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Le fabuleux destin de "Saroo"

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MUSLIM BAN
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Il s'appelle Saroo Brierley. D'origine indienne, il a publié en 2013 "A long way home", un livre traduit et publié en France,en 2014, sous le titre "Je voulais retrouver ma mère" chez City, et devenu très vite un best-seller. Dans ce livre, Saroo raconte son incroyable histoire vraie d'enfant perdu dans l'Inde profonde. Recueilli et adopté par une riche famille australienne, il n'avait, à l'âge adulte, qu'une seule obsession : retrouver son village, sa mère et ses frères et sœurs ainsi que sa maison.

Cette incroyable histoire a débuté en 1986. Saroo était issu d'une famille très pauvre dans un petit village du centre de l'Inde : Ganesh Talai, une ville séparée, de sa partie hindou à sa partie musulmane, par une simple voie ferrée, qui sera salutaire dans le récit de Saroo. Sa mère Kamla était une hindoue abandonnée par son mari avec ses trois enfants : Guddu, l'aîné , Kallu, Saroo et la petite Shekila.

Pour subvenir aux besoins de la famille, Kamla travaillait durement dans des chantiers de bâtiments. Ses enfants, non scolarisés l'aidaient en faisant à leur tour des petits boulots, en mendiant ou, parfois en procédant à de petits vols. La famille vivait dans une petite maison réduite à une seule pièce sans électricité. Il arrivait même que la mère laissa ses enfants seuls pendant plusieurs jours, Guddu veillant sur son petit frère Saroo qui lui même s'occupait de sa petite sœur Shekila.

Nous sommes en 1986 . Saroo, âgé alors de 5 ans, en accompagnant son frère Guddu à un travail de nuit, a perdu la trace de celui-ci dans un village perdu de l'Inde, Burhānpur, situé à près de 70 km au sud de Ganesh Talai !

S'ennuyant de l'attente de son frère parti en prospection, Saroo monta dans un train, épuisé, puis s'endormit. A son réveil, il se retrouva à Calcutta à plus de 1500 km de chez lui ! Ne parlant pas la langue locale - le bengali - et ne maîtrisant ni le nom de son village natal Ganesh Talai, qu'il prononce maladroitement par "Ginestlay ", ni son propre prénom qu'il prononce " Saroo" » au lieu de "Sheru", il aura beaucoup de mal à se faire comprendre par les rares passants qui s'inquiétaient sur son sort d'enfant perdu.

Après avoir erré pendant des mois à Calcutta, non pas comme un SDF, mais sans domicile tout court, vivant des restes des restaurants, faisant les poubelles, en proie aux réseaux pédophiles, aux trafiquants d'organes, aux esclavagistes de tout bord, il a eu la chance de rencontrer un jeune homme qui la conduit au poste de police où un avis de recherche a été diffusé pour retrouver sa famille. En vain, car la police ne disposait que d'informations partielles insuffisantes pour retrouver sa famille à 1500 km de Calcutta, ce d'autant que Saroo prononce mal et son nom et celui de son village.

Les recherches, qui ont duré près de deux moins, étant infructueuses, Saroo est alors déclaré "enfant perdu" et confié à un sinistre orphelinat de Calcutta.

C'est dans cet orphelinat qu'a été repéré Saroo par une ONG de parrainage et d'adoption et la proposé à un richissime couple d'australiens vivant en Tasmanie qui rêvait d'adopter cet enfant avec son profil de "peau brune". Non pas que le couple ne pouvait pas avoir d'enfants, mais mari et femme faisaient de cette adoption une démonstration de solidarité avec les enfants qui souffrent dans le monde.

Arrivé en Tasmanie, Saroo ne parlait pas un mot d'anglais, et le couple pas un mot d'hindi. La communication avec ses parents adoptifs est restée longtemps gestuelle jusqu'à la scolarisation de l'enfant.

Saroo découvre alors un autre monde : celui du confort, de l'aisance matérielle, des jeux, de l'instruction et celui d'internet. Il s'est fait des amis, grandit dans une atmosphère familiale très chaleureuse et réussit brillamment dans ses études.

Mais un jour, en quête d'identité, l'envie de retrouver son village natal et sa famille le saisit brutalement. Comme s'il culpabilisait de vivre dans le luxe en ayant laissé sa mère et ses frères et sœurs dans le désarroi. Des souvenirs d'enfant hantent sa mémoire. Il commença alors une recherche effrénée de son village en s'aidant de Google Earth et des réseaux sociaux.

Des nuits entières à faire des recherches en mobilisant chaque souvenir enregistré dans sa mémoire : une rivière, une voie ferrée, un pont, une citerne... Il passa de longues heures à explorer les images satellites du centre de l'inde, à estimer les temps de trajet entre les villes, à repérer tous les indices qui pouvaient lui être utiles.

Cette recherche est devenue obsessionnelle ! Il s'est inscrit à des groupes Facebook dont "Khandwa" une ville située à moins de deux km de Ganesh Talai, à qui il posa de nombreuses questions aux membres pour leur demander d'abord le "nom de la ville située en haut à droite de "« Khandwa", puis des précisions sur certains détails dont il ne se souvenait plus. Des réponses lui ont été apportées au fur et à mesure qu'il progressait dans ses recherches.

Et le miracle a fini par se produire après 5 ans de recherche : Saroo a fini par retrouver Burhānpur, puis, en suivant la voie ferrée sur Google Earth, et en zoomant a fini par retrouver des infrastructures ancrées dans sa mémoire. Nous sommes alors en mars 2011, et Saroo a 30 ans !

Il décida alors, en février 2012, d'aller sur place où, armé de sa seule photo d'enfant de 5 ans et des prénoms de sa mère et ses frères et sœurs, il a, non sans peine, réussi, grâce à l'aide des villageois, de retrouver sa famille. Il apprend alors la mort de son frère Guddu. Mais les retrouvailles avec sa mère, qui l'aurait reconnu tout de suite, sont émouvantes.

Le Livre autobiographique de Saroo Brierley "A long way home" a eu un tel succès, qu'il a été adapté à l'écran par Garth Davis dans le film LION sorti en salle en février dernier est toujours à l'écran dans de nombreuses villes françaises. Le film a été nommé aux Oscars notamment dans la catégorie meilleur film, meilleur acteur dans un second rôle pour Dev Patel (Saroo), meilleure actrice dans un second rôle pour Nicole Kidman (mère adoptive), meilleur scénario pour Luke Davis...

Notons au passage que Google Earth n'a pas raté cette occasion pour se faire une publicité planétaire sur son application. Mais au-delà des ces considérations, largement commentées par la presse, cette histoire bouleversante en a ému plus d'un. Il suffit de voir la mine des cinéphiles à la sortie du film. Rares sont ceux qui ont pu retenir leurs larmes.

muslim ban

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