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Les clivages politiques au Maroc sont appelés à disparaître

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SAAD EDDINE EL OTHMANI
PJD/Facebook
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POLITIQUE - Plus de 5 mois s'étaient écoulés depuis les élections législatives du 7 octobre 2016, mais il n'y avait toujours pas de nouveau gouvernement.

A priori, c'était bon signe dans la mesure où nos leaders politiques, à travers les tractations qu'ils menaient, étaient engagés dans le processus de formation d'un bon et solide gouvernement qui n'aurait pas à se fragiliser ou à se dissoudre, qui éviterait donc un éventuel retrait d'un des partis de la future coalition gouvernementale. Mais voilà que le Maroc dispose d'un nouveau gouvernement depuis le 5 avril 2017.

La nomination de Saâd-Eddine El Othmani comme successeur de Abdelilah Benkirane a été conforme à la Constitution puisque cette décision découle de l'interprétation positive faite par le roi de la Constitution et du respect de la méthodologie démocratique. Toutefois, il convient de rester sceptique quant à l'avenir des négociations entre les partis.

L'abandon de la participation politique est frappant et s'explique déjà par l'étiolement de l'intégration sociale. En effet, jouir des droits juridiques, économiques, sociaux, politiques, etc., ne suffit pas; encore faut-il que les citoyens disposent des conditions matérielles pour l'exercice de ces droits. Or, avec la privatisation progressive de l'éducation, le non-accès à un système de santé respectable, la quasi inexistante protection sociale généralisée, comment espérer une participation politique mobilisatrice?

Aujourd'hui, l'entrée de l'USFP au gouvernement annonce clairement que la participation politique partisane sera considérablement minée. D'ailleurs, dès les premiers jours de la formation du nouveau gouvernement, des "guerres intestines" n'ont pas tardé à émerger au sein de quelques partis de la coalition gouvernementale.

Est-ce signe d'une éventuelle balkanisation ou même dissolution des partis politiques historiques au Maroc? Les scénarios sont multiples.

Désormais, parler de gauche, de droite ou même de centre n'aura plus de sens. D'une part, il faut admettre qu'après le départ de Benkirane, il est fort possible que les leaders politiques soient incapables de tenir un discours terre-à-terre. D'autre part, les positions et les visions des leaders politiques de la nouvelle coalition sont mitigées - pour autant qu'ils en aient encore quelques-unes - tellement il y a de conservateurs et de progressistes, de libéraux et de socialistes...

À l'avenir viendra le moment où ces antinomies ne seront plus tolérables. Des mouvements de protestations à la sauce M20F ou Fikri investiront l'espace public, qui seraient susceptibles de diviser notre pays, le Maroc ayant été épargné par le printemps arabe.

À titre de rappel, le nombre de protestations collectives a atteint, sous le gouvernement Benkirane, 20.000 protestations en 2013 et 80% de celles-ci se sont déroulées sans une autorisation administrative préalable*.

*Abderrahmane Rachik, La société contre l'état : Mouvements sociaux et stratégie de la rue au Maroc.

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