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Youcef Elmeddah Headshot

"Onetoutriste" ou El hamdou Li Allah

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peuple

Paris. Ramadhan. Juillet 2016. 32°C. Mais ciel orageux. Djamel, un algérien "fier de l'être". Un "Onetoutriste" de la première heure. Il ne cesse pas de le proclamer haut et fort. Partout. Mais surtout sur les réseaux sociaux. Même s'il est plus triste que Onetwo !

Djamel est à Barbes, quartier des "zarabes". Pour se rappeler l'ambiance d'Alger : ses odeurs, ses gâteaux, ses "friks" vendus à même le sol, el maadnouss, el matlôur, khobz eddar, Hamoud Boualem, les jus chimiques fluo vendus dans des sacs plastiques étanches.... Bref... Djamel aime ça. Alger lui manque. La chaleur ? Les voleurs à la tire ? Ces bus bondés ? La saleté ? La cherté de la vie ? L'insécurié ? Les embouteillages ? Non ! Non ! C'est rien ça. Du moins pendant cette période. Djamel est venu humer "Rihte elblad" à Barbes. Et oublier son chômage. Ce chômage qui le ronge et dont il ne voit pas la fin.

Ce n'est quand même pas pareil d'être au chômage en Algérie et ici !

Djamel était prof de maths à Khenchela. Dans un collège livré à lui-même. Il aimait son métier qu'il a choisi par passion. Issu d'une famille modeste, il exerçait son métier avec un professionnalisme rare de nos jours. Jusqu'au jour où, las de voir sa profession dévalorisée, des élèves démotivés, un environnement familial de moins en moins supportable, il a décidé de "tenter sa chance". Ailleurs !

Et hop ! Bonjour la France ! Au revoir l'Algérie. En ayant en tête la chanson de Mazouni. A lui Barbes et ses rues. Les TGV qui arrivent à l'heure. La politesse. La rigueur au travail. Les centimes d'euros qui valent encore. Les beaux parcs. L'ombre. L'Ombre ya Bou galb ! Les marchands de journaux. Les Librairies et bibliothèques, les musées, les centres culturels de presque tous les pays du monde....

Nonnnnnnnnnnn ! Pas Pigalle ! Djamel est croyant. Un bon musulman. Et Pigalle... c'est Hram et sale à la fois. C'est un lieu de débauche où l'insécurité règne de nuit comme de jour. D'ailleurs il s'est toujours interrogé sur la proximité du plus grand quartier arabe de Paris avec ce lieu de débauche qu'est Pigalle. Cela le met mal à l'aise. Imaginons qu'il s'aventure dans ce quartier chaud, seul et qu'il soit aperçu par wlad elblad. Qu'on dira t-on ? Car personne ne connait ce que vit Djamel à Paris. Ni la famille ni les amis à qui il ne donne plus de nouvelles depuis longtemps. Car quoi leur dire ? Qu'il a quitté son poste, sa "situation" pour se retrouver là au chômage ? Hchouma quand même.

Quand on parle du loup....... Voilà que Djamel croise Hamid, un lointain cousin, juste devant la boulangerie de Nouri Kouffi, le grand chanteur de Hawzi que l'on peut entendre dans toutes les fêtes de mariages chez nous. Lui aussi a préféré se reconvertir dans le Kalb Ellouz plutôt que de chanter et d'éditer des disques vendus à 1 Euro pièce à Alger.
- Saha khouya Djamel. Quelle surprise. Walah que t'as pas changé. Je t'ai reconnu du premier coup. Ca va ?

- Ou ça va Hamid. Je suis en France depuis 4 ans. Et pour tout te dire je commence à en avoir marre des petits boulots. Je ne pensais pas que c'était si dur de trouver un travail. Pourtant j'ai postulé pour presque tout et n'importe quoi.

- Oui je te comprends. T'es pas le seul rassure toi.... Mais tu vis de quoi là si ce n'est pas indiscret

- Je te l'ai dis. Des petits boulots. Je donne des cours de maths à domicile quand c'est possible. Je suis dans des associations où de temps en temps on me rémunère pour mes petites contributions. Le pire c'est que j'aide aussi des gens à rédiger leurs lettres de motivations et leur CV.

- Je vois ... je vois... Je suis passé par là moi aussi. Mais garde confiance en toi Djamel. Je suis sûr que tu finiras par te stabiliser. Chwiya esbar et beaucoup de volonté et d'énergie et tu finiras par t'en sortir. Ne perds surtout pas confiance en toi. Tu as fait ce choix de venir ici. Tu ne dois pas le regretter. Si je peux faire quelque chose pour toi, dis le moi. Ce sera avec un réel plaisir. Ma ihasse lel djemra ghir elli yaafasse aliha !

- Merci khouya Hamid. Non je ne me décourage pas. Juste que la famille me manque un peu et les amis du bled aussi. Et j'ai du mal à les appeler sans pouvoir répondre à LA QUESTION qui tue : "Alors ? Tu bosses ou non ?".

- Oui et c'est normal qu'on se soucie de toi. Il ne faut pas le prendre mal. Et je comprends que tu puisses garder ce silence. Je comprends ta peine mais ce n'est que passager Inchallah. J'ai lu dans la presse et j'ai vu beaucoup de reportages à la télé sur les effets dramatiques du chômage en France. Et les derniers attentats en Europe ne facilitent pas l'insertion des étrangers ni en France ni ailleurs. Beaucoup de SDF ont connu leur descente aux enfers soit après un divorce, sois après un chômage. Tu te rends compte ? Des femmes ou des hommes qui quittent leur conjoint parce qu'il a été licencié et qu'il n'arrive plus à trouver du boulot. C'est inhumain ! Innommable ! El hamdou Li Allah.. On n'a pas ça chez nous....

- Oui .. et c'est cela qui me fait peur justement

- Mais non Djamel.... Il ne faut pas que tu aies peur wallah. C'est passager. T'as beaucoup de capacités. Je te connais. Je suis sûr que tu t'en sortiras. Ne te décourage pas et continue de chercher. Après la pluie, le beau temps non ? Et ne te fais pas de soucis par rapport à la famille et les amis. Ils ne comprendront jamais les difficultés que l'on peut vivre fel ghorba tant qu'ils n'ont pas vu. Alors pardonne- leur.

- Bien sûr que je pardonne. Mais avec le recul, je me dis ai-je fait le bon choix d'avoir quitté l'Algérie en me retrouvant dans une telle galère. C'est vrai que la situation à Khenchela s'est beaucoup dégradée. Les élèves ne suivaient plus. Mon salaire était un salaire de subsistance. Les multiples réformes du Lycée ont fini par me faire perdre toute motivation. Je n'avais quasiment aucune chance de me voir un jour logé et d'avoir au moins une voiture si je compte sur mon seul salaire. Même les cours privés ne me permettraient pas d'arrondir mes fins de mois. Et j'ai du mal à comprendre comment font ceux qui nous narguent avec leurs 4x4, leurs villas à quatre étages alors qu'ils n'ont aucun niveau d'instruction. D'où tirent-ils leur argent ?

- Je te comprends. Pauvre dans un pays riche est frustrant.

- Et ce pouvoir aveugle qui navigue à vue les yeux rivés sur les cours du pétrole. Cette paupérisation de la classe moyenne. Cette absence d'opposition politique avec de vrais projets concrets, lisibles et réalistes. Cette jeunesse qui vit au jour le jour. Et ces inégalités sociales. Cette fausse démocratie qui se limite à laisser les gens s'exprimer mais sans perspective de sortie de leur léthargie...

- Tu sais quoi Djamel ? Chaque fois que je vois quelque chose qui marche en France, je me dis pourquoi pas chez nous ? Sommes nous si médiocres que ça ?

- إِنَّ اللَّهَ لا يُغَيِّرُ مَا بِقَوْمٍ حَتَّى يُغَيِّرُوا مَا بِأَنْفُسِهِ - "En vérité, Allah ne modifie point l'état d'un peuple, tant qu'ils modifient pas ce qui est en eux-mêmes".

- Et toi Hamid ? Ca va apparemment ! Tu sembles en pleine forme. Je suis content pour toi wallah que tu aies enfin réussi à te stabiliser ! Tu fais quoi comme boulot au juste ?

- Moi ? Chômeur mais El hamdou Lillah

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