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Qu'est ce que mon monde arabe?

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"C'était ici, il y avait tout le monde arabe" me dit ma tante désignant un stade, en se perdant dans les réminiscences d'un concert de Feyrouz. Mes poils s'hérissaient. Tout le monde arabe, toute cette culture, tout ce patrimoine, m'était si proche génétiquement, et pourtant parfois, si lointain, si mythique...

Mais qu'est ce que le monde arabe pour moi, du haut de mes 18 ans, si ce n'est des clichés qui s'amassent, et un nationalisme qui mûrit? Si ce n'est la fureur de déconstruire les clichés tout en participant à les créer?

Quand je clame que les saveurs et mielleuses des pâtisseries, le thé dans la pénombre, les cafés maures, les dalles lisses et glissantes du centre ville me manquent;

N'était ce pas tout ce qu'on lisait dans les revues de tourisme? N'était ce pas donc la preuve de mon pseudo patriotisme?

En réalité , là est mon paradoxe. Ce paradoxe de l'arabe, que j'aimerai être, mais la haine de celui qui ne me ressemble pas assez. Ce paradoxe de la haine-amour, de la double culture; tiraillée entre les impératifs de l'une et les interdits de l'autre.

Née dans un pays arabe, éduquée dans une école française, je défends mon "arabité" à travers une langue qui n'est ni la nôtre, ni la vôtre. Je connais mieux Voltaire qu'Ibn Khaldoun, mais je me sens plus proche de Maalouf que de Schmidt.

On nourrit l'amour pour sa patrie, même quand l'on ne connait même pas son hymne national. On magnifie ses paysages, à coup de proverbes arabes inlassablement ressassés, dont l'on a détérioré le sens. Alors pourtant que nous n'avons voyagé que dans la métropole et les villes côtières de nos secondes résidences, nous prétendons à rêver notre monde arabe avec aisance.

لكن (mais), qu'est ce que mon monde arabe?

D'une manière encyclopédique, c'est plutôt simple.

L'expression "monde arabe" désignerait un ensemble de pays couvrant l'Arabie (Péninsule arabique), l'Afrique du Nord et le Proche-Orient, ayant en commun la langue arabe et une culture arabe. Ce n'est pas une entité politique formelle. On peut néanmoins considérer plusieurs critères pour rattacher un État au monde arabe: l'importance de la langue arabe, sa localisation (critère géographique) ou enfin l'appartenance à la Ligue arabe (critère politique).

Pour maman, ça serait:

On parle tous la même langue, on est tous chaleureux, on est musulmans. On aime les bises beaucoup trop nombreuses, la promiscuité, et les "viens que je t'enlace" qui durent une éternité.

Pour ma grand-mère, ça donnerait:

En tant que musulmans, on partage les mêmes idées, on a pitié du pauvre, on sermonne le riche, on est intègre à notre culture. Et tu sais, Jamal Abd el Nasser, Saddam Hussein, Bourguiba, les grands hommes sont tous des arabes!

Mais pour moi, c'est quoi?

Peut-être tout ça à la fois. Peut-être que l'exil trahit la nostalgie d'un paradis perdu. Ce monde on l'aime comme on le hait. On respire son air brumeux et pollué, mais on l'exhale avec un sourire qui accueille les beaux jours et les rayons solaires.

Son peuple, on le traite d'hypocrite, de désuet, de conservateur. Mais on le côtoie et on le chérit, peut-être parce qu'au fond, il y a ce lien entre toi et moi, entre lui et l'autre, entre elle et moi, qui fait qu'on se sent rattachés par le son du ح، du ق ، du ع.

Mon monde arabe, j'aime le penser comme un café maure. Dans la pénombre s'en dégagent les plus belles senteurs, la douce voix chantante des vieillots aux burnous surannés. Un café maure aux vétustes voutes des plafonds frais où on se prélasse durant les heures où le soleil ne veut plus se cacher.

J'aime le penser comme un lieu qui n'a ni attaches spatiales, ni langue natale, mais comme l'étreinte de deux corps qui se veut infinie, comme un souffle tranquille qui imprime son rythme à mon cœur. Dans un tamtam vrombissant, comme un sentiment inhérent à ma personne, qui me lie à toi, à lui et qui passe par elle. Qui dépasse frontières, barbelés, et les tirs en l'air. Mon monde arabe, serait peut être celui du calme, sans armes.

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