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Le rejet inconscient des libertés

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En faisant une petite recherche de vidéos à propos de Bab El Oued, afin de me documenter sur ce quartier populaire sur lequel est basé le thème de mon projet d'études, un camarade m'a suggéré un documentaire intitulé "Algérie: Bienvenue à Bab El Oued", un film de J.C. Fouché et Pierre-Yves Denis réalisé en 2005. A un moment donné, quelques propos dits par un certain monsieur m'ont particulièrement interpellé.

Ce qu'avait dit ce monsieur, comme tant d'autres Algériens malheureusement, c'est qu'on ne voulait pas d'un multipartisme car "en Islam, les gens sont tous égaux" et que le multipartisme crée de "la divergence entre les musulmans". En d'autres mots, et selon cette perspective, l'Islam ne s'accorderait pas avec la démocratie ni à la diversité des convictions et des opinions.

Ce qui blesse énormément, c'est que ce compatriote n'est sûrement pas le premier à l'avoir dit, ni le dernier qui le dira. Telle déclaration n'irrite pas seulement parce qu'elle avait été dite, mais parce qu'elle avait été audacieusement pensée, d'abord, et aveuglement crue, par la suite. Malheureusement, de telles idées ne se résument pas seulement au multipartisme, mais à toutes sortes de multitude.

On peut certes rappeler que ce qui a été dit reste un avis tout de même. Cependant, en n'étant pas d'accord avec ce qu'il dit, on n'est pas pour autant contre la divergence d'opinion. Comme l'évoquait d'ailleurs la pensée voltairienne illustrée par l'écrivaine anglaise Evelyn Beatrice Hall dans son livre The Friends of Voltaire (1906) : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez le dire". C'est ce dont l'Algérie a besoin, une Algérie pour laquelle la liberté est quelquefois utopique.

Ce qui est moralement inacceptable ici, et fortement ironique, ce n'est pas être contre tel avis, mais d'être contre le fait que telle personne soit contre telle chose ; d'être contre la multitude et la différence des pensées. Une différence qui, si on le veut, est une richesse.

Néanmoins, espérons que celle du monsieur n'est pas de ces opinions acquises, car une conviction ne l'est plus lorsqu'elle est acquise. Et quand on parle de liberté, on parle de celle des convictions et des opinions. Espérons aussi que l'Algérien, conscient et concerné, ne laissera jamais de brèche pour qu'une telle pensée obscure puisse se faufiler dans sa structure sociale. Une pensée qui exige la démocratie pour atteindre son sommet, mais qui, une fois là-haut, tente de l'abolir. Notre histoire en est témoin.

Ce qu'il faudrait retenir, c'est qu'il y a bel et bien une immense différence entre l'harmonie et l'uniformité ; l'une s'accorde avec et s'enrichit de la liberté, l'autre non. De même qu'entre le conflit et la diversité; l'un cause le chaos, l'autre fait de la richesse. A noter qu'une valeur est souvent ajoutée, et que lorsqu'un bénéfice ne peut être fourni par quelqu'un, il pourra sans doute l'être par un autre.

Ce n'est pas la multitude des choix, des opinions et des convictions qui crée le conflit, mais le désir tordu de l'Homme à vouloir ne faire qu'à sa petite tête et à vouloir écraser celles des autres. D'ailleurs, ça devient moins difficile pour lui lorsque ces autres-là sont tous "égaux", pareillement sous son ombre.

C'est pour cela qu'on nécessite une multitude de choix et ce, en concevant une harmonie; pas seulement pour éviter le conflit entre nous, mais aussi pour qu'on puisse voir au-delà de nos têtes, et qu'on ne soit jamais sous l'ombre d'un courant à sens unique.

En évoquant le "sens unique", on n'encourage pas l'idée de ne pas aller vers le même sens. Au contraire, un peuple conscient sait où aller mais surtout comment y aller. On doit tolérer et se faire tolérer, si on espère avoir une harmonie sociale, car la différence est inévitable et, Dieu merci, c'est ce qui nous pousse à nous développer.

L'activité humaine, c'est comme un tableau dont le peintre n'est autre que l'Homme, est beaucoup plus remarquable et beaucoup plus belle lorsqu'elle est multicolore. D'ailleurs, c'est de même pour chaque composant de cette activité, la société, et de même pour chaque composant de cette société, l'Homme.

Un homme doit toujours s'épanouir de la multitude des choses autour de lui. Pour qu'il ne stagne pas, et ne se fige pas, il a besoin d'une multitude de choix, de sentiments, d'opinions et de voies à prendre. Il a besoin de couleurs, pour qu'il se fasse décent et convenable pour lui-même ainsi que pour ceux autour de lui, qui, instinctivement, cherchent cette même multitude de couleurs.

La diversité est exigée. C'est, d'ailleurs, ce qui fait de l'Homme un être naturellement sociable, comme l'évoquait Ibn Khaldoun dans sa Muqaddima. On a besoin de ce qu'on n'a pas, et de celui qu'on n'est pas. La diversité fait vivre et, dans ce cas, la monotonie et l'uniformité tuent.

En tant qu'Algériens, nous savons tous que la liberté de cette terre qui nous a donné ce nom a souvent été entravée. Et nous craignons que, jusqu'à ce jour, le peuple ne se soit pas encore fait entendre. Un peuple qui, d'une voix diverse et riche, a tant à dire.

Ne nions pas le fait que l'Algérie connait depuis quelques temps, progressivement, lentement cependant, une relative liberté d'expression - comparé au passé, notons-le bien. Et c'est, d'ailleurs, ce qui perturbe le plus dans les déclarations du monsieur, comme tant d'autres.

Comment peut-on se battre pour quelque chose, puis, grâce à ce combat, dès qu'on se rapproche de notre victoire, on déclare qu'on n'en a plus besoin ? A-t-on besoin de la liberté de penser et de dire, pour ensuite penser et dire qu'elle n'est plus utile ? N'est-ce pas ce qu'on peut qualifier de « rétrogradation » ? C'est aussi ce qui est contradictoire à toute morale et à tout principe, qu'ils soient religieux, culturels, sociaux ou même personnels ; contradictoire à tous les combats qui avaient eu lieu ici, sur notre terre, pour la liberté. Notre liberté.

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