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L'entrepreneuriat et la persévérance finissent toujours par payer

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"Blue Sea Land 2016" est une manifestation à laquelle j'ai eu la chance de participer le week-end dernier à Mazara Del Vallo, une petite ville sicilienne de 50.000 habitants.

La première leçon que je tire de cette visite est que l'entrepreneuriat et la persévérance finissent toujours par payer.

Cette manifestation annuelle autour de l'économie bleue initiée par M. Giovanni Tumbioso, président du département de la pêche de la ville, avait timidement démarré il y a 6 ans pour devenir maintenant un événement régional où la Sicile démontre ses capacités et s'ouvre à tous les pays concernés par la méditerranée et les produits de la mer.

yassine brahim

Ceci doit nous inciter à encourager le même type de manifestations, et nos richesses sont multiples, dans certaines de nos villes, qui peuvent profiter de programmes de coopération pour financer les premières années difficiles.

Coté participation tunisienne au "Blue Sea Land 2016", est intervenu le ministre de l'Agriculture et de la Pêche, M. Samir Taieb, qui a parlé de cet espace commun dont il faut préserver la faune rappelant l'évolution positive de la législation tunisienne dans ce sens.

brahim

Je suis intervenu dans une table ronde sur la situation dans les pays en transition et notamment le besoin de s'inscrire dans l'ouverture des espaces dans un monde où certains veulent monter des murs. Une méditerranée où des milliers de personnes risquent leur vie et certains la perdent chaque mois.

La Sicile région du sud de l'Europe où le PIB est inférieur à 75% du PIB européen, bénéficie en conséquence des aides européennes sous forme de dons à hauteur de 180 euros par habitant par an.

La Tunisie, au sud de la Sicile, et ayant un PIB par habitant égal au quart de celui de la Sicile, bénéficie de dons à hauteur de 55 euros par habitant par an de la part de l'Europe. Certes ce montant représente le double de ce qu'il était avant 2011, mais la différence reste considérable...

L'Europe a une occasion formidable pour démontrer sa capacité à adapter son aide et support à la Tunisie lors de la conférence internationale de fin Novembre en augmentant sensiblement son niveau d'aide et surtout en validant le financement de la ligne électrique de 600 MW reliant la Tunisie à la Sicile, par un don d'au moins 50% du coût du projet.

Un tel signal démontrerait une accélération de la volonté de l'Europe de voir la Tunisie réussir sa transition.

Mesdames Nadia Majoul (UTICA) et Houda Sboui (Responsable régionale Sicile au sein d'un syndicat italien et coordinatrice Afek Tounes Sicile) ont fait chacune une brillante intervention sur le "Rôle des femmes dans la logique du dialogue interculturel et de la croissance bleue".

Abdelfettah Mourou a participé à la clôture de la conférence à la Kasbah de Mazara, en compagnie de l'Imam de la région et le représentant de l'église, avec un message de rapprochement et de proximité des cultures et des religions.

Cette visite m'a fait découvrir la communauté tunisienne de Mazara, près de 5000 citoyens. Ma surprise était grande au premier contact avec des jeunes femmes et hommes de 20 ans qui parlent tunisien, avec une "lahja mahdouia" ("un dialecte de la région de Mahdia") étonnamment parfaite, pour comprendre que sur les 5000, les originaires de la région de Mahdia sont majoritaires, Mahdia ville, Salakta, Ksour Essaf, Chebba, Bredaa, Sidi Alouane...

Nous avons pu boire un café au "Nadi", visité "Casa Tunisia" financée par la municipalité de Mazara et écouté les préoccupations de nos concitoyens: Le racket au port et sur les routes quand ils rentrent au pays, la non efficience des services consulaires à Mazara, l'iniquité des services sociaux fournis, etc.

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Les services consulaires doivent aller vers les citoyens en Europe et non l'inverse, le transport étant cher. Une visite mensuelle avec des services fournis dans les villes pourrait répondre aux besoins.

Pour les services sociaux, une collaboration avec la société civile locale qui se préoccupe des immigrés -beaucoup d'associations le font- peut s'avérer bien plus efficace que de la faire soi même avec ses moyens fort limités.

Nous avons promis de les aider en sensibilisant notre nouvel ambassadeur à Rome, M. Moez Sinaoui, sur le sujet et en proposant ces solutions.

Quand au racket d'une minorité qui salit la réputation des porteurs d'uniforme, ceci me révolte depuis au moins 20 ans, c'est un abus de pouvoir et une dégradation de l'image de l'État qui me sont insupportables, en tant que fils de militaire, je le vis comme une honte pour le pays.

Les solutions existent et ne parlons pas de salaires, ils ont été augmentés et peuvent l'être encore plus pour ceux qui le méritent mais, pour moi, la volonté politique d'éradiquer ce grave fléau manque clairement. J'espère que la loi sur la dénonciation va pouvoir donner des résultats et quelques grands exemples seront donnés pour montrer un virage dans le bon sens sur ce sujet.

Pour finir avec une anecdote, j'ai hérité de la maison familiale à Mahdia à 50 mètres de la place Mazara, et j'ai retrouvé le week-end dernier dans la medina de Mazzara le "croisement Mahdia"...

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