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Prisons: Et si on profitait de la COP22 pour instaurer des peines alternatives liées à l'environnement?

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SOCIÉTÉ - Il y a quelques semaines, j'étais invité, en compagnie de mes collègues, à assister à une conférence-débat axée sur le thème "De la COP21 à la COP22: poursuivre pour accomplir, éduquer pour agir" organisée par les élèves d'une école prestigieuse de la mission française à Casablanca et dont l'invité n'était autre que Driss El Yazami, ancien militant gauchiste et actuel président du Conseil national des droits humains (CNDH).

À l'entrée de l'établissement, j'ai remarqué la présence de toute une horde de jeunes venus tout comme moi écouter ce que le militant des droits de l'homme avait à nous dire et m'étais réjoui de voir autant d'élèves s'intéresser aux causes environnementales. Quelques minutes après m'être installé dans l'auditorium, un écriteau avait attiré mon attention. Il comportait la photo du défenseur des droits de l'homme et son activité professionnelle au sein de la COP22. Chef du pôle société civile, telle était sa fonction. J'étais ahuri parce que représentant la société civile, il était de son devoir de faire appel aux associations et de se concerter avec elles. Sauf que l'association Relais Prison-Société qui oeuvre pour la réinsertion des sortants de prison et dont je suis membre n'avait pas du tout été avisée.

Driss El Yazami a fait son entrée sous un tonnerre d'acclamations et de vivats et a pris sa place en haut d'une estrade, faisant face au public. Avant de lui donner la parole, les organisateurs ont introduit le sujet et n'ont pas hésité à accabler l'intervenant d'une multitude de questions. Habitué à ce genre de rencontres, Driss El Yazami a esquissé de façon sommaire ses différentes actions et sa vision globale sur le cheminement de la COP22 qui se tiendra à Marrakech en novembre prochain. Il faut dire qu'il s'en est bien sorti.

À l'issue de son intervention, le débat a été ouvert et les personnes présentes pouvaient enfin faire entendre leur voix. Sans flottement, j'ai immédiatement demandé à avoir le micro. Tenant à coeur la cause des détenus, j'ai déclaré à Driss El Yazami qu'en feuilletant les différents rapports publiés par le conseil qu'il préside, notamment "la crise des prisons, une responsabilité partagée" publié en 2015, je n'avais trouvé aucune recommandation de réinsertion des détenus ou d'institution des peines alternatives liées à l'environnement.

Comment se permettre de penser pallier les fléaux environnementaux tout en marginalisant la population carcérale? Comment tenter de réduire le taux de criminalité et de récidive sinon en faisant participer les actuels et anciens prisonniers aux différents projets visant à contrecarrer les catastrophes environnementales?

La population carcérale hébergée par les 77 établissements pénitentiaires au 30 avril 2015 était estimée à 75.246 prisonniers, dont 1.719 femmes détenues, soit 2,29% et 1.517 détenus mineurs, soit 2,02%. Il est à ajouter que la population ne cesse grimper, d'un taux avoisinant les 7% par an.

De simples actions sont susceptibles d'atténuer tous ces chiffres vertigineux et pourquoi pas de prendre exemple sur la Suède qui, à cause du manque de détenus, a fini par fermer définitivement bon nombre de prisons. En effet, au lieu de les condamner à une réclusion, il serait plus judicieux de forcer les personnes ayant renversé les règles établies à alimenter les régions enclavées en eau et en électricité, ce qui pourrait amener les habitants de ces milieux à utiliser moins les ressources naturelles, à savoir le bois pour chauffer les foyers. Ou encore, il serait possible à titre d'exemple de contraindre les transgresseurs de lois au ramassage de déchets puisque Casablanca à elle seule souffre de l'accumulation des ordures. Si de telles politiques étaient introduites, une myriade de problèmes épineux auraient pu trouver des solutions!

La réinsertion contribue fortement au renforcement de la cohésion sociale et à l'édification d'une société démocratique. C'est une véritable politique de re-socialisation et un outil de lutte contre la violence. Réinsérer les sortants des prisons s'inscrit dans la consolidation des droits socioéconomiques d'une population en situation de précarité et d'exclusion.

C'est dans ce sens qu'il convient de mettre en exergue l'intérêt de la société civile pour qu'elle puisse assumer sa part de responsabilité dans le post-carcéral, en tant que structures associatives œuvrant dans le domaine de l'accueil, de l'accompagnement, de la réconciliation des sortants des prisons avec leur société et de la lutte contre la récidive. D'où la nécessité de convier les associations oeuvrant dans le milieu carcéral à participer à la COP22 et aux multiples pourparlers.

Lorsqu'est arrivé le moment de répondre aux réactions du public, Driss El Yazami s'est adressé à moi avec courtoisie et a révélé qu'il partageait les mêmes idées que moi et qu'il avouait n'avoir pas pensé à relier les peines de substitution à l'environnement et au climat.

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