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Les prisons du Maroc: Des incubateurs de récidive

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JAIL
John Mcallister
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PRISONS - Jeudi dernier, l'association Relais prison-société qui oeuvre pour la réhabilitation et la réinsertion des sortants de prison a organisé, en partenariat avec d'autres associations, un ftour au profit des détenus du centre de réforme et d'éducation de Aïn Sebaa à Casablanca. Le programme était simple et très plaisant: match de football, ftour et musique.

Au tout début et après avoir pénétré dans le périmètre de la prison des mineurs, nous avons déchargé des marchandises de quelques voitures afin de commencer la préparation de la nourriture et la disposition des tables à manger dans l'espace dédié aux rencontres des détenus avec leurs familles. Au moment de l'aménagement du lieu où une bonne partie du programme allait se dérouler, j'ai demandé à Fatna El Bouih -présidente de l'association Relais Prison-Société dont je suis membre du bureau- pourquoi un des geôliers avait fermé à clef cet endroit-là alors qu'il y avait du monde. Sans tarder, elle m'a déclaré que c'était une pratique courante et que c'était une mesure sécuritaire puisqu'il y avait quelques détenus qui offraient leur aide.

À l'issue des préparatifs, le match de football devait avoir lieu. Pour arriver au terrain, nous avons dû parcourir tout un labyrinthe. En passant par les différents couloirs et corridors, j'ai constaté qu'il y avait des travaux de construction, qu'on bâtissait certainement un quartier destiné à recevoir davantage de jeunes incarcérés. En même temps, la Suède fermait ses prisons par manque de prisonniers. Voyez l'antinomie!

Étant passé par un chemin étroit dont une fenêtre grillagée donnait sur le quartier des mineurs, l'envie de connaître le milieu carcéral de l'intérieur m'avait pris. Que dire? Ce que j'ai entrevu est indescriptible! D'un interminable hall se dégageait de la chaleur et des cris, je pouvais distinguer une myriade de cellules dont le fer était peint en gris déprimant et dont quelques détenus tentaient de faire passer leurs têtes entre les barres en métal afin de voir qui nous étions. Une fois arrivé au terrain, une kyrielle de jeunes étaient assis sur des gradins en ciment. Leur âge se situait en moyenne à 18 ans. Mais ce qui m'a fait le plus mal au coeur, c'est que le benjamin avait, selon mes estimations, 13 ans. Qu'a-t-il bien pu faire? Que fait-il avec des jeunes dont l'âge maximal est de 20 ans? La réponse saute aux yeux: sa place est ailleurs.

Au moment de la rupture du jeûne, le militant, écrivain et poète Salah Elouadie et moi avons sympathisé avec les détenus qui étaient dans la même table que nous. En conversant avec eux, l'un d'entre eux a déclaré avoir obtenu son baccalauréat en sciences expérimentales option physique chimie avec une moyenne de 16, soit avec mention très bien. N'est-ce pas un gâchis qu'un jeune studieux se retrouve derrière les barreaux au lieu de poursuivre ses études supérieures?

Malheureusement, qu'il s'agisse de jeunes délictueux, de prévenus ou d'adultes, les prisons ne sont considérées que comme des espaces privatifs de liberté et punitifs fermés visant l'enfermement pour tout motif d'emprisonnement. Pire encore, en dépit de la situation déplorable des conditions d'incarcération, du surpeuplement des prisons, de la violence, des maladies et sans oublier les agressions sexuelles à l'encontre des mineurs, l'approche sécuritaire demeure inefficace.

La récidive et la réinsertion dans la société sont étroitement tributaires des conditions d'emprisonnement. Comment éviter la récidive si la cellule d'emprisonnement ne garantit pas un minimum d'espace vital, si elle ne respecte pas l'intimité du prisonnier, si elle ne protège pas son hygiène et sa santé, et si elle n'est pas bien aérée et éclairée? Autrement, la personne ne peut que mettre le doigt dans l'engrenage de la transgression de la loi.

La prison doit être repensée et son architecture aussi, étant donné que la peine vise la vengeance et le châtiment au lieu de la réhabilitation et la réinsertion. D'où l'importance capitale des peines alternatives (mesures préventives, amendes, travail en dehors de la prison...) qui facilitent la réconciliation de la personne avec la société puisque devenant utile pour lui-même et pour son milieu, atténuent l'encombrement des prisons et allègent le budget de l'Etat. Constituant une stratégie "win-win", en les introduisant, les peines de substitution profiteront tous: au détenu, à la société et à l'Etat.

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