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L'enseignement supérieur à bout de souffle

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Men dhak ou itihou 3lina des infos sorties de nulle part...partagées par beaucoup, sans un minimum de vérification de la crédibilité de la source.

Une des dernières "affaire" est celle du "licenciement" des deux enseignants de l'ENSA.

Pétitions, manifs devant le ministère de l'ES, solidarités réelles et virtuelles ou ga3 ou ga3... et surtout des commentaires hors sujet, dont certains émanent de personnalités connus pour leur rigueur journalistique. Goulnaha déjà ! L'Algérien fonctionne beaucoup à l'émotion ! Dès qu'on perçoit la moindre injustice, on a tendance a réagir avec nos cœurs d'abord, ensuite avec notre intellect.

Seuls quelques anciens de l'administration ont essayé de calmer le jeu en rappelant les règles qui président au licenciement dans la fonction publique algérienne. Machi ghir Erwah ou licencié ! Il y a des procédures claires nettes et précises du moins dans les textes. On pourra toujours après gloser sur leur application.


Après ce "chahut d'adultes", le directeur actuel de l'ENSA s'est déplacé au journal El Watan avec "un gros dossier" pour réfuter l'argumentation des professeurs licenciés. "C'est faux. Ils ne sont pas encore licenciés. Ils ont reçu la notification du PV de la commission disciplinaire. Ils ont un mois pour faire recours". Yeeeeeeeeh...

Mais alors ? Qui croire ? Comment se mobiliser sur un seul son de cloche ? Honnêtement il me parait hasardeux, dans ce genre de situation, de prendre position pour l'une ou l'autre des parties sans avoir un minimum d'informations crédibles sur le fond du dossier.

Dans le même temps, en déplacement à Tizi-Ouzou, le ministre de l'enseignement supérieur reconnaît l'échec du système LMD (Licence-Master-Doctorat), après avoir essayé de le réformer il y a quelques temps. De même qu'il a rappelé que "son département a commandé un logiciel anti-plagiat pour mettre terme à cette triche qui se généralise malheureusement".

Ces deux informations ont été déjà largement commentées dans cet espace.

Pour rappel, cette déclaration de Abdelmalek Sellal de février 2015, et 11 ans après son instauration, "le système LMD a démontré ses limites et ne favorise pas les étudiants lors de leur entrée sur le marché du travail".

De même que nous avons fait état de notre surprise sur le flou total relatif au Système LMD mis en place de façon peut- être un peu naïve au Maroc, en Tunisie ou en Algérie. Pour plusieurs raisons :

- Le Système LMD n'a de sens que s'il existe de vraies passerelles entre les formations d'une même université et encore plus d'une université à une autre ; ce qui est loin d'être le cas (cf. pour l'Algérie l'arrêté N° 137 du 20 juin 2009 qui reste muet sur les modalités de ce transfert, de même que les arrêtés marocain et tunisien relatifs à la mise en place du système LMD).

- Le système des ECTS (European Credit Transfert System) comme son nom l'indique est UN SYSTÈME EUROPEEN de transfert de crédits pour des étudiants européens d'abord ! D'autres pays ont des systèmes de transferts de crédits qui leur sont propres (USA, Canada, Argentine....)

- Ayant constaté les limites du système ECTS, l'Europe a décidé de lui adjoindre récemment un autre système : celui des ECVET (système européen de transfert de crédits pour l'enseignement et la formation professionnels), système basé sur des « unités » de connaissances, aptitudes et compétences et non sur des acquis purement académiques.

- Le fait que ces trois pays aient conservé cette appellation ECTS ne leur confère aucun droit de transfert des crédits pour leurs étudiants voulant continuer leur cursus en Europe.

- En absence de conventions bilatérales entre la France et les pays du Maghreb, tout étudiant d'un de ces trois pays pourrait passer par le centre ENIC-NARIC France qui est habilité à « apprécier » le cursus universitaire d'un candidat en lui délivrant une « attestation de comparabilité » entre les programmes de son université et ceux de l'université d'accueil qui reste SEULE MAITRE A BORD pour la reconnaissance ou non de tout ou partie de ce cursus. Et pour cela ENIC-NARIC France utilise, pour évaluer les diplômes étrangers, une grille d'analyse qui applique les principes des textes internationaux qui guident la reconnaissance des diplômes en Europe. Et dans cette grille d'analyse il y a un critère très important qui est la certification de l'Université concernée.

Lorsque le ministre déclare que "L'Algérie forme annuellement une moyenne de 200.000 master. Au bout de 10 ans nous allons nous retrouver avec 5 millions de master sur le marché de l'emploi national, que la fonction publique, ne pourra pas absorber". Il reconnait implicitement que le dispositif du LMD a été mis en place non pas pour favoriser les transferts d'étudiants d'une filière à l'autre ou d'une université à l'autre, mais pour gérer les flux, notamment sur le marché de l'emploi.

Sauf qu'avec la "semestrialisation" des cursus induite par le LMD, il faut disposer d'une parfaite organisation des enseignements, des stages et surtout posséder des moyens logistiques importants. Et l'université algérienne souffre terriblement de ces deux manques. Et rappeler que l'esprit du système LMD tel qu'il a été imaginé par ses concepteurs n'a jamais été de favoriser l'emploi. De ce fait je ne vois pas le rapport entre le dispositif LMD et le marché de l'emploi qui lui, est régi par d'autres critères dont le principal reste la compétence réelle des étudiants acquise à l'issue de leur cursus universitaire.

Autrement dit, cette tendance de nos pays à "copier" des systèmes européens dans un contexte non adapté ne peut qu'aboutir à des incohérences et des contradictions que payent aujourd'hui nos étudiants.


L'enseignement supérieur souffre, comme pour les autres secteurs, de l'incapacité des responsables à mettre en place une politique propre au pays qui tient compte de la réalité sociale, économique et culturelle qui est la notre. Miné par des conflits personnels dans les équipes pédagogiques, utilisant une infrastructure qui mérite d'être modernisée et ne pouvant absorber les flux d'étudiants issus d'un Bac où pourtant les taux de réussite sont parmi les plus faibles au monde, l'enseignement supérieur est à bout de souffle !

Il faudra un sacré courage politique pour réformer le système. Du courage politique et de la crédibilité. Ce que n'ont pas les responsables actuels de ce département hélas, qui, comme les autres, sont obsédés par la « paix civile » ! Mais il y a un temps pour tout !

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