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Partir ou rester: that is the question

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"Au lieu de mettre en place une politique illusoire de retour des cadres algériens expatriés, il vaudrait mieux construire une politique de non départ pour ceux qui ont choisi de rester dans le pays". C'est spontanément, au cours d'un dîner, qu'un ami m'a fait cette réflexion suite au récent mouvement de grève des médecins, pharmaciens et dentistes résidents. Mouvement violemment et injustement réprimé par la police.

On peut toujours discuter point par point sur les revendications des grévistes relatives au service civil qui leur est imposé et les conditions de son application. Certains ont vite fait le raccourci en réduisant ces revendications à une réclamation de suppression pure et simple de ce service civil.

En fait, en parcourant les communiqués de la corporation, les revendications légitimes des médecins et résidents sont multiples et touchent principalement aux conditions de travail dans les hôpitaux où ils sont affectés, plus qu'à la suppression du service civil.

Nombre de ces médecins sont affectés dans des hôpitaux de l'intérieur du pays, en particulier sur les hauts-Plateaux et le grand Sud, où les conditions d'exercice, aussi bien sur le plan social que technique sont catastrophiques : absence de logement, absence d'équipements de médecine, manque de considération, insécurité, criminalisation de l'acte médical, etc.

La violente répression qui s'est abattue sur les grévistes est une réponse d'un pouvoir aux abois. Le ras le bol de la profession ne concerne pas que la réforme du service civil. Et le problème ne date pas d'aujourd'hui ! Nombre de médecins algériens ont choisi de s'expatrier dans des pays étrangers pour pouvoir exercer dans des conditions décentes leur profession et surtout se perfectionner.

Le constat dressé par Conseil national de l'ordre des médecins français (CNOM) en octobre 2017 est sans appel : au 1er janvier 2017, la France comptait 26 805 médecins titulaires d'un diplôme obtenu à l'étranger, parmi lesquels 22 619 exerçaient de façon régulière, soit 11,8 % du total des médecins en activité régulière, en hausse de 7,8 points par rapport à 2007.

Selon le CNOM, et pour cette même période, l'effectif des algériens ayant obtenu leur diplôme en Algérie serait proche des 4 812 médecins exerçant leur activité en France, et aurait enregistré une augmentation de 56 % en dix ans !

Effarant quand on connaît l'extraordinaire parcours du combattant de ces médecins pour se voir reconnaître leur diplôme et pouvoir exercer leur activité en France. La majorité de ces médecins est affectée dans les "déserts médicaux" comme salariés avec une rémunération souvent moindre que leurs collègues français alors que leurs compétences sont reconnues.

Dans une autre étude datant de 2014, le CNOM estime à plus de 10.000 le nombre médecins algériens exerçant en France, soit près de 25 % du nombre total de médecins étrangers. Parmi ces algériens "nés en Algérie", 27,7 % sont diplômés en Algérie, 71,7 % sont diplômés en France et 0,6 % sont diplômés ailleurs que ces deux pays. Énorme !

On se souvient tous, en septembre dernier, de ces images désolantes des étudiants algériens massés devant le CCF d'Alger pour prendre un rendez-vous en vue de passer le Test de connaissance du français (TCF), examen nécessaire pour les démarches de demande de visas d'études.

Une gifle pour le pouvoir qui continue, via Ould Abbes et d'autres sbires, à faire l'éloge du bilan des années Bouteflika qui semble préparer l'opinion à un éventuel 5e mandat ! Pas un mot sur le pouvoir d'achat de l'algérien qui s'effrite à grande vitesse, ni sur l'état catastrophique de l'Université, celui de la santé ou l'agriculture sans parler des autres secteurs à l'agonie ou de l'expatriation des cadres.

Cette "fuite des cerveaux" algériens n'est pas limitée au seul secteur de la santé. Elle concerne quasiment toutes les professions: ingénieurs, vétérinaires, journalistes, professeurs, informaticiens.... Pour les professions dites réglementées en France, comme celles des vétérinaires et architectes par exemple, les taux d'échec aux procédures de régularisation ne sont pas négligeables. Ceux qui réussissent à faire reconnaître leurs compétences après une procédure éreintante finissent par avoir gain de cause et beaucoup d'entre eux continuent de vouloir mettre leurs compétences "au service du pays" mais sont très souvent ignorés.

On connaît l'issue de la création de l'éphémère Secrétariat chargé de la Communauté nationale à l'étranger et sa disparition en septembre 2011 sous l'ex-Premier ministre SELLAL. On ne retiendra de l'ex Secrétaire d'État à cette Communauté nationale que ses déclarations relatives à la faiblesse des transferts de devises par les algériens expatriés oubliant de souligner le manque de performance des banques algériennes et surtout la forte distorsion entre l' "économie officielle" et celle issue du "marché informel".

Aussi longtemps que le gouvernement algérien refuse d'investir dans le capital humain, concentrant toute son énergie sur l'évolution de la rente énergétique, l'Algérie ne sortira pas du véritable pétrin dans lequel elle se trouve. Les réserves de change du pays, qui ont fortement chuté en 2016 et 2017, continuent d'être une bouée de sauvetage d'un système sclérosé. Mais " Tout a un début, une existence, une fin". Ce n'est qu'une question de temps !

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