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La vie amoureuse de Fernando Pessoa

Publication: Mis à jour:
PESSOA
Lors du centenaire de sa naissance, 1988, la banque centrale portugaise lui a rendu hommage | Wikimedia Commons
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Fernando Pessoa, cet écrivain poète portugais qui écrivit:

"Nous avons tous deux vies: La vraie, celle que nous avons rêvée dans notre enfance, et que nous continuons à rêver, adultes, sur un fond de brouillard. La fausse, celle que nous vivons dans nos rapports avec les autres, qui est la pratique, l'utile, celle où l'on finit par nous mettre au cercueil."


Il avait, comme Mozart, une vie amoureuse pour le moins tumultueuse.

La seule femme connue dans sa vie s'appelle Ophélia dont on a publié 48 lettres qui lui ont été adressées par Pessoa entre 1920 et 1929. Relation trouble entre un homme et une femme qu'il a rencontrée dans l'entreprise de son cousin où elle a été embauchée comme secrétaire et où lui-même travaillait comme traducteur. Elle avait 19 ans et lui 32 ans.

Relation trouble. Ils sont ensemble, pas ensemble. Ils s'aiment. Se détestent. Partagent quelques plaisirs puis rompent. Puis reviennent ensemble. Une vie si tumultueuse qu'elle a fait l'objet d'une analyse psychanalytique par un certain José Martinho.

pessoa

Et à la lecture de ces lettres, on est déconcerté par leur banalité qui tranche avec son style d'écrivain.

Pessoa qui écrit:

"La liberté, c'est la possibilité de s'isoler. Tu es libre si tu peux t'éloigner des hommes sans que t'obliges à les rechercher le besoin d'argent, ou l'instinct grégaire, l'amour, la gloire ou la curiosité, toutes choses qui ne peuvent trouver d'aliment dans la solitude ou le silence. S'il t'est impossible de vivre seul, c'est que tu es né esclave. Tu peux bien posséder toutes les grandeurs de l'âme ou de l'esprit: Tu es un esclave noble, ou un valet intelligent, mais tu n'es pas libre".


Il adressait des lettres à Ophélia qui n'ont rien à envier aux "courriers du cœur" de nos magazines. Un langage des plus simples. Par exemple ce courrier qui date du 1er mars 1920:

"Petite Ophélia,
Pour me monter votre mépris ou, du moins, votre indifférence réelle, ni l'apparence transparente d'un discours si long ni la série de 'raisons' aussi peu sincères que convaincantes que vous m'avez adressée n'étaient nécessaires. Il suffisait de me le dire. Comme cela, je le comprends tout aussi bien, à ceci près que cela me fait encore plus mal.
Si vous me préférez le jeune homme que vous fréquentez et que vous aimez beaucoup certainement, comment pourrai je le prendre mal? La petite Ophélia peut préférer qui elle voudra: Elle n'est ni obligée -je le crois vraiment- de m'aimer ni d'avoir besoin (à moins qu'elle ne veuille s'amuser - de feindre de m'aimer.
Qui aime vraiment n'écrit pas des lettres qui ressemblent à des requêtes judiciaires. L'amour n'analyse pas autant les causes et ne traite pas les gens comme des accusés qu'il est nécessaire de 'charger'.
Pourquoi n'êtes vous pas franche avec moi? Quelle nécessité éprouvez-vous de faire souffrir quelqu'un qui ne vous a rien fait de mal -ni à vous ni à personne d'autre- qui porte comme poids et comme douleur suffisants sa propre vie esseulée et triste et qui n'a aucun besoin de la voir alourdir en lui créant de faux espoirs, en lui manifestant des affections feintes, et cela sans que l'on puisse en voir l'intérêt, ne fût-ce que pour s'amuser ou le profit, ne fût-ce que pour se moquer.
Je reconnais que tout cela est comique et que la partie la plus comique de tout cela, c'est moi.
Moi-même je trouverai cela drôle si je ne vous aimais pas autant et si j'avais du temps pour penser à autre chose qu'à la souffrance que vous vous plaisez à provoquer chez moi sans que moi, sinon parce que je vous aime, je l'aie méritée et, je le vois bien, le fait de vous aimer n'est pas une question suffisante pour le mériter. Enfin..."


Dans sa note, le traducteur de ces lettres de Pessoa écrivit:

"À travers des propos banals, des manifestations d'affection ou d'exaspération envers Ophélia, le poète affirme progressivement son choix de la solitude et de sa soumission à la fois douloureuse et irréversible à la littérature selon des lois qui le dépassent et qui nous dépassent".

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