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3 conseils pour une éducation reproductive effective

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Jupiterimages via Getty Images
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Inès a 12 ans et comme toute adolescente de son âge, elle commence à se questionner à propos de son corps et de la sexualité en général.

N'ayant pas trouvé de réponses chez ses parents ni chez ses enseignants, non car inexistantes mais imprononçables, sa quête touche à sa fin. Désormais, elle apprendra à refouler tout brin de curiosité.

Aujourd'hui, Inès a 25 ans.

Elle n'a jamais eu d'éducation sexuelle propre à ce terme.
Tout ce qu'elle retient comme réponses à ses questions c'est un regard appelant à la "pudeur" lancé par sa mère du fond de la chambre.

Aujourd'hui, Inès ne connaît pas son corps et ne se sent pas à l'aise dans sa peau.
Ceci se manifeste d'ailleurs sous d'autres formes dans son quotidien: sa vie scolaire, sa vie professionnelle et même ses relations amoureuses.

Inès n'a pas non plus appris à se situer par rapport au concept de consentement et ne saura donc pas reconnaître une agression sexuelle quand elle en subit une.

Entre autres, Inès a été "programmée" par ses parents, ses enseignants et la société en général au fait qu'il ne faut tout simplement pas parler de la sexualité ni de son corps à haute voix.

Pourquoi? C'est comme ça.

Une sorte de pacte tacitement signé par la majorité des membres de la société.

Ahmed a aussi 12 ans et, comme Inès, toutes ces questions commencent à ressurgir.
Ses parents, même chose, souffrent du syndrome de l' "incommunication".

Cependant, Ahmed ne se laisse pas faire et se dirige, comme instinctivement, vers sa source suprême d'informations. Elle se nomme Internet et désormais il l'adore!

Comment pouvait-il ne pas l'aimer? Elle, qui ne juge pas sa curiosité, pourtant naturelle.

D'elle, il "apprend" beaucoup et inévitablement se retrouve face à un monde qui le séduit: la pornographie.

Il y découvrira tellement de choses qui, dans le futur, influenceront gravement son comportement.
Plus tard dans la rue, il n'hésitera pas à harceler les filles qui auront la malchance de croiser son chemin.

Il les traitera de tous les termes et ira même jusqu'à en agresser quelques-unes physiquement dans le bus.

Après tout, que devrait-on attendre de quelqu'un qui a bâti toute sa culture sexuelle sur la pornographie qui, elle-même est principalement basée sur la violence et parfois l'humiliation?
Quelqu'un qui ne s'est jamais familiarisé avec des concepts tels que le respect, le consentement et la mutualité.

Mesdames et messieurs, Ahmed et Inès ne représentent qu'un petit échantillon des conséquences du manque d'éducation sexuelle de la jeunesse tunisienne.

Inutile de préciser que beaucoup d'autres conséquences sont bien plus graves en l'occurrence les infections transmises sexuellement.

Par ailleurs, je sais qu'une des causes majeures de cette déficience en éducation sexuelle émane partiellement de l'incapacité des parents ou des enseignants à en parler.

Constat établi, je vais dans un premier temps m'adresser à ces derniers.

Permettez à une adolescente, qui, elle-même, n'a pas reçu d'éducation sexuelle de la part de ses siens mais qui a été assez chanceuse d'avoir d'autres sources fiables, vous donner ces quelques conseils qui vous faciliteront la tâche.

1. La terminologie:

Beaucoup de parents m'ont avoué être plus à l'aise pour inscrire leurs enfants à une séance de "santé reproductive" plutôt qu'à une séance de "santé sexuelle" bien que le but de ces 2 dernières soit le même.

J'en suis venue au fait que le langage peut en effet être aliénateur.

Ceci dit, si un terme vous dérange et pourrait vous conduire ou conduire votre enfant/élève à de fausses présomptions sur le contenu et la fin de cette éducation vous n'avez qu'à l'altérer!

Adaptez-le à l'âge de votre enfant/élève et à son environnement.

Le langage est censé être un atout et non un handicap.

Ne négligez pas cette étape qui consiste à choisir les mots adéquats au préalable pour que, le moment venu, vous n'ayez pas l'impression de mettre les pieds dans un terrain totalement inconnu.

2. Procédez par étapes:

Cette astuce suit la logique de la précédente en ce qu'elle présuppose une préparation de votre part.

Elle se résume en un mot magique : Stratégie.

Qui dit stratégie dit étapes.

En effet, nous sommes accoutumés de dire que la société n'est pas prête à subir tel ou tel changement mais on oublie que le progrès est lent et se fait par étapes.

Dans cette même logique, les parents et les enfants ne peuvent pas franchir ce pas de nulle part.
Cette éducation ne se fait pas du jour au lendemain, c'est un processus de long terme et qui commence dès l'enfance.

Vous serez peut-être surpris quand je vous dirai que vous avez certainement déjà commencé à initier votre enfant à cette éducation mais que vous l'ignorez.

En effet, vous le faites quand vous lui introduisez certaines notions tels que: l'hygiène, le respect, l'amour, l'amitié etc.

Prenez l'exemple du Canada
: Les élèves, dès le primaire, commencent à se familiariser avec quelques concepts de base tels que l'identité, les rôles, la vie affective et amoureuse etc.

3. N'hésitez pas à demander de l'aide:

Ne négligez surtout pas cette question d'éducation reproductive.

N'espérez pas que, comme par magie, votre enfant finira par découvrir le vaste monde de la sexualité et tout ce qui s'en suit de ses droits reproductifs et sexuels, par lui-même.

Il faut se rendre à l'évidence. Cette éducation doit se faire.

Cependant si vous vous sentez incapable ou peut-être trouvez difficile le fait d'aborder le sujet, ce n'est pas grave.

Dans ce cas, demandez de l'aide:

  • Internet: Au contraire de vos enfants vous êtes à même d'utiliser Internet efficacement et d'y mener des recherches utiles sur le sujet.
  • Educateurs pairs : Vous pouvez laisser cette tâche à des jeunes formés dans la communication des droits sexuels et reproductifs.
  • De même, voici un lien sur lequel vous pouvez vous renseigner sur les activités du réseau " Y-Peer Tunisia ".

  • Vos amis: peut-être avez-vous cet ami avec lequel votre enfant a une affinité particulière, demandez-leur de l'aide !

Dans l'espoir de voir une éducation reproductive digne de ce terme s'installer dans nos établissements scolaires, une éducation reproductive basée sur une vision partagée d'une communication effective, il est essentiel que nous fassions le premier pas au sein de nos familles, nos amis etc.

Ahmed et Inès nous en seraient tellement reconnaissants.

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