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Égalité des sexes ou guerre sans merci?

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Un grand débat au sujet du projet de loi contre le harcèlement et la violence à l'égard des femmes se déroule ces derniers jours en Tunisie entre des féministes qui soutiennent le projet presque aveuglement en se passant des détails et d'autres qui profitent de l'occasion pour parler des défauts de la femme tunisienne et pour la ridiculiser.

En effet, le souci de toute personne qui souhaite aborder un tel sujet et donner son avis est tout d'abord le fait que la plupart des lecteurs vont juger le contenu selon le sexe de l'auteur plutôt qu'en se basant sur la logique et la volonté collective de faire évoluer la société vers le meilleur.

L'un des principes de toute législation qui aspire à la justice et à la construction des sociétés équilibrées est d'éviter tout genre de discrimination fondée sur la race, la couleur, la religion, le sexe ou le statut social.

Bien que personne ne puisse nier la nature sexiste et misogyne de la société où la femme souffre d'un éventail de soucis dans la rue, au travail ou chez elle, il est légitime tout de même de se demander si le fait de renverser ces injustices et d'instaurer une injustice opposée dans les législations serait vraiment la solution.

Peut-on combattre l'inégalité et la discrimination en pratiquant une sorte de discrimination opposée au lieu d'exiger les principes de l'égalité et de la justice pour tous? Cette curieuse approche adoptée par l'État depuis l'indépendance mènerait-elle à l'apaisement des tensions et à la paix sociale ou plutôt à plus de frustration, de haine, de violence et de rejet des lois?

Pour se rappeler de quelques détails, suffirait-il de mentionner qu'en Tunisie, ce pays qui a toujours lutté pour établir l'égalité entre les deux sexes, il existe plusieurs déséquilibres législatifs dont la plupart sont au détriment de l'homme. Par exemple, cette nouvelle loi qui souhaite protéger la femme contre toute discrimination professionnelle en termes de salaire, de traitement, d'heures de travail etc. oublie que les hommes souffrent sérieusement d'une discrimination au sujet de l'emploi.

Un homme qui possède les mêmes connaissances et compétences n'a presque pas de chance d'être recruté face à ses concurrentes dans plusieurs secteurs.

Les défenseurs de l'inégalité au nom de l'égalité oublient également que seul le mari est obligé par les textes de dépenser pour fournir aux besoins non seulement de ses enfants mais aussi de son épouse même lorsque cette dernière bénéficie de plus de ressources que lui (même si la loi propose à la femme d'aider).

Ces défenseurs oublient aussi que l'étudiant et l'étudiante qui finissent leurs études n'auront pas le même sort. L'étudiante peut se mettre immédiatement à chercher du travail comme elle peut se marier, alors que l'étudiant doit se diriger vers la caserne la plus proche pour passer un an de service militaire. Il doit le faire dans les délais pour qu'il ne soit pas poursuivi par la police et obligé de passer une peine de trois mois de prison.

Quant aux autres paragraphes du projet qui parlent de la violence et du harcèlement à l'égard des femmes, ils présument que ceci n'arrive jamais aux hommes que ce soit de la part des autres hommes ou des femmes. Elles négligent la possibilité de malentendus ou d'accrochages entre hommes et femmes au travail ou dans la rue où la femme tunisienne, juste comme l'homme tunisien, ne respecte pas le code de la route et commet toutes les violations commises par l'autre moitié de la société. Donc, en cas de malentendus, de conflits, de violence verbale, la loi est toujours du côté de la femme et l'homme est toujours coupable.

De plus, le projet ne donne aucune idée sur les outils d'exécution de cette loi et comment les autorités distingueraient entre harcèlement et non-harcèlement. Il ne définit pas les concepts et les responsabilités des deux parties. Il parle plutôt d'une seule partie qui est toujours responsable et coupable et qui doit être punie dans tous les cas possibles. Tout ça invite à se demander si on vit vraiment dans une société divisée entre anges et démons, entre des loups qui sont toujours coupables et des brebis qui sont toujours des victimes.

Il n'y a aucun doute que ces interrogations ouvrent des portes qui ne se refermeront jamais et mènent à des débats stériles et infinis, et c'est pour cela qu'il faut plutôt revenir au premier principe logique de la législation qui est simplement le fait d'éviter toute discrimination et de parler de "l'individu" sans établir une constitution pour les hommes et une autre pour les femmes.

C'est aussi bizarre de voir les défenseurs de la modernité et des droits de la femme incapables de voir l'esprit rétrograde de cette loi qui insiste clairement sur l'inégalité des deux sexes et qui renforce la fameuse image de la femme chère aux rétrogrades, celle qui présente la femme comme un bonbon qu'on doit couvrir pour le protéger des mouches (les hommes).

Les féministes extrémistes doivent comprendre qu'on a lutté et qu'on va toujours lutter pour que la femme reçoive tous ses droits tels que le droit de voyager avec ses enfants sans permission, le droit d'inscrire ses enfants à son compte de la sécurité sociale, son droit au même héritage que son frère, mais on ne défendra pas aveuglement l'injustice et la discrimination opposée qui créent plus de déséquilibre et de boitement dans la société et qui nourrissent plus de division, de frustration et de violence.

Il faut ajouter que l'État qui prétend combattre le harcèlement, cette mauvaise tradition bien enracinée dans la culture tunisienne, doit comprendre qu'on ne peut jamais y arriver sans œuvrer pour le changement et l'évolution des mentalités à travers l'éducation, la culture et les programmes de sensibilisation, ainsi qu'en apaisant la frustration et la tension dans les rapports entre les deux sexes et en combattant le refoulement et les complexes psychologiques.

On ne doit pas oublier non plus le rôle fondamental et indispensable de la famille puisque la famille tunisienne, comme c'est connu de tous, n'aborde jamais des sujets tels que le rapport entre les deux sexes et le respect mutuel qui doit caractériser un tel rapport, livrant l'enfant systématiquement aux règles et aux aberrations de la rue.

C'est ainsi que les féministes sont finalement incapables de voir que cette loi rentre dans le projet de "nouvelle invasion" de la Tunisie: promouvoir la culture du voile et du niqab, promouvoir la culture de la ségrégation, chasser les couples et les amoureux, et puis faire passer cette loi qui exacerbera les maladies et les complexes et ne les soignera point. Cette loi qui va naturellement pousser vers d'autres lois contre l'habit "osé" et "provocateur" et peut-être pour la ségrégation générale, et comme ça nous serons bientôt une deuxième Arabie Saoudite.

Si on veut vraiment combattre le harcèlement, on punit les harceleurs certes, mais ce qui est encore plus important, c'est de combattre le refoulement et de permettre aux jeunes de vivre normalement, c'est de ne pas promouvoir la culture du "voile", c'est de normaliser le rapport entre les deux sexes et non pas le tabouiser davantage.

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