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Tu ne tueras point !

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"Événement sans portée générale qui appartient à la vie quotidienne. Rubrique de presse comportant des informations sans portée générale, relatives à des faits quotidiens". C'est la définition que donne le LAROUSSE de l'expression "fait divers".

Et cette définition s'applique parfaitement à ce qui s'est passé hier à l'aéroport d'Orly où un homme "aurait tenté de dérober une arme à un militaire de Sentinelle puis s'est réfugié dans un commerce de l'aéroport à proximité avant d'être abattu par les forces de sécurité". Pas de blessés, pas de victimes, pas de dégâts...

Devant le flot d'informations contradictoires d'une partie de la presse française quant aux motivations de cet homme, d'abord décrit comme "français" avant d'être taxé de "français d'origine tunisienne", on est en droit de s'interroger sur la riposte, pour le moins disproportionnée, des militaires armés.

Ne pouvaient-ils pas le neutraliser sans l'abattre ? Question qui me parait légitime au vu des circonstances rapportées par les médias.

Surtout qu'on se rappelle des dénonciations, par cette même presse, de l'armée algérienne quant aux "bavures" qu'elle pratiquait dans sa lutte contre le terrorisme.

"Fortement choqués", les trois militaires de l'opération Sentinelle visés ont été pris en charge par les secours, selon des sources policières. Ya Ezzah ! Drôles de soldats d'une France ayant, d'après certaines sources, la 7e armée des plus puissantes au monde.

Il en est de même pour l'"agresseur" armé d'une machette du Musée du Louvre. Grièvement blessé par une patrouille d' "héroïques soldats" armés. Là aussi, envoyés spéciaux sur place, éditions exceptionnelles de journaux télévisés, les radios et sites internet. Idem pour le jeune abattu devant un commissariat de Barbes.

Ces militaires sont-ils formés pour cette mission de service public ? Je n'en suis pas sûr.

La France s'est toujours réclamée comme pays des Droits de l'Homme. Mais dispose-t-elle des moyens et d'une volonté politique pour assurer ces droits ? A t- on le droit de tuer un homme, armé d'un couteau ou d'une machette, qu'il ait prononcé ou non "Allah Akbar" alors qu'on dispose d'une arme plus meurtrière et qu'on est à plusieurs ?

En réalité, la multiplicité de ces faits divers, transformés pour certains, en dangereuse menace terroriste, cache mal les contradictions du gouvernement français. Le Président Hollande, incapable de résoudre les vrais problèmes auxquels se heurtent la majorité des français et en particulier de son électorat (chômage, retraites, logement...) a cru s'en sortir en orientant sa politique sur les problèmes sécuritaires qui sont réels, certes, mais qui, au vu des dernières bavures de certains militaires, montre qu'une politique sans moyens est une politique vouée à l'échec.

Florilège !

Dans un de ses récents rapports, le Haut Comité d'Evaluation de la Condition Militaire (HCECM) a estimé le montant des indemnités pour une mission Sentinelle à "une fourchette comprise entre 1503 euros et 3208 euros nets pour une mission de 45 jours".

De même, le ministère de la Défense évoque également les efforts consentis par l'Etat : "le passage de l'indemnité journalière de 5 à 10 euros" et "le choix de privilégier la patrouille au statique".

Les médias soulignent que "le recrutement de 11.000 hommes, annoncé par le gouvernement en mars 2015, et leur formation, prennent du temps. Les militaires recrutés devraient entrer en service bientôt, ce qui devrait soulager les militaires saturés par le plan Sentinelle".

Me Laurent Liénard, avocat au barreau de Paris et spécialiste de la Défense des membres de forces de l'ordre déclarait en juillet 2015 "qu'il s'agisse de la Police ou de la Gendarmerie, la formation est la honte de notre pays. On donne une arme aux gens sans les former ni les informer, alors que c'est une composante de l'uniforme qui va servir potentiellement à sauver leur vie. On ne met pas du tout les moyens qu'il faut, même en formation initiale".

Et enfin, la presse nous rapporte que "Routine, sentiment d'inutilité, manque de reconnaissance, défaut d'entraînement : le plan Sentinelle a changé la vie des militaires. Nombre d'entre eux sont lassés d'un métier qui ne ressemble pas à ce dont ils avaient rêvé. Certains ont même claqué la porte de la grande muette".

C'est donc ce contexte de manque de moyens et d'incohérence dans les choix qui sont faits pour "assurer la sécurité de tous" que ces dépassements de certains militaires sont pratiqués.

Des professionnels entrainés, bien formés auraient pu neutraliser leurs agresseurs sans les tuer à bout portant. Surtout, qu'après le brouhaha fait autour de ces événements, cette même presse, si avide de sensationnel, rapporte rarement les suites des enquêtes qui ont mis en évidence des actes isolés d'individus tout aussi isolés en proie à une existence dénuée de sens.

Tu ne tueras point - Deutéronome 5:17- rappelle la Bible. "لَكُمْ دِينُكُمْ وَلِيَ دِينِ" rappelle le Coran dans la sourate 109 ! Mais cela est une autre histoire !

Hada Makane !

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