l'expression chère à l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin. Il parle à la France, sans jamais oublier l'Europe. Il promeut l'égalité hommes-femmes. Il promet l'égalité des chances. Les start-ups mentionnées plus tôt, parce qu'elles sont accessibles à tous, qu'elles sont faciles à utiliser et qu'elles rassemblent (ou plutôt qu'elles connectent), sont, par définition, universelles.

L'entrepreneur

Pour finir, Emmanuel Macron se présente en médecin du mal français: analyse, diagnostic, remède. Il a innové, en imposant une méthode disruptive pour révolutionner le paysage politique français, sans pour autant ébranler ses institutions fortes. Il innove dans sa façon de faire et d'agir pour convaincre les Français qu'il est possible d'aller de l'avant et de créer de la valeur. Il innovera en continuant de rassembler les millions de Français qui en ont ras-le-bol d'être cloitrés dans des partis dont l'idéologie est paralysée.

Et il réalise tout cela en portant une casquette: celle de l'entrepreneur. Une start-up c'est d'abord un (ou des) entrepreneur(s). On parle de fibre entrepreneuriale. Cela représente une conviction en un dessein, des valeurs, et un goût du risque. Emmanuel Macron a pris un risque. Il s'est lancé dans une des campagnes les plus incertaines de la Vème République, sans parti politique, en voulant apporter sa fraîcheur et son originalité dans un paysage figé pour défendre les idées qui sont les siennes.

Emmanuel Macron a également annoncé qu'il comptait responsabiliser ses ministres. Le capitaine montre le cap, établit une perspective. Sa vision, il la martèle depuis l'officialisation de sa candidature. A travers les médias, lors de ses meetings, mais surtout dans son livre. Il y propose un projet, un contrat, dans lequel les Français qui s'interrogent quant à la direction qu'il veut prendre, trouveront des réponses.

Mais un bon capitaine sait responsabiliser son équipage. Le candidat a donc annoncé que lui président, il fixerait des objectifs chiffrés à ses ministres, que ces derniers auront la liberté de prendre les décisions nécessaires et qu'ils devront rendre compte de leurs résultats. Si les start-ups ont aujourd'hui la cote auprès des jeunes, c'est justement grâce à cette responsabilisation. Les grands groupes d'hier ont connu leur époque. Ils ont, pendant longtemps, incarné le succès.

Mais l'essor d'un nouveau paradigme interpelle et la jeunesse se demande si le succès d'hier ne l'était pas uniquement par défaut. Par absence d'alternatives. Si l'on continue selon la métaphore qui a conduit ce texte, ces grands groupes représenteraient aujourd'hui les partis politiques d'hier: les Républicains ou le Parti Socialiste. Ces partis sont victimes d'un rejet massif des jeunes qui ne s'identifient plus dans un système qui ne les écoute pas, ne les comprend pas.

EM attire les jeunes. Ils y retrouvent cette insolence, ce désir de bouger les murs qu'ils ne trouvent nulle part ailleurs. Plus que ça, ils peuvent s'identifier à travers ce qu'incarne le candidat: à seulement 39 ans, Emmanuel Macron s'inspire de ces start-up qui proposent un nouveau mode de consommation et remettent en question l'ordre établi. De là à parler d'ubérisation de la politique?

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