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Cruauté sans frontières !

Publication: Mis à jour:
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Youcef Elmeddah pour le HuffPost Algérie
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L'image est belle, apaisante. De jeunes taurillons charolais dans un pré. Curieux. Heureux. Bien portants. Et pourtant... Ce qui pourrait les attendre à leur abattage tranche radicalement avec cette image.

On se souvient tous de ces images atroces de la cruauté des abattages dans CERTAINS abattoirs français dévoilées par l'association de défense des droits animaux L214, qui ont fait le tour du monde et provoqué un vrai scandale très médiatisé. Je vous épargnerai des photos des conditions d'abattage. Il suffit d'aller sur Youtube et saisir par exemple "abattage des bovins" pour se rendre compte des incroyables dérives de certains abattoirs quant à la maltraitance des animaux que ce soit en France ou ailleurs dans le monde. Les âmes sensibles doivent s'abstenir de visionner ces atrocités.

J'avais prévu de parler des conditions de travail du personnel des abattoirs et du traitement des animaux depuis leur arrivée à l'abattoir jusqu'à leur transformation en carcasse et des problèmes posés à chacune de ces étapes : réception des animaux et inspection ante mortem, étourdissement et saignée, coupe des pattes et dépouille, éviscération et démédullation - destruction de la moelle épinière- , fente en demi et inspection post mortem.

Mais je n'ai pas pu trouver adéquats pour décrire ces différentes étapes.

Il faut juste avoir à l'esprit qu'en France, comme dans la plupart des pays européens, il existe deux sortes d'abattage :

- l'abattage conventionnel avec étourdissement de l'animal avant égorgement,
- l'abattage rituel, permis par les directives européennes et la réglementation française pour les juifs (abattage Casher) et les musulmans (abattage Hallal) sans étourdissement préalable de l'animal.

Dans les deux cas, l'animal doit être absolument immobilisé que ce soit pour l'étourdissement ou l'égorgement.

Pour l'abattage conventionnel, l'étourdissement des animaux se fait soit :

- avec des pistolets constitués d'une tige métallique ou par des cartouches qui ne provoquent pas la mort de l'animal mais entraînent des lésions graves et irréversibles au cerveau,

- électriquement - surtout pour les porcs, la volaille et la presque totalité des ovins et caprins.

- par gazage au CO2 pour les porcs et la volaille, pratiqué, compte tenu de son coût, essentiellement dans les abattoirs qui traitent de gros tonnages.

Pour des raisons liées au "bien-être" animal, la saignée doit être effectuée aussitôt que possible car l'animal est susceptible de reprendre conscience : une vingtaine de secondes pour les porcs, une petite minute pour les ovins et trois minutes environ pour les bovins. En théorie...

Pour l'abattage rituel, le rite Hallal est pratiqué de façons très différentes d'un pays à l'autre. Au Royaume Uni par exemple, près de 90 % des animaux tués selon ce rite seraient assommés au préalable. En France, cet abattage bénéficie d'une dérogation ne rendant pas obligatoire de procéder à un étourdissement avant la saignée.

Il en est de même pour l'abattage juif.

Dans les deux cas, ces dérogations ont fait l'objet d'une grande polémique sur laquelle je ne m'attarderai pas. Et dans les deux cas, cet abattage rituel doit être réalisé dans des abattoirs "agréés". Le personnel dédié est cet abattage est sensé avoir une double obligation :

- un agrément par les autorités religieuses respectives : le Grand Rabbinat de France pour le culte juif et les Mosquées de Paris, Lyon et Évry pour le culte musulman,

- une formation obligatoire aux gestes professionnels liés à l'acte de tuerie, mais aussi au bien-être animal à toutes les étapes de sa manipulation.

Les autorités religieuses des deux cultes insistent sur le respect de l'animal et son "bien-être" : il doit être transporté confortablement, bénéficier d'un repos avant l'abattage, ne doit jamais être tué à la vue d'un autre et le couteau doit être soustrait à son regard avant son sacrifice. En théorie...


L'ouvrier d'abattoir répondant à ces deux critères bénéficie alors d'une "carte professionnelle" lui permettant d'assurer son métier en conformité avec la réglementation. En théorie..

Si les autorités juives sont intransigeantes quant aux conditions d'abattage Casher et interdisent tout étourdissement de l'animal avant ou après saignée et par quelque procédé que ce soit, les autorités musulmanes, à l'échelle mondiale, seraient pour le moins assez partagées sur leur position quant à l'étourdissement des animaux. Seules la "Chahaha" et l'orientation de l'animal vers la Mecque - grâce à des tambours rotatifs- , avant sa saignée semblent faire consensus.

Par exemple, En Nouvelle Zélande, les autorités musulmanes ont validé l'abattage rituel par saignée des ovins qui est précédé d'un étourdissement réversible par électronarcose à condition que cet abattage soit réalisé par un musulman qualifié et agréé.

La pratique d' un étourdissement post-jugulation permettant aux animaux d'être inconscients quelques secondes après la saignée est également tolérée dans certains abattoirs pratiquant le rite Hallal.

L'Organisation de la coopération islamique, qui regroupe une soixantaine de pays, s'efforce d'harmoniser les pratiques rituelles en matière d'abattage, mais non sans difficultés.
Mais dans les deux cultes, l'accent est mis sur l'importance de la qualité des outils utilisés en particulier pour la saignée. En théorie...

Les cadences de travail dans les abattoirs sont infernales en particulier dans les grands établissements. C'est une des industries la moins mécanisée exposant les ouvriers comme les techniciens et les vétérinaires au froid, à l'humidité, aux bruits infernaux, aux cris des animaux, à des risques biologiques, traumatiques et mêmes psychologiques. On ne peut mécaniser le vivant imprévisible !

Ainsi les grands abattoirs ont des cadences qui oscillent entre 20 et 70/ h pour les bovins , entre 100 et 350/h pour les ovins et caprins et entre 100 et 800/h pour porcs.

L'industrie de récupération des "sous-produits" d'abattage n'échappe pas à ces cadences. Tout est recyclé et valorisé : cuir, résidus de carcasse pour la fabrication de farines de viandes, d'os, de sang, d'abats... Si la valorisation du sang chez les ruminants est relativement faible, il n'en est pas de même pour le sang porcin où les énormes quantités de sang récupérées sont recyclées principalement en alimentation humaine (fabrication des boudins), mais aussi dans des laboratoires (insuline) , l'alimentation du bétail, la fabrication des cosmétiques et la fabrication d'engrais.

A toutes ces étapes d'abattage, les animaux sont soumis à un incroyable stress. Bien que les législateurs européens comme français aient déployé un extraordinaire arsenal réglementaire visant à assurer le "bien-être" animal et le respect des cultes religieux en matière d'abattage, il n'en demeure pas moins que les cadences infernales imposées par les industriels, les conditions de travail et la manipulation d'êtres vivants conscients et imprévisibles, ne rendent pas la tâche facile.

Et encore moins le manque de consensus quant à l'abattage Halal.

Je ne compte plus le nombre d'articles, de mémoires de thèses consacrées par les médias comme par la communauté scientifique sur les conditions d'abattage des animaux dans les abattoirs : innombrables !

Pour l'Algérie, peu d'études ont été consacrées à la question à ma connaissance. Néanmoins, l'abattoir de Ouargla " des plus importants abattoirs en Algérie dans la production de viandes rouges" a été épinglé dans une publication de Atika BENAISSA qui a constaté des "conditions d'hygiène défectueuses en raison des taux élevés de staphylocoques dénombrés sur les couteaux, les crochets, le personnel, les murs et le sol".

Dans une autre étude, Houari Boumediene (sic) ABDELOUAHEB menée à El-Bayadh, l'auteur estime à 60 % le nombre d'animaux abattus hors de l'abattoir. Il indique que :

- l'étape de la stabulation n'est ni respectée ni connue
- l'inspection ante mortem n'est plus respectée
- la plupart des bouchers abattent des animaux fatigués et stressés
- l'ignorance des bouchers de tout ce qui concerne les règles d'hygiène et les étapes de la filière viande
- et enfin l'ignorance des bouchers de tout ce qui concerne les règles d'hygiène.
Triste mais néanmoins scandaleux constat !

Je ne pense pas que cette question soit une préoccupation pour les 57 partis politiques algériens en lice pour les prochaines élections législatives. Déjà que certains ont du mal à considérer l'Homme, l'animal, bien que protégé et respecté par toutes les religions, ne semble pas être une priorité bien que l'Algérie soit un grand pays.... importateur de viandes.

PS. Lors de mon mémoire d'ingéniorat en agronomie, j'ai été emmené à abattre des taurillons nourris avec un complément de fientes de volailles déshydratées que je ramenais de Sid Bel Abbes. L'abattage s'est effectué à l'abattoir de Ruisseau (Alger) en ma présence. J'ai raconté à ma mère - Allah Yerhamha- dans les menus détails les conditions d'abattage de mes taurillons. Après avoir essuyé une larme, elle s'est fendue d'un "Hasbouna Allâh wa Ni3ma al-Wakîl".

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